Je ne peux pas... j’ai aquaponie !

samedi 18/11/2017 - mis à jour le 20/11/2017 à 16h15

L’aquaponie, ça vous parle ? C’est le terme qui a déclenché le fou rire de la députée LREM Coralie Dubost, présidente de l’atelier Développement durable chargé de « verdir » les pratiques de l’Assemblée Nationale. Lors de l’audition du 10 novembre, elle relayait la proposition d’un citoyen d’installer sur les toits du Palais Bourbon cette technique de culture particulière.

L’aquaponie : kezako ?

Peu connue du grand public, cette aquaculture qui allie élevage de poissons et culture de plantes pourrait pourtant révolutionner l’agriculture de demain. « Nos études ont montré que ce système permet de consommer jusqu’à 90% d’eau de moins que l’agriculture classique », indique Jean-François Baroiller, docteur en biologie des poissons et membre du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) de Montpellier.

Du Canada à l’Australie, en passant par les États-Unis et la Chine, l’aquaponie se développe peu à peu dans les pays industriels. Elle est toutefois encore méconnue en Europe, notamment en France, où elle accuse un certain retard par rapport à ses voisins.

Mais au fait, l’aquaponie, kezako ? C’est le fait de cultiver en circuit fermé des végétaux en symbiose avec des poissons. Les poissons produisent des déjections riches en nutriments naturels pour les plantes. Ces nutriments, contenus dans l’eau des poissons, sont directement transmis aux végétaux via des pompes et contribuent à leur croissance. Les plantes filtrent ensuite naturellement l’eau, qui est reversée dans l’aquarium. Magique, non ?

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L’aquaponie permet de cultiver fruits et légumes pour un rendement quatre à cinq fois supérieur à l’agriculture classique.

Crédit : ©aquaponie.biz

« On date les premiers systèmes d’aquaculture du néolithique en Asie, où les carpes et anguilles étaient utilisées pour la culture du riz », raconte Jean-François Baroiller. Dans l’aquaponie, l’association entre les poissons et les végétaux se fait en fonction de leurs caractéristiques communes. « Par exemple, si on prend une plante qui a besoin de fortes températures, on va utiliser des espèces de poissons d’eau chaude plutôt que d’eau froide », ajoute le spécialiste du Cirad. « Il y a donc des contraintes physico-chimiques comme le pH de l’eau ou l’éclairage des plantes, qui doivent convenir à la fois au poisson et au végétal ».

Jusqu’à 90% d’économie d’eau

Dans un rapport du Parlement Européen publié en 2014, des scientifiques dressent la liste des nombreuses vertus de l’aquaponie. La principale étant l’économie considérable d’eau : jusqu’à 90% par rapport à l’agriculture classique. Les rendements seraient eux-aussi supérieurs de 25% à la culture basique en terre. Autre avantage non négligeable : les produits issus de l’aquaponie ne contiennent pas de pesticides, ni d’intrants… À cela s’ajoute une autre qualité : « on peut faire de l’aquaponie partout », assure le docteur en biologie. Car le système peut aussi bien être installé sur le toit d’un appartement en ville, que dans une serre à la campagne.
En bref, le concept a tout l’air d’être révolutionnaire. Mais alors pourquoi les autorités publiques ne prennent-elles pas en main cette technologie ? « L’Europe et la France sont en retard sur cette question car elles n’ont pas saisi assez vite l’importance de ce type de production », répond Jean-François Baroiller. Même si la région de Labège (Haute-Garonne) abrite un grand espace aquaponique de 2000 m2, la micro-ferme pour particulier reste plus courante dans l’Hexagone.
Depuis 2013, le programme Apiva (aquaponie, innovation végétale, aquaculture) financé par le ministère de l’agriculture et dont le Cirad fait partie, étudie le concept. Cependant, aucune initiative concrète n’a été portée par l’État.
Se pose alors la question des impacts de cette culture sur l’environnement. « Pour être rentable le système d’aquaponie doit être développé à grande échelle », explique Jean-François Baroiller. Mais un tel outil mis en place à une échelle industrielle nécessite des installations non seulement onéreuses, mais aussi gourmandes en électricité, pour alimenter le système de pompage par exemple. Le biologiste du Cirad se demande également si « les gens seraient prêts à payer plus cher pour des aliments de qualité ». Un pas a déjà été fait pour le bio… reste à savoir si l’aquaponie leur mettra l’eau à la bouche.

Pour plus de renseignements : http://www.aquaponiefrance.com/

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