Cinémed : l’interview d’Amenábar

dimanche 25/10/2009

Hier, le cinéaste Alejandro Amenábar, accompagné de son producteur exécutif Simón de Santiago, nous a livré les clés de son nouveau film "Ágora".

Peut-on voir un parallèle entre l’époque conflictuelle que vous avez mise en scène et les enjeux contemporains ?

Alejandro Amenábar : Depuis toujours, l’histoire a montré qu’elle était un éternel recommencement, que les peuples complétaient souvent les mêmes erreurs. Au Moyen Âge par exemple, l’astronomie a connu un retour en arrière par rapport à la période d’avancées de l’Antiquité. Malgré cela, j’ai toujours été un optimiste.

Comment un projet de cette envergure a-t’il pu voir le jour ?

Simón de Santiago : Tout d’abord, nous avons voulu tourner le film dans un décor typiquement méditerranéen. Nous avons donc choisi Malte. De plus, nous avons construits des décors très coûteux. C’est le cas de la colossale bibliothèque d’Alexandrie. Visuellement il était plus opportun de tourner dans de véritables décors plutôt que de tout réaliser en numérique, même si cela aurait été moins onéreux. Nous avons eu beaucoup de chance car nous avons trouvé les financements nécessaires à la production avant la crise. Aujourd’hui, un tel projet ne serait plus envisageable. Surtout, l’excellente organisation d’Alejandro nous a permis de mener à bien cette entreprise.

Alejandro Amenábar : (riant) Il vous a tenu la jambe un moment, celui-là !

Dans quel type de cinéma vous sentez-vous le plus à l’aise ? Feriez-vous une comédie ?

Alejandro Amenábar : En tant que spectateur tous les genres m’attirent, mais comme réalisateur c’est surtout le suspens et le fantastique qui m’inspirent. Quant à la comédie, je ne crois pas en faire, je ne me sentirais pas à l’aise pendant le tournage.

Pourriez-vous réaliser un film dont vous n’avez pas écrit le scénario ?

Alejandro Amenábar : Si je trouvais un scénario qui me plaise davantage que celui que j’ai en tête, je pourrais en faire un film.

Combien de temps a duré le tournage ?

Alejandro Amenábar : Le projet a été en gestation pendant quatre ans. Le tournage en lui-même a duré quinze semaines.

Les scènes de violence particulièrement celle de lapidation peuvent paraître très actuelles. Est-ce volontaire de votre part ?

Alejandro Amenábar : Quand on pense à l’Antiquité, on imagine des héros avec des épées. Ce que j’ai voulu montrer c’est une violence très sale et très laide. Les vrais héros dans mon film ne sont pas ceux qui utilisent les épées mais ceux qui utilisent la tête. On cherchait aussi à montrer une autre forme de violence que celle qu’on a l’habitude de voir dans ce type de films. Nous ne voulions pas utiliser ce procédé de ralenti que l’on a pu voir dans le film 300. On a utilisé le procédé contraire : l’utilisation de caméra rapide pour montrer a quel point nous pouvons être ridicules dans de pareils moments. C’est justement en faisant ces plans de haut et en plongé que l’on se voit à échelle véritable, comme des fourmis. Il y a un changement permanent de perspective : d’abord la vision cosmologique qui nous montre à quel point nous sommes petits. Ce pourrait être le point de vue d’un "hypothétique" extraterrestre qui serait en train de regarder la Terre. Après on a le regard intime qui correspond à celui d’Hypatie. Et enfin le point de vue purement historique.

Est-ce la mauvaise réception du film a Cannes qui vous a poussé à supprimer vingt minutes pour la sortie du film en salle ?

Alejandro Amenábar : C’était ma première fois à Cannes, je connaissais l’exigence propre à l’évènement mais je ne me suis pas senti particulièrement maltraité. En fait je n’ai enlevé que quinze minutes car, en arrivant au festival, le film était terminé mais le montage avait été bouclé trop rapidement à mon goût. Depuis le festival jusqu’à la sortie en salle, plusieurs mois ont passé, j’ai donc décidé de faire une dernière retouche. Jusqu’au dernier moment, je n’aime pas à considérer une oeuvre comme achevée. Par exemple pour Les Autres, nous avons donné les dernières modifications au montage quelques jours avant la sortie en salle.

Jean-François Bourgeot, Directeur du festival : Vous savez très bien que Cannes n’est pas toujours le meilleur indicateur pour présager du succès d’un film. Jane Campion, qui fait un très beau cinéma romanesque et romantique, n’a rien eu. Vincere, de Marco Bellocchio, superbe film sur l’époque mussolinienne, n’a rien eu. Cannes n’est pas le meilleur endroit pour des films classiques ou de tradition. Comme Michel Ciment l’a dit hier, Ágora fait partie d’un très beau cinéma populaire. Je le confirme, ce que l’on a vu hier soir c’est un cinéma populaire et intelligent.

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