Appel procès Bissonnet : 7ème journée d’audience

"J’ai la mémoire qui flanche"...

..."J’me souviens plus très bien"

samedi 19/11/2011 - mis à jour le 19/11/2011 à 17h03

Mercredi 16 novembre, le jugement en appel de l’affaire Bissonnet se poursuit aux assises de Carcassonne. Cette nouvelle journée de procès axée sur le jour du crime va, une fois de plus, tenter d’éclairer le jury sur le degré d’implication, dans le meurtre de Bernadette Bissonnet, de ces trois improbables protagonistes que sont le vicomte Amaury d’Harcourt, le jardinier Méziane Belkacem et le notable montpelliérain Jean-Michel Bissonnet. L’enjeu est de taille, surtout pour ce dernier, puisque, condamné à 30 ans de prison en première instance, il nie toute implication au crime et plaide toujours l’acquittement.

« J’me souviens plus très bien ».

Un air bien connu de Jeanne Moreau pourrait résumer la séance du jour. En effet, chacun des accusés semble, en partie, avoir adopté une technique de défense assez particulière, consistant à ne plus se souvenir de certains évènements. Il est vrai que les faits commencent à remonter relativement loin puisque le meurtre a été commis le 11 mars 2008. Mais malgré tout, la frontière avec la mauvaise foi peut parfois s’avérer mince.

L’aristocrate Amaury d’Harcourt est probablement le plus emblématique en la matière. Agé de 83 ans, sa technique de défense, non sans rappeler celle de Jacques Chirac dans un tout autre procès, a déjà fait ses preuves puisqu’il a été le moins condamné des trois, avec 8 ans aux assises de Montpellier, malgré son implication avouée. Il a eu très peu de temps de parole au cours de l’audience à laquelle nous avons assisté mais lorsque le président Daniel Duchemin le questionne, dans la matinée, sur la scène de préparation du garage il ne se souvient plus.

L’employé de maison Méziane Belkacem, lui aussi peu sollicité, a quelques trous de mémoire lorsque le président lui demande –puisqu’il s’est blessé en tirant– le temps qu’il a mis à éponger son propre sang pour tenter de ne pas laisser de traces sur le lieu du crime. D’abord, de manière réflexe il dira : « non je ne me souviens pas exactement » avant de bafouiller : « une minute, deux minutes... ». Ce qui permettra au président d’ironiser : « vous êtes probablement plus habitué à faire le ménage que moi... mais [un temps aussi court] ce n’est pas possible ». Interrogé un peu plus tard par un des avocats de Jean-Michel Bissonnet, Me Darrigade, au sujet de la télécommande électrique du portail de la propriété du couple Bissonnet : "vous l’avez posée sur le meuble après le meurtre ?", il répond : "oui, après ou avant, je ne sais plus". Quelques minutes après, sa mémoire lui fait à nouveau défaut concernant l’aspect de cette même télécommande dont il n’a aucun souvenir.

J.-M. Bissonnet est le moins enclin aux pertes de mémoires des trois accusés. Il a paru plutôt assuré mais a eu très peu la possibilité de s’exprimer. Ses principales lacunes concernent les différentes dépositions qu’il a faites aux gendarmes, les contestant parfois mais devant se les faire relire souvent.

Finalement c’est le principal témoin du jour qui a eu de très loin le plus de temps de parole. Il s’agit du directeur d’enquête de la gendarmerie au moment des faits, Bernard Geniès, soumis à un lourd interrogatoire de plusieurs heures, notamment de la part des défenseurs de J.-M. Bissonnet qui cherchent clairement à remettre en cause l’enquête des gendarmes. Dans ses réponses, il est régulièrement victime d’amnésies. Ainsi, en début d’après-midi, lorsque l’avocate des enfants BIssonnet, Me Chalié l’interpelle : "le départ de M.Solignac a-t-il été précipité ? Je parle de son préavis et de son déménagement, l’ex-gendarme commence simplement sa réponse par : "non, je ne me souviens pas". Plus tard, lorsqu’on lui évoque le fait que ce soit le notable lui-même qui, au terme de la perquisition des gendarmes, leur indique une arme de poing qui leur a échappée dans sa cuisine, un nouveau trou noir apparait dans la tête de l’ex-directeur d’enquête...

On pourrait naturellement s’offusquer de ces probables mensonges par omission mais, fort heureusement, comme a cru bon de le rappeler le président Duchemin en fin de matinée : « ici, on recherche plutôt la vérité judiciaire ». Chacun est donc libre de donner ou d’occulter sa version des faits, qui ne sera de toute façon pas forcément la vérité. Puisque, c’est bien connu, elle est ailleurs...

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