Cinq journalistes testent les réseaux sociaux

mercredi 03/02/2010 - mis à jour le 03/02/2010 à 13h30

Pendant cinq jours, des journalistes vont être enfermés dans un gîte du Périgord. Ce n’est pas le décor de la dernière émission de télé réalité en date, mais une expérience journalistique. Avec pour seule source d’information Facebook et Twitter, ils vont devoir commenter l’actualité à la radio et sur leur blog. Le but de cette expérience entamée lundi 1er février est de tester la valeur des informations délivrées sur les réseaux sociaux.

“Huis clos sur le Net”, voilà le nom de l’expérience tentée par les journalistes des Radios Francophones Publiques. Isolés dans une ferme du Périgord entre le 1er et le 5 février, ils ne pourront utiliser pour accéder à l’information que les réseaux sociaux que sont Facebook et Twitter. Benjamin Muller (France Info), Nour-Eddine Zidane (France Inter), Janic Tremblay (Première Chaîne de Radio-Canada), Anne-Paule Martin (RSR, La 1ère) et Nicolas Willems (La Première, RTBF) sont les cobayes de ce test grandeur nature. Ils vont ainsi commenter l’actualité quotidiennement sur leurs radios respectives, ainsi que sur un blog et un compte Twitter commun. Les journalistes peuvent ainsi faire part de leur expérience et des éventuelles difficultés qu’ils rencontrent.

Ces journalistes vont tester l’information véhiculée par les réseaux sociaux et par Internet en général. Offrent-ils une lecture de l’actualité différente de celle faite par les médias traditionnels ? Le but revendiqué n’est pas de médire sur les réseaux sociaux. Sur le blog commun, la journaliste Anne-Marie Paulin l’assure « je ne participe pas au Huis Clos sur le Net pour démontrer la suprématie des médias dits “traditionnels” sur les nouveaux médias ». Nour-Eddine Zidane, lui, assure « partir sans a priori ». Au deuxième jour de cette expérience, les journalistes semblent s’adapter à leurs nouvelles sources d’information, ainsi Benjamin Muller ne trouve « pas de grand changement, pour le moment » par rapport à son accès habituel à l’actualité.

Les règles de cet enfermement volontaire sont simples, les journalistes n’ont accès ni aux journaux, ni à la radio, ni à la télévision. Chaque journaliste reçoit, à son arrivée, un ordinateur vierge de tout contenu et s’engage à ne consulter pendant cinq jours que Twitter et Facebook. Les journalistes ont alors travaillé sur leurs listes de contacts pour accéder à l’actualité. Ils ne peuvent consulter un autre site que si celui-ci est proposé en lien sur un des deux réseaux sociaux, et dans ce cas ils ne doivent lire que l’article en lien mais pas les autres pages du site. Le dernier jour de l’expérience, vendredi 5, toutes les restrictions sont levées pour faire le bilan.

Internet offre une grande possibilité de collaboration entre les internautes autour du partage des informations. Les actualités qui font le buzz vont donc guider les journalistes pendant cette semaine. Plusieurs groupes autour de l’opération ont été créés par les internautes sur Facebook, tandis que d’autres tentent de les influencer avec de fausses informations à travers Twitter. Les journalistes croulent ainsi sous les demandes "d’amis" et de "followers", des curieux qui veulent suivre et même participer à l’expérience.

Au delà de cette expérience originale, c’est une réflexion autour du métier de journaliste et son devenir qui s’amorce. Cette aventure pose la question de la valeur des informations données par les internautes, face aux informations livrées par les professionnels. Ces deux modes d’information sont-ils complémentaires ? Les réseaux sociaux peuvent-ils faciliter ou à l’inverse compliquer le travail de recherche de l’information pour les journalistes ? Ces réseaux vont-ils modifier la hiérarchie de l’information ? Plusieurs critiques fusent déjà dans les médias. Rue 89 a interrogé le président d’une société d’études de marketing sur Facebook et Twitter et un spécialiste en sciences de l’information et de la communication. Ces derniers semblent sceptiques face à cette expérience biaisée qui donnerait, selon eux, des résultats sans surprise.

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7 réactions

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    L’expérience s’est achevée sur pas mal de critiques, certaines personnes estimant que n’examiner que les réseaux sociaux sur le web, c’est un peu comme essayer une voiture sans les roues. Les premières analyses montrent que globalement, les réseaux sociaux permettent essentiellement de relayer de l’information déjà traitée par des journalistes professionnels. Il n’y aurait pas même 10% d’actualité brute, issue de Facebook ou de Twitter.
    En fait, avec ces sites-là, tout dépend du réseau "d’amis" que chacun possède. Finalement, on a les infos que l’on mérite...

  • Cinq journalistes testent les réseaux sociaux

    5 février 2010 14:37, par Cat

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    l’idéal aurait été que les journalistes ne fassent pas part de leur expérience avant de l’avoir conclue... car cette annonce a forcément modifié les comportements sur les réseaux, même si "l’élasticité" des dits-réseaux absorbe en partie ce phénomène.

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    Certes, l’observation de ces "médias", 24h / 24, fait que les résultats seront forcément biaisés. D’autant que ces cinq journalistes doivent fouiller pour débusquer la moindre information plus intéressante que les inepties que tout un chacun peut lire sur Facebook au quotidien. Mais l’expérience reste intéressante et permettra de montrer si ces nouveaux site modifient en profondeur, ou de façon seulement superficielle, notre relation à l’information. Il était intéressant d’entendre, ce matin sur France info, que le journaliste qui est actuellement enfermé dans le Périgord, avait retenu deux actualités similaires déjà évoqués par ses confrères en studio, et deux autres qui n’avaient pas été du tout abordées, par exemple une déclaration "maladroite" du pape sur l’homosexualité. J’ai plutôt hâte de lire leur analyse globale de la chose...

  • Cinq journalistes testent les réseaux sociaux

    4 février 2010 14:33, par zephiel

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    Les résultats seront inévitablement biaisés. Inutile d’être physicien quantique ("l’observation d’un phénomène modifie le phénomène lui-même") pour comprendre que leur positionnement même entraine un biais. Ce ne sont pas des utilisateurs lambda, mais des journalistes participant à une expérience. Ils n’ont donc pas le rapport aux outils utilisés, et les membres de ces "réseaux sociaux" n’auront pas la même réaction non plus. Et 5 jours, ça fait peu pour que le moyen modifie en profondeur leurs repères.

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    Espérons que cette enquête montre que les médias traditionnels restent les principaux vecteurs d’informations. Car si Facebook et Twitter deviennent médias de référence, on est quand même pas bien barré...

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    Des Médias traditionaux ?????? Quelle horreur corrigez ça !

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