Communauté internationale ou « communauté d’intérêt national » ?

samedi 24/10/2009

La communauté internationale semble oublier ses prérogatives au profit de l’intérêt respectif des grandes puissances. Elle ressemble parfois à une jungle où chaque état garde égoïstement son butin au détriment d’une paix mondiale. Ici, la citation de Jean de La Fontaine tombe fort à propos :
"La raison du plus fort est toujours la meilleure"

A l’origine, la communauté internationale à travers l’ONU est là pour régler les conflits dans le monde et préserver la stabilité économique, environnementale et la paix dans le monde. Partant d’un constat sur les responsabilités des grandes puissances actrices importantes de la communauté internationale, on pourrait croire que l’appellation de « communauté d’intérêt national » semble mieux appropriée. Est-il exagéré d’affirmer que la communauté internationale est un pompier pyromane ? Et comment le désir de préserver des intérêts respectifs constitue des menaces pour la stabilité de la communauté internationale qui de ce fait ne nous apparaît plus comme une « communauté d’intérêt national » ?

Tout d’abord qu’entendons nous par « communauté d’intérêt national ». Le mot intérêt se présente comme un leitmotiv car ce calcul d’intérêt respectif des États constitue un facteur déterminant dans la politique internationale. Et cette appellation vient d’un constat fréquent.Très souvent les grandes puissances de cette communauté internationale sont elles-mêmes à l’origine de grands conflits dans le monde. Elles sont souvent des obstacles au règlement rapide ou pacifique des conflits. En guise d’illustration, on peut citer par exemple les deux grandes guerres mondiales (1914 - 18) et (1939 - 45), de même que l’invasion de l’Irak par les USA. Aujourd’hui on se rend bien compte que les armes de destructions massives n’étaient qu’un prétexte pour l’administration de Bush. Mais la quintessence de cette sauvegarde de l’intérêt des grandes nations est symbolisée par le droit de véto au sein de l’ONU comme nous le savons tous. Dans le Conseil de sécurité de l’ONU, les cinq membres permanents (les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni) ont le pouvoir de véto. Si l’un de ces pays vote contre une proposition, elle est rejetée. Et ce droit de véto est un moyen efficace pour ces pays de sauvegarder leurs intérêts dans toutes les relations internationales. Cette pratique est une menace pour la stabilité car ce calcul d’intérêts se manifeste par un soutien gratuit pour ses alliés ou états amis et une sévérité avec les États avec qui ils n’ont pas d’intérêts. Les armes de destructions massives nous en témoignent entre autres . Ainsi des pays comme Israël ou le Pakistan alliés des États-Unis ont bénéficié d’un laissez-faire, d’une légèreté de cette communauté internationale. Et ces dits pays disposent maintenant de la bombe atomique.

Nous avions assisté à deux élections marquées par des soupçons de manipulations à travers le monde : l’une en Iran et l’autre au Gabon. En Iran, la communauté internationale n’est pas restée à l’écart même si le caractère belliqueux de Mahmoud Ahmadinejad demeure une réalité. En revanche, au Gabon, après 40 ans au pouvoir d’Omar Bongo, son fils Aly Bongo a été élu malgré les fraudes supposées et les manifestations de l’opposition. On n’a d’ailleurs noté aucune réaction de cette communauté internationale ou plutôt de cette « communauté d’intérêt national ». Et on comprend pourquoi vu les intérêts que la France a dans ce pays.

