José Bové : « L’exploitation du gaz de schiste n’a plus aucun avenir »

jeudi 10/02/2011

Il y a de l’eau dans le gaz pour José Bové. L’eurodéputé exprime les raisons de son opposition à l’exploitation de ce gaz non-conventionnel, qui fait déjà des dégâts aux États-Unis et au Canada.

Alors que les trois permis d’exploration accordés par le gouvernement en mars 2010 à Montélimar (26), Nant (12) et Villeneuve de Berg (07), ont été suspendu, la mobilisation s’organise. Et José Bové compte bien amener sa pierre à l’édifice.

Haut Courant : Quel est le principal motif de votre opposition au gaz de schiste ?

José Bové : Tout d’abord, les permis de prospection du gaz de schiste, sur les départements du Gard, de l’Hérault et de l’Aveyron ont été faits dans le plus grand secret. Ils ont été signés avec de grandes compagnies de gaz et de pétrole sans que personne ne soit informée ou ne connaisse la réalité de ces techniques et sans qu’aucun impact environnemental n’ait été étudié. Tout cela a été fait dans l’intérêt des entreprises.

Mais ce n’est pas la seule raison de votre mobilisation.

Non. Après l’étude de ces techniques d’extraction, notamment par la facturation hydraulique, on se rend compte que ces procédés sont très polluants. Ils nécessitent des millions de mètres cubes d’eau et des cocktails de produits chimiques, envoyés à très grande puissance sous terre, pour fracturer la roche. Cela a des conséquences à la fois sur les nappes phréatiques, qui sont polluées, et en surface avec des centaines de camions nécessaires pour exporter ces eaux polluées. Il existe enfin des risques liés au stockage de ces produits.

Vous évoquez sur votre blog « l’omerta du gouvernement » sur ce sujet. Qu’en est-il exactement ?

Les permis ont été accordés au mois de mars 2010 par Jean-Louis Borloo sans que personne ne le sache. Aucune réunion d’information, aucun débat au Parlement, au Sénat ou au Conseil économique et social n’a eu lieu. Les élus locaux n’ont pas été prévenus. Les départements, les conseils régionaux, les Parcs nationaux des Causses, des Cévennes et de l’Ardèche, censés protéger l’environnement, n’ont pas été contactés. C’est donc quelque chose qui s’est fait dans le plus grand secret. L’objectif était d’imposer ces technologies sans que les gens aient leur mot à dire.

Que pensez-vous des récentes déclarations de Nathalie Kosciusko-Morizet à propos de la mission d’étude préalable à l’exploitation du gaz de schiste ?

C’est une réponse à la mobilisation grandissante. Le gouvernement ne l’a pas vu venir sur le terrain. Il essaie de faire marche arrière en promettant une mission d’enquête. Je suis plutôt sceptique car elle est confiée à tous les grands corps d’État, comme celui des Mines ou les Ponts et Chaussées qui sont les grands commis de l’État, les grandes structures industrielles de ces quarante dernières années. Je me méfie car on ne peut pas débattre sérieusement si l’on a une “épée de Damoclès des permis” au-dessus de la tête. Il faut arrêter les permis, puis éventuellement débattre après.

Que pensez-vous du film GasLand ?

GasLand est tout à fait édifiant : il relate de manière très claire la réalité de la situation outre-Atlantique. Même aux États-Unis et au Canada où les mobilisations grandissent, cela a permis aux gens de visualiser cette catastrophe écologique. Celle de l’exploitation du gaz de schiste.

Un rapprochement avec les acteurs de la mobilisation outre-Atlantique est-il envisageable ?

Le rapprochement a déjà commencé. Nous sommes en lien avec les mobilisés ainsi que le réalisateur du film. Nous sommes aussi en train d’organiser avec des Québécois et des Canadiens des jumelages entre les villages concernés sur la vallée du Saint Laurent au Canada et les villages français. Une coordination entre tous les réseaux qui résistent au Canada se met en place. C’est un combat que nous devons mener sur les deux rives de l’Atlantique.

La population va-t-elle continuer à se mobiliser en France ?

À Millau, une coordination contre le gaz de Schiste s’est créée. Des centaines de personnes étaient présentes dans cette ville, le 4 février, pour officialiser ce collectif du Sud Aveyron et du Larzac. Une réunion va également avoir lieu à Valence dans quelques semaines pour élargir le combat sur le terrain et au niveau juridique.

L’exploitation du gaz de schiste a-t-elle un réel avenir en France alors que les réserves disponibles ne sont pas connues ?

Cette exploitation n’a plus aucun avenir. Et si demain l’État et les firmes voulaient passer en force, la résistance sur le terrain serait immédiate. Je suis sûr qu’à l’heure actuelle, aucun camion ou foreuse ne peut s’installer sur le territoire. Aujourd’hui c’est un refus que nous exprimons et le gouvernement doit abandonner ce funeste projet.

Pour plus d’informations sur le sujet : le gaz de schiste en débat.

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