Exposition

Edvard Munch sans Cri, à la pinacothèque de Paris

dimanche 18/04/2010 - mis à jour le 19/04/2010 à 14h24

Le vernissage de l’exposition hommage à Edvard Munch s’est déroulé jeudi 15 Avril à la Pinacothèque de Paris, dix huit mois avant celle du Centre Pompidou. Crépusculaire, l’oeuvre mouvante de l’artiste norvégien laisse entrevoir au visiteur les écumes de son XXème siècle, parfois abyssal.

La rétrospective consacrée à l’artiste évince volontairement “Le Cri” et se concentre sur ses œuvres mineures, sorties de nombreuses collections privées. Et il y a de très beaux tableaux. L’on découvre ainsi Munch dans sa plus pure apparence. Tourmenté, agité d’une frénésie créatrice et puis, apaisé.
D’aucuns y verront une exposition “anti Cri”. Ce serait vain. Il s’agit davantage de la reconnaissance, tardive, d’un peintre longtemps méprisé par l’histoire de l’art française.

Des lumières diaphanes de l’Europe septentrionale aux toiles griffées et maltraitées, l’évidente prise de distance avec l’école réaliste et son mentor, Christian Krug, se fait jour. L’œuvre de Munch apparaît nimbée de mélancolie, parfois diluée d’une rosée triste.

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Aux images de l’enfance endeuillée succèdent des figures de Madone dénudées entourées de fœtus ou encore, des toiles dont les traits préfigurent le fauvisme. Surprise au détour d’une salle minuscule : vingt deux lithographies retracent la Fable d’Alpha et Omega, à travers des scènes parfois grotesques puis tragiques. Plus loin, quelques autoportraits laissent entrevoir l’amorce d’une fin de vie avortée.

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Jamais Munch n’avait semblé si proche. Ses jeunes années en Norvège, ses deuils, son obsession érotique pour les femmes ou l’insondable solitude surgissent dans cette exposition pourtant lacunaire (certaines toiles n’ont pas été obtenues par la Pinacothèque)

C’est aussi l’une des rares fois où l’influence de la photographie et du cinéma sur l’œuvre de cet artiste du début du XXème siècle, est abordée. Ainsi, un court métrage expérimental tourné par Munch dans les années 20, est projeté dans la Pinacothèque. Furtivement, il apparaît à la fin de la bande, l’oeil perçant, son chapeau vissé sur le crâne.
Constant dans la rupture, l’artiste focalise non pas sur le beau, mais l’instant. Chez Munch, l’empathie est une seconde nature, tant et si bien qu’elle en fait un capteur hors pair "d’images justes", capable de brosser une véritable “peinture de l’âme”.

Un siècle plus tard, la singularité de Munch force l’admiration. En atteste la carte blanche laissée par la Pinacothèque à l’artiste turc Bedri Baykam. Ses treize tableaux lenticulaires (en 4D) réinterprètent allègrement "L’Enfant Malade" ou "Le Baiser" : les images originales se mêlent aux photographies d’aujourd’hui, dans des hologrammes hallucinogènes. Ce traitement de cheval, d’un tout autre genre de celui que Munch faisait subir à ses toiles, il y a déjà longtemps, vers Aasgaardstrand, sonne comme la reconnaissance posthume d’un artiste en marge du temps.

À la Pinacothèque de Paris, du 19 février au 18 juillet 2010

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