Reportage

Des calandrettes à l’université, la langue d’oc essaie de survivre

samedi 29/01/2011 - mis à jour le 16/10/2013 à 12h28

Alors que les débats font rage à Villeneuve-lès-Maguelone, une calandrette continue paisiblement d’accueillir les bambins. Découverte de cet univers scolaire… et culturel.

En plein cœur de Montpellier, la rue Aigrefeuille abrite un lieu pas comme les autres. Difficile de croire que derrière la porte froide et métallique du n° 2 se cache une école. Pourtant, une plaque sur la façade indique bien son nom : Calandreta Candola. N’y entre pas qui veut. Une sonnette d’un bleu lumineux accueille chaque visiteur et permet au personnel éducatif de filtrer les arrivées. Une fois à l’intérieur, l’accueil est différent. Orange, violet, vert, les couleurs ne manquent pas. Des cris stridents fusent de toutes parts et des enfants chahutent aux quatre coins de la cour.

La calandrette : des bienfaits indéniables

Au centre, l’institutrice tente de canaliser les énergies. « Ça fait trois ans que j’enseigne ici, explique Fanette. J’ai appris l’occitan à la fac il y a 5 ans. Je m’occupe des petites et moyennes sections de maternelle. » Les 25 élèves de sa classe ont de 3 à 5 ans. Dès leur plus jeune âge, ils sont plongés dans la langue occitane. « On a exactement le même programme qu’une école publique, mais tout est en occitan, rajoute la maîtresse, en séparant deux élèves perturbateurs. Les tous petits ne comprennent pas forcément, il ne faut donc pas hésiter à répéter, mimer, désigner les objets. »

Julie quant à elle, s’occupe du primaire. Une classe unique pour 15 élèves, allant du CP au CM1. « En plus d’être une école bilingue, on applique une pédagogie institutionnelle inspirée des méthodes Freinet, centrées sur l’enfant. » Le concept : donner la parole aux élèves, développer leur autonomie, stimuler l’entraide… Pour Julie, les bienfaits sont indéniables. «  À l’entrée au collège, les enfants sont responsables, matures, curieux, ouverts sur les langues et les cultures, ils s’adaptent mieux. »

« Mon nom es Ange, ai nòu ans e soi en CM1. » [1] Ange est fier de pouvoir se présenter en occitan. Originaire de Bretagne, rien ne prédisposait le garçon à apprendre la langue. « Mes parents ne la parlent pas. J’aime bien l’occitan, les matières et les amis à l’école. » Lilia, Martin et Margot, 4 ans et demi, sont eux aussi ravis d’être là. Tous ont leur mot à dire. « Je sais dire adieu, ça veut dire bonjour, et limauc, limace », raconte Lilia.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la plupart des parents ne parlent pas la langue régionale. « Si moi, j’ai voulu mettre mon enfant dans cette école parce que je connais l’occitan, de nombreux parents sont plutôt attirés par la pédagogie institutionnelle », confie Jean-Marc Vilarroya. Ce parent d’élève est devenu président de l’association Calandreta Candola lorsque son fils de 9 ans a rejoint les bancs de l’école. « Gérée par l’association, la calandrette est considérée comme privée aux yeux de l’État. Les parents sont obligés de s’impliquer dans l’association. Par exemple, ils doivent aider à organiser les fêtes et accompagner les enfants pour les sorties. »

« L’offre suscite la demande »

Après un début de scolarité consacrée à l’occitan, beaucoup d’élèves tentent d’orienter la suite de leurs études en fonction de cette langue. Maxime, 17 ans, est en terminale à Albi. Il pratique le patois depuis la petite section de maternelle et a décidé de prolonger cet enseignement au lycée. « Aujourd’hui, je continue parce la langue me plaît. J’ai des amis avec qui je suis depuis le début et la classe est super sympa. En plus, je suis bilingue donc cette option peut me rapporter beaucoup de points pour le bac. C’est toujours un plus. »

Laura, 22 ans, a arrêté l’occitan en terminale. Elle ne regrette pas d’avoir choisi cette option mais aujourd’hui, la jeune fille ne pratique plus la langue. « Malheureusement, peu de gens parlent patois, hormis les personnes âgées. Du coup, j’ai tendance à perdre notions. »

Ce cas n’a rien d’exceptionnel. Les générations les plus anciennes, véritables incarnation de l’occitan, disparaissent peu à peu. Dès le plus jeune âge, la volonté de reprendre le flambeau s’exprime. Les calandrettes doivent même refuser des demandes, victimes de leur succès. Cette motivation s’essouffle pourtant avec les années. Peu d’élèves poursuivent la pratique dans l’enseignement secondaire, par manque d’offre.

Philippe Martel, professeur d’occitan à l’université Paul Valéry, explique ce phénomène : « En 2007, il y avait 80 000 élèves qui apprenaient l’occitan. C’est peu vu la base du public. C’est difficile d’ouvrir des cours. L’offre suscite la demande. Les gens ne peuvent pas se dire spontanément : “Chouette, si je faisais de l’occitan !” » Et la diminution des postes dans l’enseignement ne risque pas d’arranger pas la situation. « En 2002, il y avait 13 postes d’occitan au CAPES, poursuit Philippe Martel. Depuis 2003, il n’y en a plus que 4. Pour un espace linguistique de 32 départements. »

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Notes

[1« Mon nom est Ange, j’ai neuf ans et je suis en CM1. »

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