Régionales, l’oeil de Lyon

En Rhône-Alpes, un meeting du PS parfaitement orchestré

mardi 09/03/2010

La liste “Une Région d’Avance”, conduite par le président sortant Jean-Jack Queyranne, a tenu hier, lundi 8 mars, un meeting de campagne réunissant 800 personnes au Transbordeur (salle de concert lyonnaise). Gérard Collomb et Robert Badinter se sont exprimés, avant que des artistes de la scène lyonnaise ne prennent le relais.

Moins d’une semaine après le meeting UMP de Caluire (voir notre article ici), le PS est entré à son tour dans la dernière ligne droite des Régionales en Rhône-Alpes. Enfin, rectification de Gérard Collomb, maire de Lyon qui a été le premier à s’exprimer : « la dernière ligne “gauche” ». En Rhône-Alpes, le mot “gauche” est d’ailleurs systématiquement préféré au mot “socialiste” dans les discours.

Cette fois, il ne s’agissait pas de faire acte de présence devant les militants, mais bien d’inciter les Lyonnais, notamment les jeunes, à aller voter le 14 mars prochain. Ces derniers jours, la démobilisation des électeurs de gauche et le taux d’abstention qui se profile inquiètent « l’ossature de la majorité sortante », toujours au coude-à-coude avec ses alliés Verts [1]. Si contre toute prudence, Gérard Collomb a déclaré que Jean-Jack Queyranne « sera réélu président de la région », ce dernier aussi rappelé qu’il faut au candidat socialiste « un maximum de voix ». Ce, dès le premier tour : « je le sais bien, c’est plus facile de gouverner lorsqu’il y a un axe central fort dans la majorité. S’il n’y avait pas une vision, notamment économique, nous n’aurions pas exactement les mêmes résultats dans les collectivités. » Un pic ostensiblement lancé aux Verts, qui ont voté contre le soutien de la Région aux Jeux Olympiques d’Annecy et, de façon plus anecdotique, contre l’implantation d’un Center Parks dans l’Isère cet été. Soit deux projets défendus par leur propre majorité.

« Sa majesté Nicolas Sarkozy saluée à Versailles comme feu Louis XIV »

Dans son discours, le maire de Lyon a adopté sa posture préférée : celle du socialisme municipal triomphant, à la fois écolo et social. Selon lui, une mairie de gauche associée à une région de gauche, voilà la clé pour passer à « la ville du XXIeme siècle ». Entre Gérard Collomb et Jean-Jack Queyranne, le bilan de l’un sert toujours d’argument au profit de l’autre. Gérard Collomb : « rendez-vous compte, dans le nouveau quartier du centre-ville, “Confluent”, il y a 25% de logements sociaux. Ça n’aurait pas été possible sans cette force économiquement innovante et juste qu’est la Région. Nous avons besoin d’elle pour continuer la politique de succès lancée dans nos villes. »

Robert Badinter est ensuite intervenu pour soutenir le candidat du PS, par « devoir d’amitié ». Après des applaudissements sobres, mais longuement entretenus, l’ancien garde des Sceaux a prononcé un discours dans le calme et la gravité, pour apporter au meeting une vision nationale du débat gauche-droite. Sans aucune notes, l’ancien avocat qui a aboli la peine de mort en 1981, a dénoncé la tournure policière prise par la présidence dite « progressiste » de Nicolas Sarkozy : « au début des années 2000, il y avait 300 000 gardes à vue par an. Je regardais récemment les chiffres de cette année : 550 000. Et après rectification comptable : 200 000 de plus. C’est une augmentation plus que rapide ! » Passant en revue la multiplication des fichiers de renseignements ou encore le débat sur l’identité nationale, il a raillé de bout en bout le pouvoir actuel : « lorsque l’on associe l’identité au mot “national”, je m’inquiète. J’ai des souvenirs. J’ai vécu les heures très noires à Lyon pendant l’Occupation. Et je me souviens qu’avant août 1942, on ne cessait alors, à droite, de parler de “Révolution nationale”. »

Pour Robert Badinter, « sa majesté Nicolas Sarkozy saluée à Versailles comme feu Louis XIV » doit être battue en 2012. Et cela doit commencer dès les Régionales : « du côté de l’Élysée, on explique que ce scrutin est un scrutin régional. Mais si la droite l’emportait, vous verriez que ce ne serait plus tout à fait le même discours. »

« Indécent étalage de luxe, de vulgarité et d’inculture »

Après la parole du sage, Jean-Jack Queyranne n’avait plus qu’à placer la sienne. Le président de Région s’est exécuté, non sans laisser parler des représentants de la culture avant lui : la réalisatrice Ariane Mnouchkine lui a apporté son soutien, puis le le quatuor féminin “Évasion” a interprété un chant révolutionnaire sarde a cappella.

Jean-Jack Queyranne a rejoint la scène dans une agitation générale de papiers rose et jaune pâle. Le président de Région, qui semble toujours aussi inconfortable dans les exercices populistes, s’est exprimé pendant vingt minutes avec ses manières technocratiques. Un discours en deux axes détaillés : le bilan et le programme. Priorité à la jeunesse des lycées et des universités, mais aussi recherche, développement durable, culture et emploi. En revanche, Jean-Jack Queyranne n’a pas oublié qu’il était en campagne : « je le dis, je le redis, j’insiste ! Nous devons être en tête de toutes les régions pour donner un signal fort à la droite nationale. Sur le terrain, les gens en ont marre de cette République abîmée jusqu’au sommet de l’État, marre de la bande du “Fouquet’s”, marre de cet indécent étalage de luxe, de vulgarité et d’inculture. »

Professionnel de la politique mais aussi homme de culture, le candidat du PS avait tenu à ce que la soirée ne tourne pas trop autour de lui. Carmen Maria Vega, une jeune artiste lyonnaise exceptionnellement douée, s’est donc rapidement chargée d’époustoufler la salle avec ses airs d’Édith Piaf des années 2000. Haut Courant a testé Jean-Jack Queyranne pour voir si l’idée, originale, était la sienne ou si on lui avait soufflé. Réponse de l’intéressé : « je l’avais vue il y a deux ans. Cette fille va monter très haut, elle est incroyable. »

Une soirée de meeting presque parfaitement orchestrée

Mais le patron en Rhône-Alpes ne maîtrise pas toujours tout. À l’entendre, il ne s’est sans doute pas rendu compte que le choix du groupe de rap qui allait prendre le relais, “Les Gourmets”, pourrait être interprété comme une faute de goût en cette 100eme Journée de la Femme. Au demeurant très bon, ce groupe lyonnais vire parfois à une certaine forme de misogynie dans ses textes. Heureusement pour l’ancien ministre de Lionel Jospin, hier au Transbordeur, alors que la plupart des convives étaient déjà partis, “Les Gourmets” se sont abstenus d’étaler toute leur culture !

Notes

[1Le Progrès daté d’aujourd’hui place Europe Écologie à quatre petits points seulement du PS. De fait, le président de la région n’est donc absolument pas assuré d’être reconduit pour un second mandat.

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