Conférence - Débat

Florence Aubenas, « la femme de ménage est invisible »

vendredi 19/03/2010 - mis à jour le 25/11/2016 à 16h44

Dans une salle Pétrarque bondée, la journaliste Florence Aubenas, est venue présenter jeudi 18 mars son dernier ouvrage, Le quai de Ouistreham.

En ce début de soirée de mars, Florence Aubenas, journaliste au Nouvel Observateur était attendue de pied ferme. Sous l’égide du Club de la presse de Montpellier et de la librairie Sauramps, elle a présenté son livre puis s’est livrée à un débat avec la salle et à une séance de dédicace.

À l’image d’un Gunther Wallraff, elle s’est immergée à Caen, « ville où je ne connaissais personne » précise-t-elle, et a cherché un travail en présentant un CV ne mentionnant que son bac. Le monde des femmes de ménage s’ouvrait alors à elle.

Beaucoup lui ont reproché sa démarche. « C’est vrai que j’ai un CDI confortable au Nouvel Observateur. Je voulais partager un quotidien. La crise on a l’impression de la connaître par cœur. Pourtant c’est une réalité difficile à montrer ».

Des agences d’intérim à Pôle emploi, en passant par ses rencontres et ses premiers jobs, ce livre fort témoigne de ce qu’elle a vécue pendant six mois. Non sans humour et en toute simplicité, la journaliste y a retracé son expérience dans les grandes lignes. Une réalité difficile à montrer, qui a aujourd’hui trouvé un porte-parole en quelque sorte. « Je vous passe les temps de trajets plus longs que le temps de travail » ou encore « le fait qu’il faut un portable et une voiture, car c’est un signe d’intégration sociale ».

« La femme de ménage est un balai »

« Un jour alors que je passais l’aspirateur dans un bureau, un couple s’y est retrouvé. L’homme a lancé : “enfin seuls” ». Alors qu’elle raconte cette anecdote, la dérision de la situation fait largement rire la salle. Pourtant, c’est le quotidien de milliers d’hommes et de femmes livrés à l’indifférence totale.

JPEG «  N’avez-vous pas eu l’impression de jouer un double jeu ? » lâche alors une personne du public. « Pour vous répondre honnêtement, le but de ma démarche semblait m’absoudre. Je n’avais aucun doute, ce n’était pas un problème mais ça l’est vite devenu. Par moment, j’étais mal à l’aise, je me suis donc fixée une limite. Pour les gens avec qui je travaillais, je n’allais pas chez eux, de même je n’ai raconté que ce qui était sur la place publique. Sinon, j’ai demandé l’autorisation aux personnes concernées. »

Florence Aubenas a clôturé la soirée par une séance de dédicaces. Le temps de rencontrer et de discuter deux minutes avec chaque lecteur, en toute simplicité.

En d’autres termes, le but de cet ouvrage est de « rendre visibles ces gens invisibles ». Mais il couvre une réalité complexe de notre pays, la précarité, sa banalisation, le terreau d’un malaise social et la société avec ses maux. En somme un témoignage poignant à lire.

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