Tabac

Bruxelles libéralise : quelles réactions dans le Languedoc ?

lundi 06/12/2010 - mis à jour le 13/12/2010 à 17h49

Désormais, il n’y aura plus aucune restriction sur la quantité de cartouches de cigarettes que l’on peut acheter dans un pays-membre de l’Union Européenne. Retour sur cette directive de la Commission, prévue pour janvier 2011, qui n’a pas laissé les Montpelliérains indifférents.

Bruxelles a jugé que limiter l’import de cigarette à cinq cartouches par personne était contraire au principe de libre circulation et de libre concurrence. À partir du début de l’année prochaine, la seule réserve sera celle de “la consommation personnelle” librement appréciée par les douanes. Une mesure qui déclenche un tollé chez les associations anti-tabac et le syndicat des buralistes.

Face à la suppression des restrictions liées à l’achat de tabac à l’étranger demandée par Bruxelles, la France n’a pas dit son dernier mot.
Le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, réclame un nouveau dispositif limitatif au risque de subir les foudres de Bruxelles. La Commission des Finances de l’Assemblée a refusé l’injonction de l’exécutif européen. Si les députés la suivent en séance publique, la France se retrouvera dans l’illégalité sur le plan communautaire.

Excédés, les buralistes de la région ont bloqué le péage du Boulou (Pyrénées-Orientales) ce 5 décembre. Ils comptent renouveler “l’opération escargot” tous les dimanches jusqu’à obtenir gain de cause. À Montpellier, ville pourtant proche de la frontière espagnole, les buralistes et fumeurs ne voient pas en cette décision européenne un énorme bouleversement.

Une norme de plus…

Les buralistes semblent résignés, ils perçoivent cette directive comme un coup de plus pour les accabler. Au début du mois de novembre 2010, le prix du paquet de cigarettes avait déjà augmenté de 6%, faisant craindre le risque de relancer les achats en dehors du “circuit officiel”. La décision de Bruxelles semble être qu’une mesure de plus.

« La véritable crise a commencé en 2003, depuis c’est la dégringolade. On est passé de 34 000 buralistes à 29 000 » déplore Chantal Canville, buraliste montpelliéraine. Ce qu’elle craint « c’est plus la hausse des prix. Les gens sont déjà bien organisés pour aller en Espagne. Je ne pense pas que ça va changer grand-chose ». Un avis que partage, Gérard, lui aussi buraliste à Montpellier, qui fait confiance à la limite exigée de “consommation personnelle”. « Je ne crois pas qu’on va le ressentir tant que ça. Il y a une restriction, si les douaniers attrapent quelqu’un avec trop de cartouches , il ne passera pas. »

A la manière des buralistes, les consommateurs ne semblent pas non plus vouloir changer leurs habitudes pour autant. Edith et Sandrine, deux jeunes salariés, avouent qu’elles continueront d’acheter leurs cigarettes chez les buralistes , à quelques exceptions près. « Il est sûr que je n’irai pas plus souvent en Espagne dans le seul but de ramener des cigarettes. Mais quand j’irai, j’en ramènerai plus, c’est certain ! avoue Edith.

À qui profite cette mesure ?

Les buralistes semblent inquiets, puisque la part des cigarettes dans leur chiffre d’affaire total représente en général 60%. Pour Chantal Canville, cette mesure ne va avantager ni l’Etat, ni le fabricant « Ce qui est regrettable, juge elle, c’est que cela arrive dans un contexte financier déjà difficile. Sur un paquet de cigarette à 6 euros, je touche 30 centimes, le fabricant 1 euro et le reste va à l’Etat. ». Pour Gérard, le buraliste montpelliérain « Cette mesure va creuser le trou de la sécurité sociale avec l’augmentation du nombre de cancers, sans pour autant avoir la contre partie financière de l’achat des cigarettes en France ». Selon lui, cette directive est une aubaine pour les fabricants.

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(cc) Bruce

Pour Chantal, le premier bénéficiaire n’est pas celui que l’on croit… « De source sûre, je peux vous dire que ça va être très bénéfique aux laboratoires pharmaceutiques ». En effet, l’industrie pharmaceutique fait un business énorme sur le tabac en vendant des patch, des gommes à la nicotine… La buraliste confie même : « il y a quelques années, on avait demandé le droit de pouvoir vendre ces produits comme ça a été le cas pour Leclerc ! Mais sous la pression des syndicats pharmaceutiques, on nous l’a refusé. Ça nous aurait permis en quelque sorte d’avoir “le poison et le contre poison” ! », ironise t-elle.

Quoi qu’il en soit cette mesure, que l’on doit au système libéral, n’a rien de bien avantageux tant pour les buralistes que pour les fumeurs. Ni même pour l’État, qui compte faire obstacle à cette norme communautaire. Reste à savoir si le gouvernement assumera une position qui laisserait la France dans l’illégalité.

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