Reportage

Fruits et légumes font leur show avec “Panier Piano”

samedi 18/12/2010 - mis à jour le 18/03/2011 à 14h21

Depuis plus de trois ans, l’association “Panier Piano” vend les produits de la terre aux étudiants de Montpellier SupAgro. Rencontre avec les membres de l’organisation qui met en avant un mode de distribution alternatif, en marge du circuit des grandes enseignes de l’hypermarché.

18 h 15, au parking de la résidence des étudiants de SupAgro. La nuit est déjà tombée. Cela n’empêche pas un petit groupe de s’affairer autour d’une camionnette blanche, garée sur plusieurs emplacements. L’ambiance est chaleureuse et bon enfant. Ici, pas de chichi : que l’on soit cadre de l’association ou simple adhérent, chacun met la main à la pâte pour l’agencement des légumes multicolores, en attendant le début de la distribution.

Le seul réverbère à proximité peine à éclairer le stand monté avec les moyens du bord. Personne ne semble gêné par les débris de verre, éparpillés autour du conteneur. Un peu plus loin, une vingtaine de cagettes en plastique sont posées à même le sol, bien garnies par de nombreux sacs en papier kraft marron. JPEG

Une fois le dispositif installé, la distribution peut réellement commencer. Vincent, en bon trésorier de l’association, est aux commandes de son ordinateur pour vérifier la liste des membres. Cela l’amuse plutôt : « À force de m’en occuper, je commence à connaître le nom et le prénom de tous les adhérents. »

Au fil des minutes, le flux d’étudiants venu récupérer leurs paniers s’intensifie. Au menu cette semaine : betteraves, pommes de terre, carottes, pommes, kiwis et un butternut (“doubeurre”, une variété de courge). Certains profitent de l’occasion pour discuter. Surtout avec Thierry Collignon, agriculteur dans la région de Béziers. Il centralise tous les fruits et légumes de petits producteurs locaux pour les revendre ensuite aux étudiants de SupAgro.

Tout le monde y trouve son compte

JPEGL’opération est un véritable succès pour l’association “Panier Piano” : 121 étudiants ont accepté de payer un abonnement de huit semaines pour avoir droit à des paniers, vendus selon la quantité souhaitée, à 5 ou 10 €. Une fois cet abonnement arrivé à échéance, la plupart d’entre eux le renouvellent avec enthousiasme. Et ce jusqu’au terme de leur formation dans l’école. Mieux encore, tous les ans, de nouveaux adhérents s’investissent dans ce projet.

1 255 paniers ont ainsi été distribués entre septembre et décembre 2010. Une limite financière a toutefois été fixée : ne jamais dépasser le seuil des 1 000 € de revenus générés par la vente des paniers. « L’objectif est de préserver la taille humaine de l’asso, justifie Evelyne Bonilla, la présidente. Le risque est de perdre de vue son aspect convivial, mais on est encore loin de la véritable entreprise de distribution. »

Environ 200 personnes bénéficient chaque semaine de fruits et légumes de saison à un coût raisonnable. Et les atouts ne s’arrêtent pas là pour Flavy : « Cela me permet de découvrir des variétés de légumes que je ne connaissais pas et donc me force à cuisiner des plats originaux, explique cette étudiante de première année d’Agronomie. Même si je regrette parfois le manque d’information sur certains produits qui sortent de l’ordinaire. » Elsa, en troisième année de gestion environnementale, voit dans ce système de livraison quasi à domicile la possibilité de supprimer les intermédiaires entre producteurs et consommateurs. « C’est tout bénéf, pour nous comme pour l’agriculteur. »

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Une organisation vertueuse

Derrière le simple aspect de la distribution aux étudiants se cachent de nombreux avantages pour les cultivateurs :

  • Une vertu économique. Chaque agriculteur est rémunéré à sa juste valeur et l’opération permet de maintenir la survie de cinq petites exploitations. « Et ça représente sept emplois, directs ou indirects, confie Thierry Collignon. Plus largement, le système « sauvegarde le travail de 35 personnes. Cela va des techniciens de maintenance à la personne qui produit les plants en passant par celui qui prépare les engrais bio, un poste que l’on va bientôt créer. » Mieux encore, il engendre des besoins qui n’existaient pas auparavant. « Un poste supplémentaire va bientôt être créé, pour la préparation spécifique des engrais bio. »
  • une vertu sociale. Dans les villages concernés, aux environs de Béziers, un espace est spécialement aménagé afin de servir de point relais pour la diffusion des paniers. Une véritable vie sociale renaît grâce à ce système. « On recrée un lien fort dans ces quartiers souvent déshumanisés, où les supermarchés ont tué les commerces de proximité », plaide Thierry.
  • un outil de valorisation du métier. « Qu’est-ce qui peut être plus valorisant pour nous que de se dire : “je participe à la constitution de paniers qui sont distribués dans les facultés et dans les patelins de la région” ? » affirme l’agriculteur biterrois. C’est l’occasion pour eux de discuter des contraintes (physiques, météorologiques…) et des conditions de travail souvent difficiles, mais aussi de faire passer des messages. « Ils peuvent être simples, des infos sur les produits ou sur le mode de consommation, ou politiques. Quand les étudiants étaient en grève, nous ne pouvions certes pas sortir de nos champs ou de nos vergers pour aller les aider. Mais on leur a fait savoir que nous étions avec eux. »

Des légumes frais pour les étudiants à des prix attractifs, des emplois locaux préservés, un tissu social revitalisé. L’opération est loin d’être un épiphénomène ou une passade. Thierry Collignon en est convaincu : « Cette démarche doit entraîner un nouvel élan d’abord chez les exploitants, pour qu’ils s’impliquent davantage dans des modes de culture écolo. Et chez les consommateurs, sachant qu’une alternative aux hypermarchés existe, un billet de 10€ devient aussi important qu’un billet de vote. »

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