Championnats du monde de gymnastique : et si on en parlait ?

dimanche 01/11/2015 - mis à jour le 04/11/2015 à 23h55

Alors que la coupe du monde de rugby fait parler toute la presse et le monde politique français, de Jean-Michel Aphatie à Manuel Valls, les championnats du monde de gymnastique, eux, les intéressent bien moins. Pourtant, aujourd’hui s’achève la 46ème édition des championnats du monde de gymnastique qui a débuté le 23 octobre à Glasgow (Ecosse). La gymnastique, malgré sa beauté et sa puissance, est une discipline qui souffre d’un manque de médiatisation.

Un sport aussi intensif qu’artistique, qui demande autant de précision technique, de force physique que de grâce, avec des athlètes qui s’entraînent au moins cinq heures par jour six jours sur sept. Ces championnats du monde, mise en bouche des Jeux Olympiques de l’année prochaine, méritent qu’on parle d’eux. Mais pourquoi en parle-t-on si peu ?

Manque de médailles, manque de médias ?

L’enjeu était de taille pour les athlètes. Les huit meilleures équipes des qualifications et celles et ceux qui obtiennent au moins 224 points sont directement qualifiés pour les Jeux Olympiques 2016 à Rio. Mais la France termine 10ème et devra passer les tests de rattrapages lors du Test Event en avril prochain qui repêche 4 équipes pour aller aux JO.

La France a du mal à s’imposer dans le paysage gymnique mondial face à des américains et des chinois indétrônables. Comme le rappelle Xavier Baguelin, vice-président de la Fédération Française de Gymnastique en charge du haut niveau et professeur agrégé à l’Université de Rouen, «  masculine comme féminine, la France oscille entre la 8ème et la 12ème place mondiale par équipe depuis plusieurs olympiades.Il n’y a pas eu de résultats significatifs au concours général depuis Dimitri Karbanenko au championnat du monde et Benoît Caranobe (3ème au JO de Londres). »

Un manque de médaille qui peut, en partie, expliquer le manque d’intérêt général de la presse nationale. Concernant les médailles aux championnats du monde, «  la dernière est celle de Cyril Tommasone à Nanning en 2014  », rappelle l’entraîneur. « Pour Glasgow, Samir Aït Saïd est en finale aux anneaux et nous avons deux finalistes classés pour le moment 23 et 24ème au concours général masculin. » Des résultats fébriles qui conduisent les médias à se focaliser sur les sports où la France gagne comme la natation ou le handball.

Une diffusion télévisuelle payante


Un frein tout autre s’ajoute, cause ou conséquence du manque de médiatisation : la faible diffusion de l’événement. Alors que nous avons tous passé des dimanches entiers devant le patinage artistique sur France 2 à écouter les blagues plus ou moins douteuses de Nelson Monfort et Philippe Candeloro, difficile de regarder de la gymnastique à la télévision, même les championnats du monde. Pour cause, ils étaient diffusés uniquement sur Ma chaîne Sport disponible via CanalSat ou Numéricable. Obligé de payer donc, pour regarder les championnats du monde de gymnastique, alors que France 2 a diffusé et commenté tous les jours cet été les championnats du monde de natation.

Autre élément incontestable qui justifie un manque de médiatisation, la diffusion étant réservée à un nombre restreint d’abonnés. Pourtant, le sport est très pratiqué chez les françaises et français, on comptabilise 287 358 licenciés à la Fédération Française de Gymnastique au 31 août 2015, s’approchant des 300 932 licenciés en natation. La pratique gymnique est répandue, mais la diffusion du haut niveau très limitée.

Un petit effort de la presse écrite

À vue d’œil la presse écrite fait un effort pour consacrer quelques articles au sujet comme Le Monde ou Libération, mais en creusant on s’aperçoit que ce sont les mêmes articles : les dépêches de l’AFP, seule présente sur place avec L’Equipe comme le précise Xavier Baguelin : «  nous sommes tous les jours en lien avec une journaliste de l’AFP et une de L’Equipe qui produisent des articles. Pour ce qui concerne l’AFP c’est plus ou moins bien repris par la presse nationale et régionale en fonction des résultats et gymnastes concernés. »

Seuls les journaux locaux se penchent sur le sujet lorsqu’une ou un athlète fait partie de la région, comme Tendance Ouest. Autrement, que ce soit à la télévision ou dans les journaux non-spécialisés (heureusement L’Equipe et France TV Sport ne sont pas passés à côté de l’événement), c’est le néant total, surtout à la télévision, à croire que ce sport suscite peu d’intérêt.

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Samir Aït Saïd 4ème aux anneaux

Crédit : F. Mons, L'Equipe

Pourtant, la médiatisation d’un événement aussi important que les championnats du monde est essentielle pour la discipline. Pour le vice-président de la fédération, « la médiatisation est importante pour la visibilité d’une fédération (engouement pour la discipline, licenciés ...). », mais aussi pour les athlètes : «  pour la recherche de partenaires individuels et fédéraux la médiatisation est primordiale. »

Et surtout, l’importance pour les athlètes d’être soutenus et poussés par des supporters de leur pays. «  Un des moteurs de la performance est la reconnaissance qui passe par la médiatisation. Aller chercher une médaille, un titre, c’est plus motivant quand on raconte une histoire, quand il faut prouver et ne pas décevoir ses fans.  »

On espère que la France se qualifiera en avril prochain pour les Jeux Olympiques, moment à part et unique où tout devient possible pour ces athlètes de haut niveau, pour en faire rêver certains et pour faire découvrir ce sport à d’autres.

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