Evènement

Du Mur de la honte à la liberté

vendredi 06/11/2009 - mis à jour le 29/12/2009 à 18h49

1989-2009, voilà 20 ans que le Mur de Berlin est tombé. Un souvenir marquant que les Berlinois vont commémorer avec liesse ces prochains jours. Hautcourant.com se rend sur place pour couvrir l’évènement et mieux comprendre ce tournant de l’Histoire. Dès dimanche, retrouvez notre dossier spécial anniversaire de la chute du Mur.

« C’est tout un peuple emprisonné
Qui recouvre la liberté
Et qui découvre émerveillé
L’Autre Côté... » Yves Duteil

Août 1961 - novembre 1989. Vingt-huit ans de séparation, physique et morale à la fois, durant lesquels les Berlinois ont imaginé cet autre côté. Cet autre côté où vivait un proche, un ami. Un autre monde. Jusqu’à la chute. Yves Duteil, dans sa chanson "L’Autre Côté", transmet bien cette fièvre qui a gagné Berlin, il y a tout juste 20 ans.

Un mur avant le mur

Retour sur ce passé lourd de conséquences. Au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, le camp des vainqueurs (Soviétiques, Américains, Britanniques et Français) se partage l’Allemagne en quatre zones d’occupation, comme convenu à Yalta au début de l’année 1945. La capitale du IIIè Reich est elle-aussi divisée en quatre zones d’occupation. La question de Berlin va rapidement devenir l’une des principales causes de tensions entre les anciens alliés. Ce sont les prémices de la Guerre Froide.

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L’allemagne divisée

Dès 1946, Winston Churchill parle d’« un rideau de fer qui (...) s’est abattu sur le continent ». Chacune de leur côté, les deux superpuissances nées de la guerre souhaitent étendre leur hégémonie : l’Union Soviétique et les États-Unis. L’année 1949 voit naître la République Fédérale d’Allemagne (RFA) à l’Ouest. Elle réunit les zones occupées par les Français, les Américains et les Anglais. En réponse, les Soviétiques fondent la République Démocratique allemande (RDA) à l’Est. De chaque côté commencent à apparaître douaniers et soldats chargés de surveiller étroitement les frontières entre RDA et RFA. Berlin est alors le seul endroit où les Allemands de l’Est comme de l’Ouest peuvent transiter.

Du rideau de fer au mur de pierre

Depuis sa création, la RDA voit déferler un flot d’émigration croissant vers la RFA, particulièrement à Berlin. Les Est-Allemands vivant désormais sous le régime communiste connaissent un bouleversement culturel et économique radical. Ils se voient imposer un modèle stalinien qui entraîne une baisse de la production et une pénurie alimentaire. Une fuite de la main d’œuvre (trois millions d’hommes s’en vont en quinze ans) amène la RDA au bord de l’effondrement économique et social dès 1961. Cette dernière décide donc de réagir. Nous sommes à l’aune de la construction du “Mur de la honte”.

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Berlin divisé

Érigé dans la nuit du 12 au 13 août 1961, le Mur encercle la partie Ouest de Berlin, et la coupe du reste du monde. Il devient le symbole d’une Europe divisée par le rideau de fer. Plus qu’un mur, c’est un dispositif militaire. Il comporte en fait deux murs parallèles de 3,6 mètres de haut. Des barbelés les garnissent. Sans compter les chemins de ronde, les miradors, les alarmes, et les milliers de gardes accompagnés de leurs chiens.

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Le dispositif du Mur de Berlin

Plusieurs centaines de ressortissants de la RDA perdent la vie en essayant de le franchir, les gardes-frontière est-allemands et soldats soviétiques n’hésitant pas à tirer sur les fugitifs. L’ordre est d’ailleurs donné à la Stasi, police secrète de la RDA chargée d’espionner la population : « N’hésitez pas à faire usage de votre arme, même si la violation de la frontière concerne des femmes et des enfants, ce qui est une stratégie souvent utilisée par les traîtres ».

A l’Est comme à l’Ouest, ce mur est vécu comme un déchirement et une humiliation qui fait renaître dans le cœur des Allemands l’idée d’une réunification. Une conséquence inattendue.

Une libération soudaine

Automne 1989. Le bloc communiste est affaibli par la perestroïka, réformes économiques et sociales menées par Gorbatchev, président soviétique depuis 1985. Mais aussi par la détermination des Allemands de l’Est à briser ce "Mur de la honte". Des manifestions surgissent aux quatre coins de Berlin. De son côté, Helmut Kohl, réélu en 1987 Chancelier de la RFA, ouvre le dialogue avec l’Est.

