Afrique du Sud : Le rugby, un des derniers bastions de l’apartheid

Les springboks au coeur de la polémique

jeudi 10/04/2008

En Afrique du sud, la page de l’apartheid est loin d’être tournée. Tout juste auréolée d’un nouveau titre de Championne du Monde, l’équipe nationale de rugby est au centre d’une polémique. Ou plutôt le célèbre logo qui orne ses maillots vert et or : une petite antilope (springbok), symbole fort de l’apartheid.

Durant l’apartheid, le springbok était l’emblème de toutes les équipes nationales de l’Afrique de Sud. A partir de 1992, la fleur nationale, la protea, vient remplacer l’antilope sur le maillot des équipes. Le rugby est le seul sport à conserver l’animal sur ses tenues. En 1995, l’équipe des Sprinboks remporte chez elle la coupe du Monde de rugby et Nelson Mandela, fièrement vêtu du maillot du XV d’Afrique du Sud, remet la coupe au capitaine (blanc) François Piennar.

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Nelson Mandela arborant le maillot des Springboks lors de la remise de la Coupe du Monde de Rugby en 1995

Sur fond de slogan «  une équipe, une nation », cette victoire sonne alors comme la réconciliation d’une nation déchirée. A l’époque, l’équipe ne compte qu’un seul joueur noir dans ses rangs et n’est pas du tout représentative de la société post-apartheid. Sur 48 millions d’habitants, seul 8 millions sont blancs. Le rugby, sport des blancs par excellence en Afrique du Sud, représente l’un des derniers bastions de l’apartheid. Il se trouve ainsi souvent au centre de polémiques plus politiques que sportives.

Les effets de l’apartheid encore présents

Avant la dernière coupe du monde, la préparation de l’équipe nationale a été perturbée par la question de savoir s’il fallait emmener la meilleure équipe possible pour gagner la compétition ou bien l’équipe la plus représentative de la nouvelle société ? Le rugby reste encore un sport de riches auquel les noirs ont difficilement accès. Les effets de l’apartheid se font toujours ressentir. Sam Ramsamy, actuel représentant de l’Afrique du Sud au Comité Exécutif du CIO, estime que « le milieu du rugby apparait toujours comme des plus conservateurs, maintenant son sport dans un exercice racial inégalitaire ». En effet, les écoles à majorité noire ne possèdent pas de terrains de rugby, freinant ainsi l’accession de ceux-ci au plus haut niveau. La plupart des joueurs professionnels sont issus de vieilles écoles prestigieuses. En 2006, Zola Yeye, devient le premier manager noir des Springboks. Il déplore que la composition actuelle de l’équipe soit « l’héritage direct de 50 ans de régime discriminatoire ». Sur les trente boks victorieux en France en octobre 2007, seuls six étaient noirs ou métis.

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L’antilope pourrait bien quitter le maillot du XV d’Afrique du Sud

Discrimination positive

Face à cela, le gouvernement s’impatiente. Faisant la part belle à toutes les polémiques, il va jusqu’à imposer des quotas de joueurs noirs dans les équipes régionales et nationales et menace également de changer le nom des Springboks pour celui des Proteas. L’objectif étant d’arriver à une équipe nationale aux deux-tiers noire d’ici 2009. Ceci implique plusieurs questions. Tout d’abord, la discrimination positive est-elle la solution au problème ? Pour Russell Carelse, manager de l’académie de Rugby de Stellenbosh, « le gouvernement concentre trop son attention sur les équipes professionnelles au détriment d’une politique de terrain à même d’apporter de réels débouchés à des joueurs noirs ». La solution serait d’initier les enfants au rugby dès le plus jeune âge. Pour cela, il faut doter les écoles d’infrastructures de qualité afin que tout le monde soit sur un pied d’égalité.

L’autre question est économique. La « marque » Springbok génère chaque année plus de 12 millions de dollars. Une somme non négligeable, lorsque l’on sait que le rugby en Afrique du Sud, comme dans beaucoup de pays, a besoin d’argent. S’il faut régler le problème à la source, le gouvernement aura besoin de moyens.

Un rugby au centre de toutes les tensions entre noirs et blancs, une antilope qui pourrait bien se sauver du maillot, mais deux titres de champion du monde en aucun cas usurpés.

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Les Springboks remportent leur seconde Coupe du Monde à Paris en octobre 2007
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  • Afrique du Sud : Le rugby, un des derniers bastions de l’apartheid

    12 avril 2008 05:27, par Julien un certain M.

    repondre message

    it is not because i love you, but les sprinboks était interdis de coupe du monde jusqu’en 1995 because un fameux apartheid. So i don’t undretand you !
    Biz

    • Afrique du Sud : Le rugby, un des derniers bastions de l’apartheid 12 avril 2008 15:04, par Jean Jacques Debout

      repondre message

      Et je dois bien avouer que tu as totalement raison ma parole ! Dans mes bras ! Précision donc, ça n’émeut plus bcp la famille rugby depuis cette date malgrè des comportements assez limites. Et l’interdiction qui courait sur les Boks est à replacer dans un contexte de boycott international bcp plus général.

      Anyway, mon message est à replacer dans un contexte bcp plus large d’inutilité (hum, quelle charmante sensation que le coup du martinet sur ma peau), il faut le reconnaître, il ne reste même plus qu’à le scander. J’aime pas les Boks, j’aime pas leur rugby et j’aime pas la mentalité de cette équipe, longtemps réputée pour donner des coups, mais dans l’genre méchant, n’en déplaise à Marcou (oh la rime ! c’est de laaaaard).

  • Afrique du Sud : Le rugby, un des derniers bastions de l’apartheid

    12 avril 2008 04:52, par Jako Van der Ver über Racist

    repondre message

    Comme dirait Cronje, "ça y en être un noir ! not in my room or not without my moustiquaire". Et ouais, les sprinboks, ça pue mais ça n’a jamais ému la grande famille rugby. Mais tant que Marc Lièvremont (TV5 represent) est là pour nous dire que les Springboks, c’est trop le rugby offensif de le mort qui tue (l’Australie 91, une équipe de Damien Traille accordingly ?), ben on pourra tjrs s’dire qu’il y avait pire, genre l’équipe de france de Nanard Laporte qui est un contre pub à toutes les formes de pipes (coquins) à lui tout seul.

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    Sportif, élégant et cultivé avec un minois qui ne gâche rien. Julien Moreau, tu es mon essentiel

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