Domaine du Mas Lou : les « amoureux du schiste »

jeudi 26/01/2017 - mis à jour le 26/01/2017 à 14h55

Avec « Nouvelle Vague », le salon Vinisud ouvre ses portes aux exploitants de moins de cinq ans d’activité. Haut Courant est allé à la rencontre d’Adèle et Olivier, deux jeunes talents producteurs de Faugères. Bienvenue au Mas Lou !

Le cœur sur le vin. Fils de vignerons, Olivier Gil ne se voyait pas suivre la voie de son paternel. Ils se dirigent davantage vers la vente que vers un travail de cultivateur. Difficile à croire tant la passion du jeune languedocien pour la vigne se dégage à chacune de ses prises de paroles. BEP et Bac Pro en poche, il s’oriente vers un BTS technico-commercial. C’est là qu’il rencontre Adèle Arnaud, « fille de consommateur » comme elle le dit en souriant, qui nourrit alors déjà l’ambition de devenir viticultrice. Elle est mise en garde : femme et non-héritière il faut qu’elle aille jusqu’au diplôme national d’œnologie (DNO) pour se faire une place. Depuis, le métier s’est ouvert et la gersoise a convaincu son compagnon de la suivre.

Sept années d’études après leur rencontre, Adèle et Olivier obtiennent chacun leur précieux DNO qui leur permet de s’installer définitivement. « Au détour d’une rue », le propriétaire du domaine La Tour Vieille leur propose alors de les embaucher. Ils acceptent mais souhaitent d’abord voyager. Qu’à cela ne tienne, les deux places leur seront réservées. Direction l’Amérique du Sud. Au Chili et en Argentine, ils visitent et découvrent d’autres manières de faire. Loin de leur cahier des charges viticole. « Ïnti », « Angaco », « Aksou », « Tio », les noms donnés à leurs cuvées proviennent tous de ces six mois à arpenter le continent sud-américain.

Pari réussi pour un projet « pas exubérant »

En 2014, après plusieurs années passées au service d’autres domaines, le couple décide de s’établir à son compte. Avec la volonté d’exploiter un terroir tardif, ils reprennent 8 hectares de vignes sur la commune de Fos (Hérault) et achètent une petite cave à Faugères. Les côteaux schisteux de Faugères correspondent parfaitement à leurs attentes. Ils exploitent des vignes anciennes. Les plus récentes sont des syrahs implantées il y a 25 ans, mais ils travaillent également des souches centenaires de carignan. Pour eux, cette ancienneté est importante pour l’équilibre du vin et la résistance de la vigne aux conditions climatiques. Si le rendement est moindre, la qualité du vin produit leur importe davantage.

Avec un projet raisonnable, il n’a pas été si difficile de convaincre les banques de sa viabilité. D’autant plus que le couple ultra-qualifié s’est installé alors même que le père d’Olivier partait à la retraite en lui transmettant ses vignes engagées en coopérative plus bas dans la plaine. S’il faut quand même «  enfoncer quelques portes  », les jeunes exploitants n’ont pas connu d’obstacle majeur sur leur chemin.

Pourtant, lors de leur première année d’exercice, le couple doit affronter deux épisodes cévenols (des pluies diluviennes) qui auront raison de 30% de leur récolte. Ils produisent 8 000 bouteilles, le reste partant au marché du vrac. «  Lorsqu’on choisit ce métier, on sait à quoi s’attendre  ». L’année suivante est la bonne. 2015 a été particulièrement généreux pour eux. Leur premier millésime rencontre son public et ils sortent 20 000 nouvelles bouteilles de Mas Lou.

Un travail du vin « sans artifice  », « à l’huile de coude »

Adèle et Olivier l’admettent volontiers, ils sont « amoureux du schiste ». Ce sol particulier permet une meilleure résistance à la sécheresse, mais aussi de produire un vin plus minéral et la finesse des tanins. La maturité tardive de la pellicule de leurs cépages permet elle aussi d’adoucir le vin, ce qui différencie leur production des vins traditionnels du midi. Si les syrahs, importées des régions septentrionales, sont difficiles à travailler, ils se développent bien sur les sols schisteux.

Reste encore à investir pour leur prochain objectif : passer en bio. En attendant ils appliquent tout de même un traitement raisonné. Les amoureux de Faugères ont en effet une philosophie très peu interventionniste. Ils vinifient « sans produits, à l’huile de coude  ». Leur formation leur a enseigné l’amour des vins droits et nets, mais ils estiment ne « pas faire du vin d’œnologues ». La vinification de leur six cuvées est parcellaire (à chaque parcelle correspond une cuve la contenant), et travaillée « sans artifice  » (ils n’aiment pas les vins sur-mûris).

Pour l’instant, la mise en bouteilles demeure précoce. La première se fait en avril pour la cuvée de blanc, de rosé et l’entrée de gamme de rouge ; la deuxième en juin pour le reste des cuvées de rouges. Parmi leurs clients, peu de particuliers car ils ne disposent pas encore de caveau de vente. 90% de leur production se retrouve dans les circuits professionnels, des restaurateurs ou des cavistes. Leurs vins se retrouvent surtout à Paris, mais aussi en Bretagne, à Clermont-Ferrand ou encore à Toulouse. Pas à l’étranger, un choix de leur part. Ils produisent également une cuvée spéciale pour Bibovino.

Le salon Vinisud ne les a donc pas attirés pour les potentiels marchés internationaux, mais davantage pour l’espace Nouvelle Vague qui leur offre une belle vitrine dans le milieu. Ils en attendent des retours de professionnels et des échanges avec les autres jeunes exploitants. Sur les salons, leurs étiquettes créées par l’artiste Guy Jouanin, un ami du couple, attirent en tout cas la curiosité du regard. Une curiosité qui se poursuit verre en main.

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Les étiquettes soignées d’Aksou, Jalka et Tio attirent l’œil.

Crédit : Mas Lou

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