Du rap pour tous les goûts vol.2 - Top 5 des albums de 2016

vendredi 30/12/2016 - mis à jour le 07/01/2017 à 12h07

Haut Courant passe la seconde vers 2017, mais regarde dans le rétroviseur de l’année musicale. Montez à bord, on sort l’autoradio de la boîte à gants et on se repasse les 5 meilleurs albums de l’année avec la rédaction. Aujourd’hui, Clément zigzague entre les trap-house d’Atlanta, les marécages de Floride et la Nouvelle-Orléans marqué par l’ouragan Kevin Gates.

Kekra – Vréel

Si l’année rap français 2016 a été de très bonne facture avec la confirmation de certaines têtes d’affiche comme PNL avec Dans la légende, l’explosion d’autres comme Damso avec Batterie Faible, ou les sorties plus discrètes de Jorrdee avec Bonjour Salope, il semblerait que Kekra soit la révélation de l’année avec son premier album Vréel. Avec pas moins de trois projets sortis cette année, l’hyper-productif Kekra s’impose comme une évidence dans le rap français. Vréel est un album hypnotique comme le paquet de céréales que l’on fixe, les yeux dans le vide, en dégustant notre pâtée sucré du matin. Avec trois phrases, une référence mongole, deux ad-lib criardes et son arrogance, Kekra est capable de faire des hits qui resteront dans la tête toute la journée. Un joyeux bordel qui s’avère être l’album de rap français qui a le plus tourné cette année.

Denzel Curry - Imperial

Imperial, troisième projet – gratuit – du jeune rappeur floridien Denzel Curry, porte bien son nom. Comme le jambon de Paris, ce projet est définitivement de qualité supérieur. Outre ces comparaisons douteuses, Denzel Curry s’affirme sur Imperial et rappe comme si sa vie en dépendait. À travers ses couplets, le jeune rappeur use de son flow-mitraillette pour conter le quotidien des ténébreuses rues de sa ville d’origine, Carol City, marquée par les bavures policières (Feu Travyon Martin) et les trafics de drogue incessants. Allégorie de sa ville natale, les productions granuleuses et métalliques créent de grandes fournaises et s’équilibrent de mélodies perdues qui ne permettent, cependant, pas d’éteindre le grand incendie instrumental. À seulement 21 ans, Denzel Curry gagne en personnalité avec Imperial. En posant une nouvelle pierre à son édifice, le jeune floridien laisse incontestablement présager de belles choses dans un futur proche.

21 Savage – Savage Mode

Avec Savage Mode de 21 Savage produit en intégralité par le génial Metro Boomin, l’adage « Les vrais gangsters marchent en silence » se vérifie. Sur le projet, 21 Savage se fait plus dur que quiconque en frappant à peine au-dessus d’un murmure. Savage Mode, froid comme une couverture de neige sur une pierre tombale, est une célébration sourde et étouffante des faits de violence qui caractérisent les rues brumeuses de la zone 6 d’Atlanta dont 21 Savage est originaire. Volontairement dépravées, les productions squelettiques de Metro Boomin offrent à 21 Savage un terrain de jeu d’une rare mélancolie avec un son incontestablement brut et addictif.
Sur ce premier « vrai » projet, 21 Savage se fait l’écho des ténèbres avec les yeux d’un démon qui rêve comme s’il voulait se rapprocher de ses amis, morts trop tôt. Si vous aimez les ballades solitaires, les nuits glaciales de décembre où la lune est cachée par un brouillard à couper au couteau ou que vous êtes tous simplement un vampire, cet album est fait pour vous.

Kodak Black - Lil Big Pac

Feu et glace. Ombre et lumière. Joie et mélancolie. Jeunesse et vieillesse. Kodak Black est tout ça à la fois. Un paradoxe exquis. À seulement 19 ans, le rappeur floridien possède une âme plus vieille que son corps et rappe comme s’il avait deux fois son âge malgré une énergie juvénile. Avec sa voix grinçante, Kodak Black évoque la vie de la rue et les difficultés qui l’accompagnent entre le chagrin d’un criminel repenti et la détermination d’un jeune voyou. Malgré les possibilités de succès, il semble toujours rattrapé par l’attraction qu’exercent les rues chaudes de Pompano Beach menant aux peines d’emprisonnement et aux décès précoces. Portant un état d’esprit fataliste mais optimiste, Kodak Black prie pour qu’il soit en mesure de donner à son fils ce que son père n’a pas réussi à lui offrir. Héritier parfait des légendaires Lil Boosie et Gucci Mane (tous les deux invités sur le projet), Kodak Black livre avec cette mixtape, un projet dans la pure tradition du rap sudiste à écouter sans modération.

Kevin Gates - Islah

Après plus d’une quinzaine de mixtape sorti depuis 2007, Kevin Gates fait le grand pas en sortant son premier album Islah début janvier. Le rappeur de Baton Rouge y explore des vallées émotionnelles profondes en racontant des histoires de drogue, de dépression lors de séjours en prison, de pensées suicidaires mais aussi de sexe de façon parfois malsaine lorsqu’il parle de son pénis comme d’un être humain ou de sa salive glissant sur le corps de sa femme qui est aussi sa cousine. Alors oui, Kevin Gates est bizarre mais il arrive à faire tout ce qu’il veut en musique jusqu’à parler de problèmes d’érections comme personne sur un instrumental pop-country sur lequel Taylor Swift aurait pu chanter il y a quelques années. Entre banger qui dépeint la vie de voyou et ballades amoureuses, les 17 titres d’Islah sont d’une puissance immédiate et rendent Kevin Gates attachant. Mon album de chevet en 2016.

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