Crise de la presse

« Défendre la liberté de la presse, sans enjeux partisans »

Comédie du Livre

lundi 02/06/2008

Dans le cadre de la Comedie du livre, à Montpellier, les trois capitaines Edwy Plenel, Jean-François Kahn, et Franz-Olivier Giesbert se sont interrogés sur le naufrage possible de la presse papier.

Un casting de choix, et un décor sublime, malheureusement assez peu adapté aux causeries, celui de l’Opéra Comédie. Philippe Lapousterle pose aux trois géants de la presse française que sont Jean-François Kahn [1], Franz-Olivier Giesbert [2], et Edwy Plenel [3], la question : Peut-on éviter le naufrage de la presse papier ?

Mais, la question est-elle mal posée, ou les intervenants mal choisis ? En effet, Jean-François Kahn le rappelle : « Les trois patrons que nous sommes sont des exceptions dans le panorama de la presse française, puisque nos titres gagnent de l’argent, ou du moins n’en perdent pas  ». Edwy Plenel, quant à lui, recentre rapidement le thème du débat. Pour lui, la question n’est pas d’éviter la naufrage de la presse papier, mais de sauver une presse indépendante des pouvoirs politiques et économiques. Une presse qui défende « Les vérités de faits qui, comme l’écrit Hannah Arendt dans la crise de la culture, seront toujours en danger face aux vérités d’opinions. »

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Jean-François Kahn : « Dans une vraie économie de marché, il n’y aurait plus de journaux du tout en France »

À cette presse indépendante s’oppose la publicité en premier lieu. Celle-ci dispose d’un pouvoir de séduction sur le public, puisqu’elle peut rendre l’objet journal gratuit. Pour Jean-François Kahn, c’est une situation aberrante. « Imaginez une seule seconde que, devant une boulangerie, quelqu’un s’installe et se mette à distribuer du pain gratuit, aussi bon que celui du boulanger, payé par la publicité. Qui accepterait cela ? La loi elle-même interdit au nom de la concurrence ce genre de situation. Si la presse se trouvait dans une vraie économie de marché, il n’y aurait plus de journaux du tout en France ! »

De l’interprétation du libéralisme

Franz-Olivier Giesbert semble moins inquiet : « Il ne s’agit pas d’un naufrage, mais la presse traverse une crise. Et ce, partout en Europe ». L’analyse qu’il présente est peu ou prou celle qu’a défendu l’institut Montaigne dans son rapport de 2006 pour « Sauver la presse quotidienne d’information ». Pour lui, les gratuits ne peuvent pas être tenus pour responsables de la crise de la presse. D’une part parce qu’il s’agit « d’ersatz » de journaux, d’autre part parce qu’« une situation de concurrence dope les ventes » et enfin parce que « les gratuits amènent vers le papier un public qui ne lisait pas auparavant ». Les principales causes de la crise sont à chercher ailleurs : dans le coût de fabrication des journaux ; dans le manque de points de distribution ; dans la dépendance des entreprises de presse aux aides de l’Etat ; et dans le manque de concurrence.

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Franz-Olivier Giesbert : « La concurrence dope les ventes »

Pour Edwy Plenel aussi, l’une des raisons de la crise de la presse est un manque de libéralisme. Mais pas de libéralisme économique, de libéralisme politique : « Il y a un problème démocratique. Comment pouvons nous accepter une situation comme celle de la conférence de presse présidentielle de janvier ? 600 journalistes, 15 questions, aucun droit de réponse, et plus grave encore : la profession entière qui rit de voir le président se moquer de l’un des leurs [4]. Et pour finir, on applaudit le président ; on applaudit l’acteur. »

Jean-François Kahn abonde dans le sens d’Edwy Plenel : «  Le public voit une connivence entre les journalistes, et se méfie de la presse. Au point d’aller exactement à l’inverse de ce que défendent les journaux, comme on a pu le voir avec la constitution européenne. Il faut repenser la façon d’écrire ». Pour lui, cette connivence va de paire avec le fait que la plupart des entreprises de presse appartiennent à des groupes qui vivent de commandes publiques comme Lagardère, Dassault et Bouygues.

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Edwy Plenel : « Il y a un problème démocratique »

Contre toute attente, Franz-Olivier Giesbert lui-même va s’émouvoir de l’absence de sens critique de la profession à l’égard de la communication politique : « Ce n’est pas grave que les politiques critiquent les journalistes, c’est le jeu. Or, le conformisme est la clef de tout. En France, on étouffe les débats, la presse refuse la contradiction. La presse vit en dehors du monde ».

Jean François Kahn va conclure ce trop court débat : « Il faut défendre cette idée d’une presse libre, mais sans enjeux partisans. Il faut condamner les atteintes à la liberté, même quand les situations qui sont générées nous arrangent ».

Notes

[1fondateur des hebdomadaires L’évenement du Jeudi et Marianne

[2directeur du magazine Le Point, et animateur de l’émission Chez FOG sur France 5

[3Directeur de publication du journal en ligne Mediapart et ancien directeur de la rédaction du quotidien Le Monde

[4 Laurent Joffrin de Libération

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2 réactions

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    En même temps FOG il a tellement grugé sur son canard, sur son sens du placement et sur sa coupe de chEveux qu’on a du mal à pas le prendre pour un BHL de la politique. Un de ces trous du cul qui font bcp de bulles...

    Jean François Kahn, quand j’entends dire qu’il est de gauche, j’ai tjrs l’impression que Fabius est maoïste. Non mais Jean François Kahn quoi, à part pour un problème d’institution dont tout le monde se contrefout (peut être pas dans une branche snobe et participative du PS), tout le monde se moque de ses grotesques pamphlets qui ne surprendraient même pas le dernier fonctionnaire de la DG concurrence de la Commission. J’aime bien qu’on soigne la forme mais quand on a rien à dire on fait pas comme Giesbert (enfin quoique Giesbert est quand même le meilleur des courtisans, ces "journalistes" cocktails qui nous demandent de travailler plus, j’estime qu’on peut travailler le quart de Giesbert en fournissant la même imbécilité)

    Bon pour Edwy Plenel, c’est le plus drôle, un mec qui fait du copinage sur son site d’info (au passage on remarquera qu’il ne prend aucun étudiant de son master, c’est aussi ça le socialisme, se faire payer sans contrepartie par des organismes publics...) en appliquant au gré du vent toutes les creuses idées qu’il a semé sur la liberté de la presse. En y repensant, je me dis que j’ai pas assez dormi, ça m’aurais rendu moins con. La bise à Jean-Pierre Foucault.

  • repondre message

    Super Mario, Kojac et Batman dans un opéra ; c’est beau une partouze démocratique.

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