Tout bascule le 9 novembre 1989. Günter Schabowski, porte-parole du SED (le parti communiste de RDA), annonce à 19 heures en conférence de presse que la RDA accordera des visas sans condition aux Est-Allemands souhaitant se rendre à l’étranger. Un journaliste lui demande à partir de quand la mesure entre en vigueur. Il répond : « Pour autant que je sache... tout de suite... sans délai ». Sa déclaration, reprise dès 20 heures à l’Ouest, provoque la ruée de milliers de Berlinois vers les “checkpoints”. Les gardes laissent passer les gens. Peu à peu, le Mur est littéralement recouvert par une foule en liesse. Les Berlinois utilisent tous les moyens à leur disposition (pioches, marteaux, mains etc.), pour le détruire.

Des morts, des responsables

Il est difficile d’évaluer le nombre exact des victimes du Mur. Victimes qui sont à la fois les centaines de morts, mais aussi ces hommes et ces femmes condamnés, car suspectés de vouloir le franchir, avec ou sans preuves réelles.

Fait souvent ignoré, de nombreux procès ont eu lieu jusqu’en 2004 pour trouver les responsables des tirs effectués sur les civils qui souhaitaient traverser le Mur. Parmi les accusés figuraient le président du Conseil d’État de la RDA Erich Honecker, son successeur Egon Krenz, des membres du Conseil national de défense dont Erich Mielke, un des chefs du SED, et quelques généraux. Parmi les accusés, trente-cinq furent acquittés, quarante-quatre condamnés à une peine avec sursis et mise à l’épreuve, et onze à une peine de prison ferme. Le dernier dirigeant communiste de la RDA, Egon Krenz, a été condamné en 1997 à une peine de six ans-et-demi de prison pour la mort de quatre personnes. Le dernier procès des garde-frontières se termine par une condamnation le 9 novembre 2004, quinze ans jour pour jour après la chute du Mur de Berlin. Le procès a suscité de vives controverses en Allemagne. Plusieurs accusés ont fait valoir que leurs actes, ramenés à leur contexte, n’étaient pas des crimes au regard de la loi est-allemande.

Il ne reste aujourd’hui quasiment plus de vestiges du Mur. Néanmoins, il demeure encore un élément central dans la vie urbaine de la nouvelle Berlin réunifiée. Les friches ont très vite été investies par la jeunesse, avec ses graffitis et sa musique. Certains sont désormais des lieux de vie prisés l’été. Quant à Checkpoint Charlie, le plus célèbre passage militarisé, sur Friedrichstraße, deux portraits géants d’un soldat russe et d’un soldat américain y cohabitent à présent. En souvenir de vieilles querelles. Des figurants jouent même les gardes-frontière de chaque côté. Pour la photo. A Berlin, le Mur a disparu mais son souvenir reste plus que poignant.

"Il reste encore ailleurs au monde
Bien d’autres murs à faire tomber
On entend la rumeur qui gronde
Et plus rien ne peut l’arrêter "
Yves Duteil – "L’Autre Côté"

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5 réactions

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  • Du Mur de la honte à la liberté

    8 novembre 2009 19:51

    repondre message

    Merci , mademoiselle pour vos informations , je suis épaté que de jeunes journalistes comme vous aient fait le déplacement à Berlin pour les 20 ans de ce grand évènement !!!
    et d’autres articles sur ce sujet sont attendus par vos lecteurs !!!
    Jean.

  • Du Mur de la honte à la liberté

    8 novembre 2009 18:54, par Julie Deracge

    repondre message

    Bonjour,

    Pour répondre à votre question sur le nombre de morceaux du mur qu’il reste à Berlin.
    Quelques uns mais peu car ils s’abiment et sont menacés de destruction. Le plus grand pan est à East Side Gallery, que nous avons visité aujourd’hui même. Ce pan du mur est recouvert de fresques. Magnifique. Certains autres morceaux sont exposés à travers le monde. Notamment à Montréal, rue Sainte Catherine.

    Cordialement

    Julie Derache

  • Du Mur de la honte à la liberté

    8 novembre 2009 10:47

    repondre message

    bonjour,merci pour votre article trés instructif, mais combien de murs sont encore debout ???

    • Du Mur de la honte à la liberté 8 novembre 2009 19:25, par Igor Gauquelin

      repondre message

      Vous avez anticipé le travail d’un de nos rédacteurs ! Vous pouvez retrouver sur Haut Courant son article : "ces murs qui séparent les hommes"

  • Du Mur de la honte à la liberté

    7 novembre 2009 13:44

    repondre message

    Rien à ajouter à la chanson d’Yves Duteil , qui résume si bien cet évènement
    Chanson que j’écoute régulièrement depuis sa création.

    Mais ne pas oublier sa conclusion, tous les autres murs à faire tomber de part le monde, et pas seulement en pierre : il y du travail

    Annie

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