États Généraux de la Presse

Daniel Deloit : " Ne pas pouvoir accéder à la formation continue est un danger "

Rencontre avec Daniel Deloit, directeur de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille

mercredi 10/12/2008 - mis à jour le 27/03/2009 à 16h12

Lancés le 2 octobre 2008, les États généraux de la presse écrite questionnent encore actuellement le devenir de la presse et des métiers qui l’animent. Interrogé sur l’avenir du métier de journaliste ainsi que sur les formations qui s’y réfèrent, Daniel Deloit, directeur de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, nous livre ses angoisses, espoirs et certitudes.

Vous participez au pôle de réflexion sur l’avenir du journalisme depuis l’ouverture des États généraux de la presse, que pensez vous de cette initiative ?

La profession se mobilise souvent par secteurs d’intérêt et une mobilisation de cette ampleur m’était inconnue jusqu’alors. Il est toutefois navrant de constater qu’un homme du gouvernement en est à l’initiative. Cela pervertit considérablement la nature du débat puisque par principe ou par posture, certaines personnes ont décidé de ne pas participer. A côté de ceux là, d’autres qui participent n’ont finalement pas grand chose à dire. Néanmoins, il est bon pour une profession de se parler d’autant plus que les sujets abordés sont tous vitaux. Laisser la place à un corpus de préconisations ou de règles figées après l’arrêt de États généraux serait toutefois regrettable. Il faudrait au contraire que l’on ait une forme d’échange permanent entre toutes les composantes du monde de la presse.

Quels sont les enjeux principaux en ce qui concerne les formations aux métiers du journalisme ?

Notre école est professionnelle et professionnalisante. Elle prépare donc à une profession et vise à faire connaître le métier sous toutes ses coutures. Il est essentiel pour un journaliste d’être formé et important qu’il y ait une liberté et une diversité d’accès à ce métier.
Avec mes collègues, nous souhaitons qu’il y ait pour cela une formation continue, bien adaptée. Même si une personne n’a pas réalisé d’école, elle doit avoir la possibilité d’approfondir un certain nombre de points. Chaque année, seulement 20 % des journalistes qui ont obtenu leur carte sortent des écoles. Ne pas pouvoir accéder à la formation continue est un danger puisque cela entraîne une forme de précarisation. Il est de la responsabilité des écoles, des entreprises et des syndicats de se saisir de manière plus effective du problème. Il faut briser les cercles vicieux et faire des propositions dans ce sens, ce que nous avons fait aux États généraux de la presse.

Vous évoquez une diversité d’accès au métier, que répondez vous à ceux qui parlent de « formatage » des écoles de Journalisme ?

Le recrutement des journalistes, en dehors des mesures de discrimination positive, est un peu élitiste il faut le reconnaître. Toutefois les meilleures écoles de journalisme étant des écoles post-universitaires, c’est à l’ensemble de la chaîne de l’enseignement de s’y intéresser. Ceci n’enlevant rien à notre responsabilité. Nous réfléchissons actuellement pour l’ESJ à des modes de recrutement plus ouverts. Toutefois, si l’on entend par « formatage » le contenu des enseignements proposés, je ne suis pas d’accord. Le journalisme est un métier qui nécessite un apprentissage particulier. L’essentiel des cours que nous dispensons ne sont pas de la remise à niveau académique. L’enseignement est assuré par des intervenants professionnels apportant chacun un éclairage sur leurs médias. Nous attachons beaucoup d’importance à la personnalité des étudiants ainsi qu’à la diversité des enseignements, le formatage ne peut donc pas exister.

L’essor du numérique vous a-t-il poussé à adapter votre formation ?

Nous considérons que le multimédia fait partie de la culture générale du journaliste, nous l’avons donc intégré au sein de nos enseignements. C’est aussi une forme de spécialisation, même si nous ne l’avons pas érigé en tant que simple spécialité. Une école doit veiller à ne pas faire le grand écart entre les mouvements de fond d’une profession et les phénomènes de mode. Il nous apparaît évident que les schémas éditoriaux et économiques ne sont pas encore établis. Il convient de penser le métier à 10 ans pour orienter nos enseignements, mais n’oublions pas que nos jeunes deviennent journalistes l’année prochaine !

Pourtant le numérique remet clairement en question l’avenir de la presse écrite...

La presse est capable d’affronter le numérique sur le plan économique mais ne le maîtrise pas sur le plan éthique, déontologique et philosophique. La presse écrite a aujourd’hui du mal à faire l’écart entre le local et le village universel, il le faudra pourtant. Il convient d’accorder une place au journalisme citoyen. Nous sommes sur ce point assez ouverts, mais il faut dominer les dérives qu’il entraine. Pour cela, il me semble urgent que les journalistes puissent être identifiés comme tels et servir de balises sur la toile. Cette grande lucidité sur le mécanisme laisse transparaître de grosses difficultés à l’appréhender.
Enfin, la culture technocentriste partagée dans les groupes de médias réclame de l’urgence en permanence. Les journalistes manquent de temps et de recul. Ils sont pris dans cette envie de faire toujours plus vite, et ne font pas forcément mieux. Les notions essentielles sont la maîtrise et la responsabilité. L’un ne va pas sans l’autre et les formations aident à les concevoir.

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