Du vin produit dans des colonies israéliennes à Vinisud

jeudi 26/01/2017 - mis à jour le 27/01/2017 à 12h01

Vinisud accueille un large panel de compagnies viticoles du pourtour méditerranéen. Des producteurs français aux producteurs d’Algérie, en passant par l’Espagne ou la Croatie mais aussi le Golan Heigts Winery, une compagnie israélienne dont les vignobles sont basés sur des territoires syriens occupés. Problème : l’étiquetage de ces vins ne respectent pas la réglementation européenne en vigueur.

Troisième plus grande cave d’Israël, le Golan Heights Winery s’est vu décerner le New World Winery de l’année 2012 par Wine Enthusiast Magazine. Si le vin casher a le vent en poupe depuis plusieurs années, la qualité des vins produits sur le plateau du Golan y est pour quelque chose. En témoigne, les 32 pays d’exportation et la renommée internationale de la compagnie : 2 trophées internationaux des meilleurs vignobles, 15 trophées internationaux du meilleur vin, 72 médailles d’or internationales. Commercialisé sous trois marques : Gamla, Golan et Yarden, la Golan Height Company produit 5.4 millions de bouteilles par an, représente 18 % du marché intérieur et 38 % des exportations de vin d’Israël.

Une occupation illégale

A priori, un palmarès qui ne laisse pas entrevoir d’ombres au tableau. Pourtant, à y regarder de plus près, la zone géographique de ces vignobles se trouve en territoire syrien occupé. Il s’agit ainsi d’une colonie israélienne considérée comme illégale par la communauté internationale. Conquis par Israël en 1967 lors de la guerre des Six Jours, le Golan a été annexé en 1981 par la Golan Height Law. Qualifiée de « crimes de guerre  » par la Cour pénale internationale, l’occupation israélienne des territoires est condamnée par la résolution 497 du Conseil de Sécurité en 1981. Ainsi : « En vertu du droit international le plateau du Golan et la Cisjordanie, y compris Jérusalem Est, ne font pas partie d’Israël  ». Cette résolution fait donc obligation aux « opérateurs économiques » de ne pas s’en tenir à une simple mention géographique (produit originaire de Cisjordanie ou du Golan), mais « d’ajouter, entre parenthèses, l’expression "colonie israélienne" ou des termes équivalents ». La réglementation européenne impose aussi cette même précision visant à informer le consommateur de la provenance des produits.

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Carte publiée dans l’Atlas 2000 des Conflits du Monde Diplomatique

En 2006, en Suède, la question de l’étiquetage a déjà été soulevée par des consommateurs locaux. L’entreprise suédoise Systembolaget, un détaillant d’alcool détenu par l’État a été contrainte de rajouter sur l’étiquette : « Fabriqué dans un territoire syrien occupé par Israël  ». Aussitôt, des responsables israéliens inquiets d’une baisse de vente de leurs produits font pression. L’entreprise suédoise fait alors machine arrière et adopte une mention encore plus floue qui indique simplement « autre origine  ».

Fondé en 1983 dans la colonie de Katzerin sur les hauteurs occupées du Golan, la cave du Golan Height a eu un rôle prépondérant dans l’évolution de toute l’industrie du vin en Israël. Si le site de la compagnie vante la qualité et la richesse « des terres viticoles de sa région  », il n’évoque pas le statut légal de la zone. Rien ne laisse donc présager l’origine réelle des vins. Encore moins l’œnotourisme développé par le Golan Height Winery. Visite rapide des vignobles ou VIP Tour : « Faites une visite dans votre langue avec un guide professionnel pour avoir une vue d’ensemble du processus de production du vin et profitez d’une dégustation d’une variété de nos vins  » propose la compagnie sur son site.

Comme le dénonce le rapport de l’association Women for peace, l’œnotourisme à l’œuvre sur les terres occupées a souvent but de légitimer et d’ériger ces colonies comme un « fait accompli de l’État d’Israël ». De nombreuses caves israéliennes s’ouvrent de cette manière au tourisme international.

« Lorsque des compagnies s’inscrivent, on peut difficilement faire des refus  »

Jusqu’à récemment, le site du salon Vinisud indiquait comme région de production pour cette compagnie, « Israël  ». Une mention aussi floue que fausse au regard de la réglementation européenne.

Contactée par Haut Courant, Camile Ader, responsable des relations exposants, avoue ne pas connaître le lieu et les conditions de fabrication des produits des deux compagnies, ni la réglementation européenne qui impose un étiquetage précis. Or, une simple recherche Google renseigne ces informations : « Le Golan Heights Winery est détenu conjointement par huit colonies israéliennes - moshavim et kibboutzim , qui fournissent également les raisins. » À leur décharge, «  les commerciaux d’Adhésion Group [l’organisateur du salon, ndlr] ne s’attardent pas sur les critères des conditions ou lieux de fabrication des vins » confie la responsable. S’il y a bien une procédure de validation pour l’inscription des compagnies viticoles et la réservation d’un stand d’exposition, celle-ci n’a pas pour objet de se pencher sur le droit international ou des enjeux géopolitiques qui vraisemblablement dépassent les commerciaux.

Il n’empêche que cette question sensible soulevée par Haut courant a été prise très au sérieux par le directeur d’Adhésion Group et commissaire général du salon, Ahmad Monhem. Après nous avoir déclaré, dans un premier temps, ne pas être au fait de ce sujet, il précisait : « Lorsque des compagnies s’inscrivent, on peut difficilement faire des refus. »

Joint à nouveau au téléphone jeudi 26 janvier 2017, Ahmad Monhem nous assure qu’il s’est saisi du problème. L’origine du vin présenté par le Golan Height Winery a donc été rectifiée, précisant désormais « israeli settlement ».

Après un échange avec la compagnie viticole, le commissaire général du salon nous affirme que l’étiquetage des vins sera finalement bien aux normes. Haut Courant ne manquera pas d’aller goûter ces vins pour le constater !

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