Mystère 3/4

À la recherche de la communauté juive du Moyen Âge

dimanche 23/01/2011 - mis à jour le 16/10/2013 à 12h28

Ce week-end, Haut Courant vous propose une série consacrée aux mystères. Aujourd’hui, la présence juive à Montpellier. Elle remonterait à la création de la ville en 985 et est attestée dès 1121. À la veille d’une troisième campagne de fouilles archéologiques au cœur du centre historique, retour sur le passé médiéval de la ville et de son lien avec la communauté juive.

Dans les rues, les traces de l’époque moyenâgeuse se perdent dans la masse des constructions modernes. Des anciens quartiers juifs, il ne demeure que de rares vestiges, protégés en raison de leur valeur historique inestimable à l’échelle européenne. En étant attentif, on peut retrouver dans des halls d’immeubles des voûtes en ogive, dans une rue une tour ou une porte en pierre. Rue de la Barralerie, proche de la préfecture, l’immeuble situé au n°1 dispose d’un rez-de-chaussée étrangement coloré. En s’approchant, on peut constater qu’il s’agit d’une fresque géante relatant la présence de la communauté juive au temps du Montpellier médiéval. Le bâtiment abrite les restes de cette présence et n’a pas encore livré tous ses secrets.

Un héritage inestimable

Tout a commencé dans les années 1980, lorsque des historiens ont retrouvé la trace d’un ensemble synagogal dans les archives de la ville.
Au fil des siècles, des vestiges médiévaux de la présence juive avaient été préservés dans le quartier de la Barralerie, ancien fief seigneurial des Guilhem. Avec celui de l’évêque de Maguelone, situé près du Musée Fabre, il était l’un des principaux lieux de vie des Juifs à Montpellier. Des fouilles, soutenues par la Ville alors dirigée par Georges Frêche, mettent à jour un “mikvé” [1]. Il a servi pendant des siècles de puits aux habitants de l’immeuble à la suite de l’expulsion des Juifs de France en 1394. Son existence était connue des élites et de la population mais pas son emplacement exact. En 1985, le “mikvé” rénové est inauguré à l’occasion du millénaire de la ville.
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Danielle Christol, guide historique, fait découvrir les lieux aux curieux. On y entre comme dans une cave, en empruntant un étroit escalier en pierre qui mène à une salle exiguë. En contrebas, on aperçoit un déshabilloir où l’on venait se dévêtir avant d’aller s’immerger dans le bassin. De faible profondeur et grandeur, le carré d’eau cristalline laisse les visiteurs songeurs. La particulière bonne conservation des lieux permet sans doute à certains de faire un voyage dans le passé et d’imaginer le cérémoniel de purification. Au point que la guide doit sonner le rappel pour ramener les rêveurs à la réalité.

Des vestiges à exhumer et à authentifier

Michaël Iancu, directeur de l’Institut Maïmonide qui pilote avec la Ville la restauration de l’ensemble synagogal, explique qu’il s’agit « d’une chance inestimable pour Montpellier que l’on ait pu retrouver un “mikvé” médiéval aussi bien préservé et de continuer de trouver des vestiges de l’ensemble synagogal. C’est une des rares villes de France et d’Europe qui dispose d’un tel patrimoine historique. »

Les deux premières campagnes archéologiques ont été menées au début des années 2000 et pendant l’été 2010 par le Laboratoire d’archéologie médiévale méditerranéenne (Laam). Elles ont permis de sonder les lieux pour essayer de découvrir l’emplacement de la synagogue et de trouver un bassin d’eau qui communiquait avec le “mikvé”, son bouchon trappe, les niveaux de sol originels, un portail monumental et des arcatures. Le tout devant être certifié à l’issue de la troisième campagne de fouilles qui débutera en janvier 2011 pour une durée non-communiquée. Le bâtiment classé monument historique en 2004 n’a donc pas fini de livrer ses secrets.

Contribution de la communauté juive au rayonnement de la ville

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Montpellier connaît un fort rayonnement au Moyen Âge grâce à la présence dès le XIIe siècle de lettrés juifs d’Andalousie venus se réfugier dans le Sud de la France ou en Égypte suite au développement de l’islam radical dans leur pays. « Sous l’influence des élites juives andalouses, Montpellier devient une capitale intellectuelle », explique Michaël Iancu. « Elles contribuent à l’approfondissent des sciences exactes comme la médecine avec la traduction en hébreu puis en latin ou occitan de traités arabes inspirés de la pensée grecque. Quant aux sciences mystiques, il y a un développement de la kabbale et des sciences théologiques, notamment avec le commentaire de la Bible et l’étude du Talmud. »

Autant de connaissances échangées de part et d’autre de la Méditerranée et avec les Chrétiens montpelliérains. Cela facilite l’intégration de la communauté qui, malgré tout, n’échappe pas aux stigmatisations récurrentes. Elle va devoir quitter la France au XIVe siècle lorsque l’expulsion des Juifs est décrétée par Charles VI.

Les quartiers sont alors “déjuivisés” : on transforme ou on détruit les installations communautaires... aucune certitude. Aujourd’hui, les dernières traces de la présence juive se concentre sur le quartier de la Barralerie, les moulins et cimetières situés près de Boutonnet et Richter ont vraisemblablement disparus. La future campagne de fouilles archéologiques prend donc tout son sens dans la mesure où elle devra répondre aux questions restées en suspend pendant des siècles.

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Notes

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