« Arrêtez-moi » : de l’insoutenable violence conjugale

dimanche 10/02/2013 - mis à jour le 10/02/2013 à 22h20

Dix ans jour pour jour après le suicide de son mari, une femme (Sophie Marceau) vient s’accuser du meurtre de celui-ci. Au commissariat, la policière chargée de la permanence (Miou Miou) l’interroge et cherche à comprendre les mobiles du crime. Lorsqu’elle comprend que la femme en question était victime de son mari violent, elle refuse de l’arrêter. Mais la jeune femme insiste et s’entête, cette nuit est la dernière qui lui reste avant que ne tombe le délai de prescription de l’affaire. Alors qu’elle a commis le crime parfait, pour quelles raisons cette femme vient-elle se dénoncer ? Et pourquoi la policière refuse t-elle de prendre sa déposition ? 

« Faites qu’elle m’arrête. Faites que je sois reconnue coupable parce que j’étais victime »  [1]

Dans ce face à face tendu entre deux femmes de caractère, une seule pourra en sortir gagnante. Si l’on peut vraiment parler de victoire. L’histoire est violente, les propos sont secs, abrupts, assassins. Le sujet bien sûr ne laisse personne indifférent mais le choix de la mise en scène est réaliste, presque trop. La caméra filme et diffuse les images directement du point de vue de la victime. Tabassée, martyrisée, violentée physiquement et verbalement, rien n’échappe au spectateur. On ne manque rien des coups, des frappes et des sévices.

« Il m’a frappé pour me tuer, j’oublierai jamais ça »   [2]

Sophie Marceau en victime de violence conjugale excelle dans la maîtrise de son rôle. Envahie par la folie et la psychose paranoïaque, elle alterne entre abattement, désespoir et agressivité. Les visions de son défunt mari qu’elle a précipité dans le vide un jour où il l’avait poussé à bout, la hantent et l’obsèdent. Aux portes de la démence, elle subit le harcèlement de son fils, froid, cynique et d’une violence psychologique aussi intense que celle de son père.
Quant à Miou Miou, elle incarne avec justesse une femme lieutenant, alcoolique et droguée, usée par une trop longue carrière remplie de faits divers glauques et sanglants - un bébé passé sur le grill, une fillette de quatre ans utilisée comme un ballon de foot - aucun détail sordide ne nous est épargné tout au long du film.

« Même quand ça arrive pas, on a peur que ça arrive »  [3]

« Arrêtez-moi », réalisé par Jean Paul Lilienfeld, c’est une plongée au cœur de l’enfer et de la déraison. On ressent à la fois les coups qui sont portés et la peur du quotidien pour une femme battue et qui s’en cache. Honteuse, elle apprend à ne rien laisser paraître de la torture qu’elle subit jour après jour. Alors qu’elle commet le crime parfait, rongée par le remords et les visions hallucinatoires d’un mari qui continue de la terroriser par delà la mort, on comprend la folie dans laquelle elle a sombré. Plus d’une heure et demie de suspens, d’angoisse et de réalisme. Violent mais saisissant, le duel des deux femmes fascine et émerveille. Le film qui traite d’un sujet souvent banalisé est à voir sans hésiter.

Notes

[1Citation du film

[2Citation du film

[3Citation du film

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