D’autre part, dans des fléaux cruciaux comme le réchauffement de la planète par exemple, les USA, tête de file de cette communauté internationale qui doivent donner de bons exemples, ont refusé pendant longtemps d’adhérer à tout protocole ou accord qui menace ses propres intérêts. L’organisation de l’OMC qui encourage essentiellement la domination des puissants leur permettant de sauvegarder leurs intérêts au détriment des faibles en est aussi un exemple. Enfin le point culminant qui justifie l’hypocrisie de cette communauté internationale et le mérite de les appeler « communauté d’intérêt national » peut trouver sa justification dans le commerce des armes. Tous les jours, des mines antipersonnelles détruisent la vie des enfants dans des pays en conflits. A cela s’ajoute le nombre de victimes dans ces conflits et les pertes humaines considérables. Et pourtant aucun de ces pays ne fabriquent ces armes. Dans beaucoup de conflits, ce sont les leaders de cette communauté internationale qui arment l’un ou les deux belligérants et font marcher ainsi leur business au grand malheur des populations ! On peut citer dans cette vision la guerre Iran - Irak avec des milliers de morts. La France, comme d’autres pays, a bénéficié de contrats pour leurs industries d’armements. Aujourd’hui encore la crise de Darfour a mis du temps pour voir la mobilisation de cette même communauté et pourtant si ce pays disposait d’intérêts capitaux pour le reste du monde, on lui aurait accordé depuis longtemps l’engagement que la gravité de la situation nécessitait. La chine a toujours été pendant longtemps un obstacle au règlement de ce conflit brandissant à tort et à travers son droit de véto à toute sanction contre le régime d’Omar El - Béchir pour sauvegarder ses propres intérêts. La Chine soutient militairement et diplomatiquement le gouvernement de Khartoum.

La communauté internationale est elle dés lors dans son ensemble un arbitre intéressé ? Et on peut se demander si les attitudes des uns et des autres de cette communauté internationale ne peuvent pas engendrer des frustrations ? Quelle interprétation doit-on donner à la dernière intervention de Momar Khadafi à la tribune de l’ONU ? Certes les médias occidentaux n’ont rapporté que le côté folklorique de Kadhafi en passant sous silence le contenu de son discours et se limitant à ironiser. Mais demandons-nous au moins si le président libyen n’était pas ce jour là, la voix des sans voix. Outre le fait que Khadafi a déchiré et a jeté la charte de l’ONU, il a renouvelé son appel pour le transfert des compétences du Conseil de sécurité, le qualifiant de "Conseil de la terreur et du terrorisme" à l’Assemblée générale qui représente "le Parlement du monde" où tous les pays sont égaux tel que stipule sa charte. Dans son coup de gueule, Kadhafi a aussi évoqué le dossier du transfert du siège des Nations Unies vers un autre endroit et a proposé son transfert à Syrte en Libye, ou à Vienne en Autriche ou au centre de la planète à New Delhi ou à Beijing. Passer outre la personnalité du guide libyen, certaines de ses suggestions peuvent au moins nous interpeller pour un monde plus paisible, un monde peace and love !
Comment arriverons nous vraiment à refonder un système basé sur l’intérêt commun au service de cette communauté internationale au détriment des intérêts respectifs de chaque état ?

Ibra khady NDIAYE

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    1 Les banquiers
    Dans toutes les réunions de banquiers, on respire un air de profonde admiration du marché et de mépris de l’Etat. En 2009, les banquiers, qui affichent habituellement tant mépris à l’égard des gouvernements et des fonctionnaires, sont allés se réfugier dans le giron de l’Etat. Il les a sauvés, et malgré cela, les banquiers ne tirent pas d’enseignements. Leur conviction que les gouvernements n’ont pas de pouvoir sur l’économie est tellement ancrée en eux qu’ils n’ont pas pu imaginer que c’est grâce à la réponse efficace de beaucoup de gouvernements que la crise est moins longue et moins lourde de conséquences que ce qu’ils avaient anticipé. Peut-être est-ce pour cela qu’ils chantent de nouveau les louanges des marchés et qu’ils continuent de critiquer les gouvernements qui les ont remis à flot...

    2 Tony Blair
    Récemment, l’ex-Premier ministre britannique a réitéré sa profonde répugnance à l’égard des dictateurs. Il a soutenu que, même s’il avait su que Saddam Hussein ne possédait pas d’armes de destruction massive, la guerre d’Irak aurait été justifiée, car ce pays était une dictature intolérable qu’il fallait renverser. Blair a fait cette déclaration quelques jours après s’être entretenu avec le dictateur de l’Azerbaïdjan, Ilham Aliev. Lors de sa visite dans ce pays, Tony Blair n’a fait aucun commentaire sur les violations répétées des droits humains attribuées à son hôte cordial. C’est que, comme l’explique le rédacteur en chef adjoint de Foreign Policy, Josh Keating, le but de son voyage était autre : donner un discours très bien payé dans l’entreprise du patron le plus riche du pays. (Petit détail : ce patron est un ami proche du dictateur azerbaïdjanais).

