Karachi : Jacques Nain et le secret défense

mercredi 15/12/2010

En conférence à Sauramps Odysseum ce mardi 14 décembre pour présenter son dernier livre Secret défense, ce commandant de police honoraire est revenu sur sa très longue carrière au sein des services qu’il a côtoyé. Son expérience de dix ans dans les renseignements lui a permis de livrer une lecture de l’actualité, et notamment de l’affaire Karachi.

Après avoir signé des ouvrages sur Jacques Mesrine et sur la brigade Antigang, Jacques Nain s’attaque à un nouveau volet sur la police française. Officier pendant vingt ans à la direction centrale de la police judiciaire, il a fini sa carrière en travaillant aux Renseignements Généraux. Son dernier livre, Secret Défense, la protection de la raison d’État ? est paru en novembre dernier et dresse le portrait d’un monde impénétrable, celui des renseignements.

Lorsque Charles Pasqua a été condamné à un an de prison ferme dans l’affaire de “l’Angolagate”, ce dernier a demandé au président de la République, Nicolas Sarkozy, de lever le secret défense. Selon l’ancien ministre de l’Intérieur, les accusations portées contre lui n’auraient été qu’un moyen de contrer ses ambitions électorales. Cet événement a été l’occasion pour l’auteur de revenir sur ses années de service dans les renseignements et de livrer un avis sur le respect du secret défense.

Le secret défense au service de la raison d’État

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Jacques Nain était à Montpellier (photo Lucie Delorme)

Jacques Nain décortique avec soin cette notion en s’appuyant sur l’histoire de la seconde moitié du XXe siècle, en retraçant les grandes affaires de la Guerre Froide et du terrorisme. Avec une seule idée en tête : le secret défense protège la raison d’État. Ce principe qui remonte à Richelieu justifie les actions d’un État perpétrées au dépend de la morale, des lois et du droit, tant que ces actions ont pour unique dessein de servir la nation. Le risque étant bien sûr que derrière le secret défense se cachent des acteurs qui en auraient abusé pour servir leurs propres intérêts.

C’est justement ce dont il est question dans l’actualité de ce moment. François Fillon a dernièrement refusé au juge Van Ruymbeke une perquisition au siège de la DGSE dans le cadre de l’affaire Karachi, invoquant le respect du secret défense. À ce sujet, Jacques Nain est formel : le premier ministre à eu raison de rejeter cette demande. « Quand un juge veut un document, il doit argumenter, il ne doit pas le faire à la légère. (...) Le juge ne savait pas ce qu’il cherchait ». La levée de telles scellées doit se faire selon lui dans des conditions très précises, et il considère le refus de François Fillon d’y accéder comme « la médiatisation d’un problème qui n’en est pas un ».

« Oui, les écoutes téléphoniques ont été une erreur fondamentale »

Lorsqu’il a été interrogé sur les écoutes des journalistes qui se chargent de l’affaire Karachi, l’ancien policier reste frileux, déclarant : « la loi dit que les journalistes n’ont pas à être surveillés, donc, oui, les écoutes téléphoniques ont été une erreur fondamentale », préférant ne pas parler de délit. À l’issue de cette conférence, certaines questions sont cependant restées en suspens : quelles sont les limites du secret défense ? Quelles sont celles des services de renseignements ? Existent-elles seulement ? Visiblement, elles ont été dépassées lorsque des journalistes qui se chargeaient de couvrir une affaire particulièrement sensible ont été mis sur écoute. À ces interrogations, Jacques Nain a été incapable de donner une réponse claire.

Secret défense. La protection de la raison d’État ? de Jacques Nain, ed. L’esprit du Livre, 2010 (18€)

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    Bonjour et merci pour l’article.

    Où avez-vous lu que les journalistes en charge de l’affaire Karachi avaient été mis sur écoute ?

    • repondre message

      Merci pour cette réponse. Me voici plus éclairé.

      • Karachi : Jacques Nain et le secret défense 7 janvier 2011 19:56, par Hugo Jolion-David et Lucie Delorme

        repondre message

        Bonjour,
        L’évocation des écoutes téléphoniques des journalistes se chargeant de l’affaire Karashi a été faite par Jacques Nain lui même lors de cette conférence. Aveu, confession ou erreur, nous n’avons fait que rapporter ses dires. Veuillez nous excuser de ce délais de réponse un peu long.

        • repondre message

          Votre article m’a fait tilter. Du coup, je suis allé faire un tour sur le web pour vérifier ce qu’il s’écrivait à ce sujet et les termes qui étaient employés.

          C’est surprenant ! J’ai constaté que de trè nombreux journaux titraient : "écoutes de journalistes". Mais systématiquement, ce qui est ensuite décrit dans les articles est autre chose. Ce qui est fort, c’est qu’entre écouter quelqu’un pour retranscrire sa vie téléphonique sur le papier au jour le jour, et regarder ses "fadettes" dans le détail pour repérer qui sont ses contacts, il y a un pas dans la dénonciation que ni le Canard enchaîné ni Mediapart n’ont franchi à ma connaissance.

          Tantôt, Incyian et Bonnet parlent "d’espionnage téléphonique", tantôt S.Alliès parle de "surveillance téléphonique". Quant à Plenel, qui parle volontiers d’écoutes téléphoniques concernant d’autres affaires (vous avez dû vous en rendre compte), il parle sur ce coup "d’espionnage des journalistes".

          Je pense que les autres journaux ont tord de faire le raccourci. Du moins tant qu’aucun journaliste ne se risque à écrire que des journalistes travaillant sur l’affaire Karachi ont été écoutés.

          Question de mot juste.

          Bien à vous.

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