Du rock sous le sapin - Top 5 des albums de 2016

lundi 19/12/2016 - mis à jour le 24/12/2016 à 14h39

Haut Courant passe la seconde vers 2017, mais regarde dans le rétroviseur de l’année musicale. Montez à bord, on sort l’autoradio de la boîte à gants et on se repasse les 5 meilleurs albums de l’année avec la rédaction. Aujourd’hui, Simon zigzague entre rap, rock psychédélique et hommage à David Bowie.

La Femme - Mystère

La Femme est un groupe qui ne fait pas l’unanimité. Critiqué par certains pour leur manque de professionnalisme ainsi que pour leurs productions quelque peu étranges, adulé par d’autres pour les mêmes raisons, toujours est-il qu’il ne laisse pas indifférent. Leur dernier album, intitulé Mystère , est sorti en septembre dernier. Aussi barré que leur premier album Psycho Tropical Berlin, les six membres du groupe renouent aujourd’hui avec ce qui a fait leur succès, à savoir ce drôle de mélange des genres. Entre rock psychédélique, balade pop, voire un sursaut de punk par endroit (« Tatiana »), La Femme est à visage multiple, un phénomène unique dans la scène française, qui cultive activement sa bizarrerie. Mystère est un ascenseur émotionnel qui commence comme une séance d’hypnose, vous emporte dans le spleen le plus total, vous perd dans le quartier de S.S.D (Strasbourg Saint-Denis), et vous ramène à bon port Vagues après vagues. Cet album est une véritable réussite, bien qu’il puisse rebuter de prime abord. Il faudra plusieurs écoutes à qui n’est pas familier à ce groupe au style atypique, mais reste à coup sur l’un des meilleurs albums sorti en cette année 2016.

Jazzy Bazz - P-Town

Sorti en début d’année P-Town est le premier album de Jazzy Bazz, rappeur parisien de 27 ans originaire du « nord de la ville » comme il se plait à le dire. Plus auteur que rappeur, il possède une maîtrise de la langue et du verbe qui lui vaut d’être dans ce top 5. S’il se fait aujourd’hui un nom, c’est grâce à ses textes élaborés, où le verbe prime sur la punchline. S’apparentant plus à une sorte de poète moderne qu’à ses homologues rappeurs, Jazzy Bazz table sur un savant mélange entre une instrumentalisation qui colle parfaitement aux canons du rap actuel, tout en travaillant ses rimes de manière fine et ciselée. Plus proche de Mc Solaar ou d’Oxmo Puccino que de PNL ou Jul, il est un ovni dans le rap game d’aujourd’hui. En toile de fond la ville de Paris, monstrueuse cité, à la fois belle et triste, revient dans chaque chanson ou presque comme une obsession de l’artiste. Oscillant entre morosité avec « Fluctuat Nec Mergitur » et férocité sur le morceau « Le roseau », Jazzy Bazz a sorti cette année un album de haute voltige. Comme quoi, le rap c’était pas mieux avant.

Fat White Family - Songs for our mothers

Autant prévenir tout de suite, Fat White Family n’est pas un groupe optimiste. Originaires d’Angleterre, les six mecs qui composent cette formation rock arpentent en titubant les scènes anglaises depuis 2011. Songs for our mothers est leur second album, et disons que celui-ci n’est pas agréable à écouter pour qui aime la musique joyeuse. Étranges et noirs, les dix morceaux qui composent cet album sont autant de vagues dissonantes et lourdes qui finissent par donner le tournis. Est-ce dû à leur fâcheuse tendance pour la consommation de produits en tout genre ? Ou bien le fait qu’aucun de ces six personnages ne semble avoir foi dans l’avenir qui se présente à eux ? Le fait est que tout cela se ressent dans leurs productions, et qu’il faut avoir le cœur bien accroché pour survivre à tant de tristesse. Certains morceaux comme « We Must Learn to Rise » ou « Love Is The Crack » sont lourds et hypnotiques, d’autres au contraire sont plus aérés et semblent même provenir d’un autre album, à l’image de « Whitest Boy on the Beach », étrange morceau aux sonorités new waves lointaines. Sorte d’hybride dégénéré des grandes heures du punk rock et de la cold wave anglaise, cet album n’est pas à mettre entre toutes les mains donc, mais ravira les amoureux du nihilisme et de l’ironie anglaise, comme un bon shot de whisky au réveil après un lendemain de soirée.

Iggy Pop - Post Pop Depression

Il est de retour, après presque 50 ans de carrière Iggy « l’iguane » Pop fait encore parler de lui et a sorti en mars dernier Post Pop Depression, son dix-septième album studio. Alors certes, le mythique chanteur n’est plus le punk incontrôlable et autodestructeur qu’il a été dans sa jeunesse (pas si lointaine), mais son dernier album respire encore les effluves lourdes et acres du plus grand des chiens du rock. Dans le lot pas que des grands morceaux, il faut bien le dire. Le titre « Sunday », par exemple, me laisse de marbre. Mais, outre ces considérations personnelles, cet album est étonnamment frais et s’éloigne largement de ce que l’on aurait pu attendre d’un papy du rock. Au contraire, Iggy propose ici un album vif, où rien ne laisse paraître de l’usure du bonhomme qui tient encore cette voix qui a fait ses grandes heures de gloire. Pur album de rock, moins agressif que dans les jeunes années du chanteur, Post Pop Depression mérite le détour. A écouter absolument pour se convaincre de la chose, les morceaux « Gardenia », « Break Into Your Heart » et « Paraguay », qui sont les pièces maîtresses de cet album pas si dépressif que ça.

David Bowie - Black Star

Cela n’a échappé à personne, en janvier dernier mourrait David Bowie, icône de la scène anglaise, et sans conteste l’un des musiciens les plus reconnus de ces dernières décennies. Difficile de décrire en seulement quelques mots ce que l’artiste a su insuffler à la musique, arpentant d’une rive à l’autre le rock, le glam, la pop, le funk. Il était un transformiste insatiable qui a su au fil du temps nous revenir à chaque fois sous une forme différente. Sorti le 8 janvier, deux jours avant sa mort, « Black Star » est son dernier album. Il marque d’une croix blanche la longue carrière de l’artiste. Réalisé dans les derniers mois de vie du chanteur, l’album est une véritable œuvre testamentaire, et montre un Bowie plus sombre que d’habitude. D’une allure mystique, l’album flotte dans une profonde noirceur, agrémentée par moment de grands instants de clairvoyance et de bien être. Comme un chant du cygne à la fin de l’album, les morceaux « Dollar Days » et « I Can’t Give Anything » émergent de la morosité ambiante qui règne et tendent la main à l’auditeur qui jusqu’ici nageait dans une grande affliction. Sans conteste, la mort était présente dans l’esprit de Bowie quand cet album a vu le jour, et son décès ne fait qu’augmenter ce ressenti. Mais il convient d’admettre au final que ce « Black Star » est aussi un des albums marquants de la carrière du chanteur aux milles visages, qui aura réussi jusqu’au bout à garder cette part de mystère qui le caractérisait.

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