    3 Les « gentlemen » du Parti républicain aux Etats-Unis
    « J’adore ton teint hâlé, les courbes de tes hanches et ta démarche d’une beauté érotique (...) » C’est ce qu’a écrit Mark Sanford à sa « meilleure amie » qui vit en Argentine. Si l’intime correspondance de monsieur Sanford a fini dans la presse, ce n’est pas pour ses qualités littéraires, mais parce que c’est le très conservateur et le « très marié » gouverneur de la caroline du Sud. Ses fustigations de l’« inacceptable conduite de Bill Clinton » résonnent encore à la Chambre des représentants.

    Mais il y a aussi le sénateur John Ensign, qui a vécu une torride idylle avec la femme de son chef de cabinet. Il ne se passe pas un mois sans qu’éclate un scandale sexuel impliquant des grands défenseurs de la moralité, de la famille et du mariage, lesquels viennent régulièrement à la télé tonner contre les infidèles, les dissolus et les homosexuels.

    Et les divas ne sont pas en reste. Sarah Palin proclame que l’abstinence sexuelle est le seul moyen d’éviter la grossesse des adolescentes, alors que dans son propre foyer, l’abstinence brille par son absence.

    Ce que font les gentlemans et les divas de leur vie privée n’a pas d’importance. Ce qui importe, c’est que leurs votes, leurs décisions et leurs discours créent une ambiance, pour tout le monde, en totale contradiction avec leur propre comportement.

    4 Les magistrats britanniques qui ont émis un mandat d’arrêt contre Tzipi Livni
    L’ex-ministre israélienne des Affaires étrangères est accusée de crimes de guerre dans le cadre du conflit à Gaza entre le Hamas et Israël. Qu’a fait Tzipi Livni de plus que, par exemple, Vladimir Poutine ? (Cf. la Tchétchénie) Par ailleurs, pourquoi n’ont-ils pas ordonné qu’on arrête Angela Merkel, dont les aviateurs militaires ont bombardé un groupe de civils afghans, tous tués au cours de l’opération ? Pourquoi n’ont-ils pas fait arrêter Bush, Blair et Obama pour les milliers de civils innocents qui meurent en Irak et en Afghanistan ? Le très controversé rapport Goldstone sur la guerre de Gaza accuse aussi bien Israël que le Hamas de crimes de guerre. Alors pourquoi les leaders du Hamas ne méritent-ils pas le même mandat d’arrêt que celui visant l’ex-ministre israélienne ?

    5 Lula da Silva
    Le président brésilien a déclaré qu’Hugo Chavez était le meilleur président du Venezuela depuis 100 ans. Si on n’a jamais entendu Lula dénoncer les conduites autoritaires de son ami vénézuélien, il a su attaquer avec virulence les récentes élections à Honduras. Il l’a fait alors que, cette semaine-là, il recevait avec tous les honneurs Mahmoud Ahmadinejad, le président iranien dont la victoire électorale fait l’objet de sérieux doutes. La différence entre les élections iraniennes et celles du Honduras ? Eh bien l’Iran a subi une énorme fraude, des gens ont été tués ou torturés dans le cadre d’une brutale répression organisée par le gouvernement d’Ahmadinejad. Curieusement, l’affable leader brésilien ne semble pas encore en avoir pris conscience.

    Evidemment, beaucoup d’autres mériteraient de figurer sur cette liste. Envoyez-moi donc vos suggestions à mnaim elpais.es.

    Rendez-vous en janvier 2010. En attendant, bonne année à tous !

    Moisés Naím

    Image de une : Main couverte de faux sang devant un masque de Tony Blair, lors de manifestations à Londres, en novembre 2009. Une enquête officielle sur l’implication de la Grande-Bretagne dans la guerre en Irak a été entamée en novembre. Reuters.

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    L’Angolagate avec les ventes d’arme dans ce pauvre pays est une preuve entre autre de la pertinence de l’article !

  • repondre message

    Les vraies questions sont posées.....

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