Istanbul entre dans le cercle des capitales européennes de la culture

vendredi 29/01/2010

Le 16 janvier 2010, Istanbul est devenue l’une des trois capitales européennes de la culture. Entre cérémonies festives et animations artistiques, ce pôle culturel annonce de nombreux projets durant l’année et révèle son patrimoine et son histoire. Cette désignation a également une dimension politique pour un pays dont le processus d’adhésion à l’Union Européenne, entamé en 2005, est refusé par plusieurs États membres comme la France et l’Allemagne.

Essen, Pés et Istanbul sont les trois capitales européenne de la culture pour l’année 2010. Elles ont toutes trois inauguré l’année autour d’importants programmes culturels et différents événements musicaux et activités théâtrales, chorégraphiques, cinématographiques et littéraires. Le potentiel sur le développement local qu’offre cette désignation est important, et les retombées touristiques conséquentes selon la Commission Européenne (CE).
« La ville candidate doit mettre en évidence le rôle qu’elle a joué dans la constitution de la culture européenne, sa part actuelle à la vie artistique et culturelle de l’Europe et ses liens avec d’autres cultures d’autres continents, favorisant ainsi le dialogue. » Les critères de patrimoine et de vitalité de la culture sont essentiels à la désignation et doivent s’accompagner d’un riche programme. Ils s’ajoutent à ceux, plus conventionnels, des capacités d’organisation et d’autofinancement, d’accueil et de transport.
Trois ans de préparation intense ont précédé l’évènement : la restauration des grands monuments de la ville (la Mosquée bleue, le musée Topkapi, le quartier historique de Sultahamet), la mise en place de nouveaux équipements urbains et la modernisation des infrastructures culturelles. La participation active de la société civile, le partage des cultures, entre l’Europe et la Turquie, et enfin l’accessibilité aux manifestations ont été des arguments forts dans la sélection de la ville.

« Istanbul anlatilmaz, yasanir ! » Istanbul ne se raconte pas, elle se vit, selon un proverbe turc. Ancienne Byzance, Constantinople, capitale de l’Empire ottoman, lieux de péripéties épiques. Par son histoire et son patrimoine, la cité a rayonné sur l’ensemble de la Méditerranée et offre, de ses collines, le paysage riche d’un grand carrefour culturel entre deux continents. Musée à ciel ouvert, la vitalité des arts et de la culture parsèment les ruelles les plus étroites.

Le coup d’envoi des manifestations artistiques a été donné le samedi 16 janvier par une série de concerts et de feux d’artifices. Sur les deux rives du détroit où s’étend la métropole de 14 million d’habitants, les Stambouliotes s’étaient rassemblés pour célébrer ce nouveau titre et ouvrir le programme d’une année riche d’animations culturelles.

Un programme impressionnant est organisé pour la promotion et la mise en valeur du patrimoine historique sous toutes ses formes (artisanat, vestiges et trésors archéologiques). Prés de 520 projets de manifestations artistiques sont mis à l’affiche et d’autres devraient s’y joindre en cours d’année. Le programme est plus précisément « construit autour de quatre éléments de l’univers qui ont un sens spécial à Istanbul » selon le rapport de la CE. La Terre renvoie à la tradition et à la transformation, l’Air comme « ciel envoyé » réunit des musiciens locaux et étrangers, l’Eau dans « la ville et la mer » compose de nombreuses activités sur le Bosphore, et enfin le Feu sous « la falsification de l’avenir » se concentrera sur les arts modernes. « La ville des quatre éléments » est le slogan officiel et organisera les quatre trimestres de l’année culturelle.

La CE souligne que « l’objectif est d’accentuer la richesse et la diversité des cultures européennes et des caractéristiques qu’elles partagent, aussi bien que promouvoir la plus grande connaissance réciproque parmi les citoyens de l’Europe ». Avant de préciser qu’Istanbul est « un exemple vivant de la réunion de civilisations. Il a été au croisement de civilisations européennes pendant les siècles et a appris “à vivre des différences” ». Lors de la cérémonie protocolaire, le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a souligné l’importance de la culture stambouliote sur le continent et a insisté sur le destin européen de la Turquie. « Istanbul est une ville européenne » a t-il exprimé devant le président Abdullah Gül, les représentants d’une vingtaine de pays européens et de nombreux autres invités.

Qu’en pensent les autres ?

Un récent sondage, intitulé "Perceptions européennes sur la Turquie comme futur État membre" a été effectué dans cinq pays européens en août et septembre 2009 sur un échantillon de 5000 individus. Il a montré que 47% des sondés souhaitent voir la Turquie comme un membre de l’UE, contre 47% qui s’y opposent et 6% qui ne se prononçent pas. Présenté ce weekend dernier à Istanbul par Hakan Yilmaz à l’Institut Français d’Études Anatoliennes (IFEA), il interroge aussi des individus sur leur vote si un référendum était organisé quant à l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne. Cette étude coordonnée par l’Université autonome de Madrid et l’Université de Grenade en Espagne et Bogazici University à Istanbul, révèle que le recours à un référendum engendre un sentiment d’hésitation et de doute dans les décisions des Européens. Prés de 52% y seraient défavorables à l’issue d’un référendum contre 41% favorables (7% sans opinion à ce sujet), alors que les écarts se rapprochent sans ce recours. « Ils hésitent à changer les choses si on les force à se déterminer dans un référendum » exprimait H.Yilmaz. En France (64,4%), en Allemagne (62%) et au Royaume Uni (46,3%), le non l’emporte sans aucune hésitation, alors qu’en Pologne (54,1%) et en Espagne (53,2%) le oui domine.

Interrogés sur les raisons d’un tel refus, 38,9% choisissent celle selon laquelle la Turquie est « un pays musulman incompatible avec les racines chrétiennes », alors que 14,6% préfèrent le fait qu’« elle ne soit pas située sur le continent européen ».

L’Union Européenne avait ouvert le débat sur l’adhésion de la Turquie en 2005 mais, face à l’importante opposition de plusieurs pays comme la France et l’Allemagne, le processus stagne.

Aux « critères les plus importants pour de nouvelles admissions dans l’Union Européenne », les sondés répondent majoritairement celui du « respect par les candidats des principes démocratiques et des droits de l’Homme » (60,6%) et le fait de « pouvoir contribuer au développement économique de l’Europe » (59,1%).

Sur le site de l’Observatoire de la Vie Politique Turque (OVIPOT), Louis-Marie Bureau expose un bilan contrasté sur la politique européenne quand à cette adhésion. Selon lui, les délais récurrents et les nombreuses contradictions de l’UE à organiser et débattre de ces ambitions ont dégradé l’opinion de la population turque vis à vis de cette adhésion et des pays européens. Soulignant un « impact négatif d’une politique d’adhésion à reculons menée depuis des années », de récents sondages semblent confirmer ce déclin dans le pays.

Selon un premier du German Marshall Fund, si près de 48% des sondés Turcs sont favorables à l’adhésion de la Turquie dans l’Europe, 65% restent convaincus qu’elle n’aboutira pas. Le quotidien Zamar en a publié un autre le 2 janvier qui souligne que 37% des Turcs interrogés pensent que leur pays n’a pas d’alliés, alors que seulement 2,75% d’entre eux observent l’UE ainsi.

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