Analyse politique

Georges Frêche, le lion et le renard...

Un conseil d’agglo au parfum de régionales

jeudi 29/10/2009 - mis à jour le 30/10/2009 à 13h47

Le Conseil d’agglomération a bien eu lieu ce mardi 27 octobre. Mais cette fois, pas de joute verbale ni de pique lancée à ses adversaires. La faible opposition présente à cette assemblée pourrait suffire à l’expliquer ; mais la raison tient plutôt en ce que Georges Frêche sait voir au loin, et prépare déjà le terrain pour les prochaines échéances électorales... Analyse en cinq points.

Flatterie

Du haut de ses trois pattes, il arrive lentement mais sûrement, s’assied, pose sa canne sur la table, puis scrute l’assemblée. Il trône. En entrée, les journalistes. Il faut dès maintenant les caresser dans le sens du poil vous comprenez. Et s’il entame la flatterie par une légère critique d’un article dans le Midi-libre de la veille, concernant ses velléités supposées avec le maire de Montpellier, très vite il se rattrape : « Il y en a quelques-uns qui font du militantisme pour l’UMP [...] mais il y a quand même 99% de bons journalistes vous savez ». Ou de dire : « J’ai toujours respecté le Midi-libre, moi ».

Accusation

Après les journalistes, on fait un peu pleurer dans les chaumières : si les finances vont aller de plus en plus mal, ce n’est pas de sa faute. Le coupable, c’est le gouvernement, qui a pensé la disparition de la taxe professionnelle. Et quel piètre élève de Machiavel aurait été Georges Frêche s’il n’avait pas désigné nommément les adversaires à abattre afin de souder les forces en présence : Nicolas Sarkozy, l’actuel Président de la République, et la droite bien sûr, mais pas seulement... Olivier Besancenot, à la tête du Nouveau Parti Anticapitaliste, en a aussi pris pour son grade : « Y en a un c’est le timbre, l’autre la lettre. Mais les deux passent par la Poste ! » Accusé ici de se porter caution pour le chef de l’Etat, en raison de son refus d’alliance avec le Parti socialiste, le jeune homme a aussi été affublé du doux nom de « plaisantin ».

Rassemblement

Mais le tout n’étant pas de taper, le Président sait qu’il faut aussi rassembler. Or en politique, n’y a-t-il pas de meilleur principe fédérateur que la promesse de ne pas augmenter les taxes ? Pour 2010 en tout cas, l’année des régionales, ce sera bien le cas... Coïncidence ? Dès lors, les habitants de l’agglomération de Montpellier, n’ont aucune raison de ne pas voter Georges Frêche. Au tour des “élus-nommés” maintenant : « Imaginez que je ne sois pas réélu pour les régionales. C’est bien possible, en démocratie » lance-t-il. Murmures et mouvements dans la salle. Une frayeur s’installe : « et nos postes à l’Agglo pensent-ils ? » Pas d’inquiétude, il suffit « de se rassembler au second tour » pour que cela n’arrive pas.

Diplomatie

Ce que l’on a aussi pu observer mardi soir, c’est une Hélène Mandroux, dont les signes d’agacement fréquents révèlent sans doute le caractère inconfortable de la position qu’elle occupe depuis maintenant cinq ans : assise en face du Président, au centre de l’assemblée, mais en contrebas, d’où madame le maire de Montpellier ne peut que constater et tolérer sa propre soumission, en cette place forte qu’elle rêve un jour de prendre. En attendant ce jour, Georges Frêche, lui, joue la carte de la diplomatie et refuse habilement le conflit en répétant à loisir : « Je suis entièrement d’accord avec vous... » . Un conflit, il l’a bien compris, qui pourrait lui coûter cher pour les prochaines élections.

Apaisement

Enfin, après les tumultueux échanges lors du Conseil Municipal du 5 octobre dernier, le Président de l’agglomération et de la région se devait de calmer le jeu. Bien sûr, il y a eu du spectacle et le lion s’est taillé sa part. Mais c’est la ruse du renard qui a prévalu. Le Parti Communiste Français, le Front de Gauche, Les Verts, le MoDem : tous ont reçu leur petite douceur, et sans arrière-goût amer cette fois. Quel talent ! Mais attention : ne nous y trompons pas. Si Georges Frêche veut en effet la paix, c’est bel et bien la guerre des régionales qu’il est en train de préparer...

Franck Michau

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4 réactions

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  • Georges Frêche, le lion et le renard...

    1er novembre 2009 02:31, par S.T.

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    Merci pour votre réponse, qui éclaire le fond de votre article.

    Il est vrai que d’un point de vue personnel, les tractations pré-électorales menées par le président de la communauté d’agglomération n’étaient pas au centre des débats. C’est la raison pour laquelle j’insistais dans mon commentaire sur le recul vis-à-vis de la décentralisation, actuellement menée par M. Sarkozy et son gouvernement.

    Cela n’entache pas la qualité de votre article, qui expose bien le jeu électoral qui se structure actuellement en Languedoc-Roussillon.

    Je compte sur les plumes de votre rédaction pour revenir sur la réforme territoriale lors de la publication des décrets.

    Je vous souhaite bonne continuation, à vous, ainsi qu’à toute l’équipe d’hautcourant.

    Cordialement.

    S.T.

  • Georges Frêche, le lion et le renard...

    30 octobre 2009 08:52, par S.T.

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    "si les finances vont aller de plus en plus mal, ce n’est pas de sa faute. Le coupable, c’est le gouvernement".

    Auriez-vous pris, Monsieur, le temps d’analyser le projet de loi de réforme territoriale ? Votre article laisse transparaitre une certaine allégeance (complaisance ?) envers le gouvernement aux affaires, alors que celui-ci est en train de revenir sur la décentralisation. Vous n’expliquez pas ce mouvement, alors qu’il est actuellement au centre de l’actualité des collectivités (et dont la substance a été dévoilée lors de ce même Conseil d’agglo).

    Donnez, je vous prie, les données du problème, le style Frêche ne permettant, malheureusement pas, un débat de fond, ni sur les enjeux électoraux en Languedoc-Roussillon, ni sur la dilapidation, orchestrée par Sarkozy 1er et consorts, des libertés locales.

    Cordialement.

    • Georges Frêche, le lion et le renard... 30 octobre 2009 14:22, par Franck Michau

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      Cher S.T.

      Je comprends que cela puisse prêter à confusion. Mais le but de cet article n’est pas de prendre parti pour ou contre le gouvernement. L’optique est de comprendre ce que sous-tendent les propos de Georges Frêche. En l’occurrence classé sous l’intertitre "Accusation", cette phrase vise à déterminer la raison pour laquelle il a souhaité donner un ton politique à cette question.

      Concernant mon opinion à propos du gouvernement, je vous assure que cet article n’en traite aucunement.

      Bien cordialement

  • Georges Frêche, le lion et le renard...

    30 octobre 2009 08:42, par K.

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    Très bel article Franck !

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