"Il ne s’agit pas de soigner, mais faire de ces ateliers des petites bouffées d’air."

vendredi 27/03/2009 - mis à jour le 27/03/2009 à 15h44

L’association culturelle de la maison d’arrêt d’Angers dirigée pas Evelyne Roger, s’est donnée pour but de favoriser la réinsertion sociale des détenus par le développement d’activités culturelles, sportives et de loisirs. En 2006, elle a proposé aux détenus un travail de réflexion et de création sur deux ans autour de la thématique du Héros et de son opposé l’anti-Héros.

Des thèmes qui ont servi de fils conducteurs a une réflexion et une production artistique des détenus volontaires. Dessin, sculpture, danse, photographie, écriture, sont autant de formes d’expressions qui ont été abordées. Une approche artistique balisée par l’organisation de conférences débats, de projections de films, de lectures spectacle, d’extraits de livres, ou encore de rencontres avec des poètes...
Ces travaux ont donné lieu à une exposition et à la création d’un recueil qui immortalise ces créations étonnantes de simplicité et de poésie. Ainsi, "Autofictions " fait sortir des murs les œuvres réalisées par les détenus et permettra aussi le financement d’activités au sein de la maison d’arrêt.
Corinne Forget est plasticienne, elle animait l’atelier sculpture et est aussi a l’initiative du projet de publication de ce petit livre retraçant les ateliers sculpture, photographie, expression libre, lecture à haute voix.
Rencontre avec une plasticienne passionnée.

Est-ce la première fois que vous participez à un projet culturel en prison ? Quelles ont été vos premières impressions ?

J’ai commencé ces ateliers un peu par hasard, une amie m’ayant indiqué que l’association culturelle de la maison d’arrêt d’Angers cherchait quelqu’un pour une activité sculpture. Mais, il n’y a sûrement pas de hasard et j’ai toujours très envie de partager la sculpture avec des personnes qui, de par leur chemin n’y ont pas forcément accès.
Avant cet atelier sur le héros, je suis allée plusieurs fois animer des ateliers terre, au gré des financements que peut obtenir l’association pour les ateliers artistiques.
De la première fois où j’ai mis le pied à la maison d’arrêt je garde surtout un souvenir du bruit : tout résonne très fort. Des grilles à passer où on n’en fini pas d’attendre, des passerelles métalliques sur plusieurs étages, comme dans les films... De la saleté et de mon incrédulité devant l’exiguïté des cellules.
Le premier atelier que j’ai fait concernait un groupe de mineurs, qui sont extrêmement « à cran ». Ils ne participaient pas beaucoup, mais ça c’est plutôt bien passé. Le plus dur était de les empêcher de détruire leurs modelages au bout de quelques minutes. Quand je suis rentrée chez moi, j’ai dormi pendant 2 heures tellement la tension avait été grande.

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Pourquoi ce thème du héros et de l’antihéros ? Est-ce un choix destiné à renvoyer les détenus à une réflexion personnelle ? Les amener vers une sorte de psychothérapie par l’art ?

Il ne s’agit pas de soigner ou de faire de l’art thérapie, qui est pour moi souvent une tarte à la crème couvrant bien des insuffisances. En guise de réponse, je vous citerai Evelyne, la responsable de cette initiative :
« Les animations socioculturelles de la maison d’arrêt ont plusieurs objectifs : permettre aux détenus de découvrir des domaines qu’ils ignoraient : techniques, culturels...mais aussi valoriser leurs performances, vivre des moments conviviaux . »

Pourriez-vous me parler de la relation entre les détenus et l’art, leurs manières d’appréhender les différents ateliers ?

Dans chaque série d’ateliers, je retrouve des impressions communes. Au démarrage il faut arriver à sortir les participants de la crainte de ne pas savoir faire, d’être le sujet de l’ironie des autres. Mais je suis toujours ravie de voir à quel point ils sont rapidement concentrés sur leur pièce. Le temps passe toujours très vite, eux même le disent souvent et c’est toujours réjouissant pour moi de voir qu’ils ne se sont pas ennuyé.

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Qu’est-ce qui pousse les volontaires à s’investir dans une démarche artistique ?

Les ateliers artistiques peuvent attirer les prisonniers pour toutes sortes de raisons, allant du désir d’expression à l’envie de se retrouver avec des camarades et sortir de sa cellule. Certains ont déjà pratiqué le modelage, beaucoup font références à des savoir faire d’artisans qu’ils ont pu rencontrer et dont ils respectent le travail.

Vous êtes à l’origine du projet de livre, pour quelles raisons exactement ?

Cette initiative a pris forme grâce à la rencontre avec Patrick Bonnel, restaurateur de monuments historiques a qui j’ai montré des photos des réalisations des détenus. Il a été très frappé par ces travaux et a proposé un mécénat pour la réalisation d’un ouvrage pour lequel se sont joins Jacques Palussière, imprimeur et Marc Antoine Mathieu, graphiste.
J’ai alors pris contact avec la bibliothèque d’Angers, pour un projet d’exposition des travaux et du livre. Une expo qui grâce aux discussions suscités a permis de donner une autre image des détenus quand à leurs capacités et sensibilité.
C’était aussi un moment pour informer le public des conditions de détention de plus en plus difficiles. Ces ateliers y sont des petites bouffés d’air.
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Extraits du livre Autofictions :

C’est quoi, c’est qui ces mecs qui sont ici pour un bout de vie.
C’est lui, c’est elle, ce sont eux, c’est nous, c’est moi, j’y suis même si j’ai pas envie.
Je préfèrerais être à tes côtés et non éloigné par des barbelés.

Yohann, détenu à la maison d’arrêt d’Angers

Héros-to Manie(s).

Sensuel et souvent charmant,
Entouré de demoiselles fort jolies,
Le Héros devenu demi dieu,
s’incarne "icône érotique".

Naturel aux muscles saillants,
Acclamé par mille hirondelles et cent pies,
le Héros a atteint d’autres cieux,
l’étrange nirvana mystique.

Ménéstrel le quart du temps,
Adulé pour ses rimes et douces mélodies,
le Héros est parmi les badauds,
l’idole la plus "harmonique".

Mais dans l’ombre (L) de la lumière,
épuisé par tant de fausses modesties,
le Héros a de sérieux vertiges,
et même de vertiginaux TIC....

C.K

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