Cantonales 2011 dans l’Hérault

Jean Huet : jeune, communiste et fier de l’être

vendredi 18/03/2011 - mis à jour le 16/10/2013 à 12h28

Lunettes Ray-Ban, jean’s slim, cheveux en bataille, barbe de trois jours… Un style faussement négligé bien loin du costard-cravate de rigueur en politique. Pas de quoi déstabiliser Jean Huet, 23 ans et candidat Front de Gauche aux Cantonales 2011. Portrait d’un représentant de la jeunesse montpelliéraine engagée.

« Quand je suis entré à la fac en licence d’histoire-géo, j’ai voulu partager et m’impliquer dans la vie de la cité. Ne plus être spectateur mais acteur. » Mû par une envie de construire sa conscience politique, Jean Huet s’oriente vers le milieu associatif. En 2005, il devient militant en faveur du développement durable au travers des Artisans du Monde.

« Je suis arrivé dans cet organisme un peu par hasard, mais j’y ai découvert un projet associatif et politique riche », se souvient le jeune homme. Promu au conseil d’administration en 2007 et intégré au secrétariat national deux ans plus tard, il se spécialise dans les questions d’éducation. « Les Artisans du Monde, c’est quand même 6 500 bénévoles en France. Mon poste m’a permis de prendre des responsabilités. »

« J’ai un engagement total, à la manière des années 60 »

Mais l’engagement associatif ne suffit pas à ce militant. Il lui a fallu attendre la Fête de l’Humanité en 2009 pour trouver sa voie. Envoyé à Paris par les Artisans du Monde pour représenter l’association, Jean Huet découvre le Parti Communiste Français (PCF). « J’étais déjà altermondialiste, écolo et communiste dans l’âme. Discuter avec Marie-Georges Buffet et d’autres membres du Parti a fait que j’ai pris ma carte en octobre. »

Il devient le premier de la fratrie Huet à être encarté. Le cadet de trois frères et deux sœurs ne devient pas pour autant la bête noire de la famille. « On bouffait de la politique à tous les repas ! Mon père est de droite donc les débats allaient bon train, raconte-t-il en souriant. D’ailleurs je crois que mon engagement à gauche vient en partie d’une opposition vis-à-vis de lui. »

Slogan de la profession de foi de Jean Huet {JPEG}Si son père n’a pas été un modèle politique de gauche, Jean Huet a trouvé l’inspiration outre-Atlantique. « Quand j’ai vu ce que Salvador Allende a fait au Chili entre 1970 et 1973, je me suis dit : “C’est ça la politique !” J’admire sa capacité de mener une révolution démocratique, de prendre un peuple en main. » Il est conscient du déclin du PCF, comme de tous les autres partis, et espère anéantir cette défiance du public vis-à-vis de la vie politique. « À droite comme à gauche, nous sommes censés avoir une valeur en commun : la démocratie. »

Tout de même, construire un avenir politique avec le PCF, n’est-ce pas se tirer une balle dans le pied ? Jean Huet est très clair sur ce point : « Les communistes sont les seuls à porter une vraie vision politique globale, ambitieuse et affichée. En plus, le Parti est l’un des rares à assumer son passé, bon comme mauvais. » Cet inconditionnel de Gainsbourg et Brassens cherche à mobiliser les citoyens autour d’une politique “noble”, à commencer par les jeunes.

« Je suis de ceux qui ont un engagement total, à la manière des années 60. Mais en général, ma génération s’implique plus ponctuellement. Les partis et les syndicats doivent l’accepter. » Cependant, la prise de conscience des (vieux) hommes politiques est laborieuse... « Que ce soit pour le CPE ou les retraites, l’engagement des jeunes est bafoué. Leur défiance est donc légitime. »

À l’assaut du canton Castelnau-Le Crès en cinq semaines

Alors en master 1 de science politique, Jean Huet a bien choisi son année pour faire ses débuts en politique : 2009 a lancé la bataille des Régionales. Il entre dans le vif du sujet en s’intéressant à la liste « À gauche maintenant ! » rassemblant les forces du Front de Gauche et du Nouveau Parti Anticapitaliste avec René Revol (Parti de Gauche), François Liberti (PCF) et David Hermet (NPA). « J’ai pu participer aux débats sur le programme, c’était génial. » Mais un constat l’a vite fait déchanter : « Dès qu’il n’y a plus d’élection, on ne fout rien ! »

En juin, on lui propose d’intégrer le comité départemental du PCF. Une occasion qui ne se refuse pas. À l’approche d’une nouvelle échéance électorale, les forces vives du Parti notent l’absence d’une dynamique Front de Gauche dans certaines zones héraultaises. « Je ne pensais pas être candidat. Un camarade m’a recommandé pour Castelnau-Le Crès, canton d’environ 24 000 habitants : je l’ai vu comme un défi à relever. » Cet habitant de Montpellier-centre ne s’est pas senti dépaysé par un canton qui reste urbain et proche de son quotidien. « Et puis il faut arrêter avec les candidatures de vieux ! Proposons de la diversité par la jeunesse. »

Jean Huet et sa suppléante, Nadine Sbaïti {JPEG}Le challenge a été de taille. Cinq semaines pour tout préparer : chercher des données chiffrées sur l’Insee pour connaître le canton, regrouper les contacts des membres du Parti sur le terrain et les rencontrer, rédiger en une semaine la profession de foi… Un marathon qui place la politique en haut de la liste de ses priorités. « Je n’arrive même pas à me souvenir de mes hobbies, déplore le cinéphile. Dès que j’aurai le temps, la première chose que je ferai, c’est aller voir True Grit  ! » Ce n’est pas uniquement la réalité du canton qu’il compte mettre en avant, mais aussi celle du département. « Je souhaite reposer la question de la jeunesse dans la vie politique. Montpellier est une ville jeune et pourtant, nous y sommes peu représentés politiquement. »

Au sein du Parti, les 23 printemps de Jean Huet ne sont pas un handicap. « Je sais qu’on me posera encore longtemps la question, mais je n’ai pas l’impression d’être un outil, la caution jeune du PCF. J’ai ma place et ma liberté de proposition. » À tel point que cette campagne électorale ne sera pas sa dernière. « Mais quand je vois la mobilisation que ça demande, je me dis qu’il ne faut pas que je m’use trop. » Il doit terminer son cursus universitaire, par un master 2 économie sociale et solidaire voire un concours type attaché territorial : « J’ai envie de construire ma vie professionnelle, il n’y a pas que militer dans la vie ! »

Pas question de sacrifier pour autant sa carrière politique. Que ce soit lui ou un autre, il a bien l’intention de participer aux prochaines campagnes. Un projet électoral en tête ? « Les Municipales de 2014… et pourquoi pas la présidence de la République ! »

Au premier tour, Jean Huet a obtenu 4,26% des suffrages (avec 58,5% d’abstention sur le canton). Résultats des autres candidats du canton :

  • Aliénor Bertrand, Europe Écologie – Les Verts (13,27%)
  • Pierre Bonnal, Parti socialiste (28,87%)
  • Lucien Farnet, Front National (20,57%)
  • Frédéric Lafforgue, UMP (27,3%)
  • Claude Privat, CAP21 (5,73%)

Sur le web : Blog de Jean Huet

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