Ces murs qui séparent les hommes

dimanche 08/11/2009 - mis à jour le 13/11/2009 à 23h15

A l’heure où le monde entier est tourné vers Berlin pour commémorer les 20 ans de la chute du "Mur de la honte", on oublie qu’aujourd’hui encore des murs, érigés au quatre coins de la planètes, séparent des hommes.

Le Mur de Berlin, symbole du mépris de la démocratie et des libertés, est détruit le 9 novembre 1989. Pour toute une génération, cette date est synonyme d’espoir et de victoire de la raison sur le totalitarisme. 20 ans plus tard le monde entier s’apprête à commémorer la disparition de ce “Mur de la honte” tout en oubliant l’aspiration essentielle de la société de 1989 : l’ouverture.

Séparations matérielles entre le Mexique et les États-Unis, entre Israël et la Palestine, entre les deux Corées, entre l’Inde et le Pakistan, entre la Chypre du Nord est celle du Sud, le Bangladesh et la Birmanie... On ne compte plus aujourd’hui les murs de béton érigés en frontière comme des remparts entre les hommes. La promesse d’ouverture que symbolisait la chute du Mur de Berlin s’est effacée au profit du repli identitaire. « Il y a un paradoxe après la chute du mur de Berlin. On s’attendait à une mondialisation avec ouverture des frontières et on assiste au phénomène inverse : un repli sur soi, une recherche d’identité. Cela explique que l’on continue à construire des murs après Berlin. » nous explique Alexandra Novosseloff, chercheur associée à l’Université de Paris II qui, pendant deux ans, a parcouru le monde pour comprendre la création de ces nouveaux murs de la honte. A la suite de ce voyage, elle publia avec son collaborateur Frank Neisse un ouvrage intitulé Des Murs entre les Hommes qui associe textes et images pour parler de ceux qui sont aux pieds de ces frontières indépassables.

Ce sont près de 26 000 kilomètres de nouvelles frontières politiques et 18 000 kilomètres de remparts bétonnés qui ont été créés depuis la chute du Mur de Berlin. Ces remparts qui isolent, enferment et qui attisent la haine ont des logiques qui leur sont propres. Maintien du flux migratoire pour cette barrière de 3 200 kilomètres entre le Mexique et les USA, créée dans le cadre du “Homeland Security” Act adopté en 2002 par Georges W. Bush dans sa guerre contre le terrorisme. Contrôle de la sécurité après des conflits, comme le mur de 2 720 kilomètres érigé au Sahara Occidental par le Maroc afin de se protéger contre les incursions du Front Polisario. « On observe deux phénomènes distincts : d’abord, il y a des murs érigés à la suite de guerres civiles, comme c’est le cas de Chypre, du Cachemire ou de Belfast. Ces murs sont devenus des frontières. C’est vrai pour le cas d’Israël qui a pour objectif de dresser une frontière pour être séparé des Palestiniens. L’autre phénomène, ce sont ces frontières qui s’emmurent, résultat du discours sécuritaire d’après les attentats du 11 Septembre 2001 à New York. C’est le cas du mur entre les USA et le Mexique, ou de la barrière de Ceuta et Melila en Espagne. » ajoute Alexandra Novosseloff.

La séparation entre les peuples et les communautés peut aussi être invisible. En effet le Maroc et l’Algérie n’ont pas eu besoin de créer un gigantesque mur pour rompre leur lien. Leur impossible réconciliation est simplement symbolisée par une frontière terrestre de 1 559 kilomètres fermée depuis 1994. Quoi qu’il en soit, murs ou frontières fermées, “no man’s lands” ou barbelés, les conséquences sur les populations sont les mêmes : privation de liberté de circulation, séparation des familles, exacerbation de la haine d’autrui.

La commémoration du 20ème anniversaire de la chute du Mur de Berlin doit donc faire réagir sur ces problématiques de frontières, de repli identitaire en revenant sur un principe énoncé par Isaac Newton : « les hommes construisent trop de murs, pas assez de ponts ».

Des Murs entre les Hommes d’Alexandra Novosseloff et Frank Neisse, la Documentation française, 211 pages, Paris, novembre 2007.

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2 réactions

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  • Ces murs qui séparent les hommes

    12 novembre 2009 10:20, par Hulk

    repondre message

    Au moins un article avec des infos pertinentes. ça c’est un bon journaliste, !!!! Prenez exemple sur lui qui apporte une vrai plus-value par rapport à la presse traditionnelle et arrêtez de faire de la guimauve inintéressante. le journalisme c’est ça : analyser, extrapoler et informer. Ce n’est pas simplement avoir une belle écriture et faire de belles photos... Il faut être un hussard de l’info. Bravo à toi pour cet article très bien ficelé !!

  • Ces murs qui séparent les hommes

    10 novembre 2009 18:15

    repondre message

    Merci à vous de nous rapeller tout ça ,tous ces murs visibles et invisibles.Mais tant que l’homme sera un animal pour l’homme ce n’est pas prét de changer ! et les pretextes sont grands !
    Marie G.

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