Trois questions à Robert Guédiguian, réalisateur d’Une Histoire de fou

mardi 10 novembre 2015

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- Pourquoi avoir choisi d’être le porte-parole des victimes Arméniennes du génocide ?

C’est un choix très personnel, parce que je suis d’origine Arménienne. Je suis moi-même très concerné par cette histoire, très touché. Mais une préoccupation très personnelle, ça ne peut pas être tout le postulat du film. Si le sujet ne me dépasse pas, je ne fais pas de film. Il m’aura fallu un an d’investissements, de recherches, de travail pour le réaliser.

Il faut que ça vaille le coup d’être raconté, d’être vu par d’autres personnes qu’uniquement par moi. Ici, d’autres personnes ont cru en ce film, car il rassemble. J’ai jugé nécessaire de raconter cette Histoire de fou. Outre le génocide, le film parle aussi du basculement d’Aram dans le combat armé. Ce basculement peut toucher d’autres personnes que les arméniens : je trouve que la cause kurde se rapproche beaucoup de celle des Arméniens aujourd’hui.

- Comment fait-on pour prendre du recul sur une histoire qui appartient directement à son passé ?

Déjà, il faut savoir que c’est très difficile de raconter une histoire qui cristallise cent années en 2015. Je suis assez content du résultat, j’avais peur de ne pas être à la hauteur de la responsabilité.

Après, c’est un sujet qui ne nous appartient pas. Les cinéastes ont le droit de se tromper, on ne peut pas faire des choses justes tous les jours. Ce film n’engage que moi, mais j’y ai une entière responsabilité.

- Le personnage de la mère, joué par Ariane Ascaride est le seul qui ne parle pas arménien dans le film. Pourquoi ce choix ?

La mère est la contradiction même. C’est elle qui introduit le tragique, qui le transmet à ses enfants, en particulier à Aram. Elle ne parle pas arménien, elle est ulcérée que les choses n’avancent pas pour la reconnaissance du génocide, mais en même temps elle ne fait rien pour.

Elle est celle qui fait le lien entre la grand-mère qui chante une berceuse avec des paroles très violentes en arménien à sa petite-fille, et Aram, qui est né à Marseille et qui n’a pas connu la guerre. Vu que les parents d’Aram ne lui parlent pas beaucoup de cette histoire, il se l’approprie lui-même. Il est persuadé que porter les armes permettra de faire avancer les choses. Il essaye de rendre justice à sa mère et à sa famille par ce biais.

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