Dans la peau d’un Père Noël

mercredi 16/12/2009 - mis à jour le 17/12/2009 à 11h54

Rencontre d’un pré-retraité qui prend son rôle très à coeur.

« Cherche un homme d’environ cinquante ans pour faire le Père Noël au mois de Décembre, distribuer des friandises aux enfants, faire des photos avec eux. Expérience souhaitée. »

Les annonces de ce type sont nombreuses, les élus le sont moins. Car, ne s’improvise pas bonhomme à la hotte qui veut.
A 56 ans, Gérard Santandera en sait quelque chose. Vêtu du traditionnel costume rouge, arborant lunettes de vue et longue barbe blanche, il officie du 21 Novembre au 24 Décembre devant le Carrousel, sur la place de la Comédie de Montpellier. Après une carrière dans le commerce international, il aborde la retraite sereinement, en accordant une importance toute particulière au personnage qu’il incarne depuis trois ans déjà : « Je fais ça par passion, pas pour le fric. C’est un peu ma bonne action de l’année. J’ai décidé de le faire parce que ça représente tout ce que je n’ai pas eu l’occasion de réaliser dans ma vie. »

S’il apprécie le rapport privilégié qu’il partage avec les familles, son quotidien de Père Noël est particulièrement éprouvant. Debout du matin au soir, Gérard rencontre entre 350 et 400 familles selon les journées. Quand les enfants ne lui récitent pas leur liste de cadeaux, ce sont les adolescents qui lui réclament une photo. De bonne grâce, il accepte de faire plaisir à chacun, même quand cela devient difficile : « En réalité, les tours de manège me donnent le tournis. Mais les enfants s’éclatent, ça les fait rire de voir le Père Noël malade. Du coup, quand je descends, on dirait que j’ai bu un coup. »
Mais chaque jour, Gérard prend son rôle très à cœur. Quand il enfile son costume rouge, il sait qu’il doit être exemplaire : « Toute l’année, je suis un gros fumeur. Par contre, en décembre ma consommation passe d’un paquet à cinq cigarettes par jour. Fumer devant les gosses, c’est vraiment pas possible ! La première journée est la plus difficile, mais après ça va. »
Pour ce futur retraité, les fêtes de fin d’année relèvent davantage de l’ascèse que de l’excès.

Etre Père Noël, c’est aussi être à la croisée de la vie des autres, entendre les rêves mais aussi les déboires de nuées d’enfants. Et en temps de crise, il est un observateur éloquent.
En trois ans de bons et loyaux services, Gérard a vu changer les choses : « dès l’année dernière, il était possible de voir que les parents voulaient faire plus, mais ne pouvaient pas. J’ai travaillé dans le commerce international et je peux affirmer que cette crise n’est pas conjoncturelle mais bel et bien structurelle. Il y aura encore d’autres Noël difficiles à venir. »
Malgré une économie morose, les enfants lui offrent toujours de petits cadeaux : des pièces de 50 centimes, des bonbons, des dessins, des biberons… Tout en lui faisant promettre de bien les gâter le 25 décembre. Pour les moins chanceux, il est aussi un confident : « On prend de sacrées gifles parfois, parce qu’on ne s’attend pas à ce qu’un enfant nous livre des choses émouvantes ou carrément tristes. Il faut savoir écouter. » L’année dernière, Gérard a ramené plus de 800 lettres d’enfants chez lui. Il les a ouverte une à une, et y a répondu durant tout le mois de Janvier : « c’est un sacré travail, mais j’adore ça. »

Le 24 décembre, Gérard quittera la place de la Comédie pour jouer une dernière fois
le Père Noël auprès d’une association où l’attendent plusieurs familles, avant de rejoindre la sienne, composée de six fils et de dix-huit petits enfants. La trêve de Noël ? Mr Santandera ne la connaît pas.

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