L’Aïd el-Kébir : la grande fête ne démérite pas

lundi 30/11/2009 - mis à jour le 30/11/2009 à 19h45

A Sète, la famille de Bagdad El-Kébir a célébré un temps fort de cette fin d’année : la fête de l’Aïd.

Vendredi 27 Novembre 2009, les Musulmans ont fêté l’Aïd-el Kébir. Célébré le dixième jour de dhû l-hijja (le douzième mois du calendrier lunaire), l’Aïd marque la fin des dix journées du Hajj (pèlerinage) et symbolise l’obéissance d’Ibrahim à Dieu : prêt à sacrifier son fils Ismaël, le père est finalement autorisé à égorger un mouton à sa place.

Depuis cet épisode, les familles musulmanes perpétuent la tradition.
C’est notamment le cas de la famille El-Kébir, résidant à Sète (Hérault).
Ses huit membres, originaires du Maroc, portent ce patronyme très répandu au Maghreb. "Autant que Dupont ou Martin en France" précise Ikram, 22 ans, l’aînée des cinq filles.

La tradition veut que le jour de l’aïd soit férié. Ainsi, les enfants ne vont pas à l’école et les parents ne travaillent pas.
Pour autant, on ne peut pas vraiment parler de journée chômée. Dès 8 heures, les fidèles doivent effectuer leur prière à la mosquée. Ce n’est qu’après s’être acquitté de cette tâche, aux alentours de 9 heures, que le mouton peut être sacrifié, sur le flanc gauche, tête face à la Mecque.
Kamel, le garçon de la fraterie, précise qu’il y a "plus de monde que d’habitude" à la mosquée, et avoue qu’à 15 ans, il préfère dormir : "les gens sont joyeux dès le matin, tout le monde s’habille bien, c’est un jour de fête. Mes parents se rendent à la mosquée chaque année. Mais, je ne sais pas si je vais les suivre cette fois, c’est tôt quand même."

L’Aïd, c’est surtout l’une des fêtes la plus importante de la religion islamique (avec l’Aïd el-Fitr, qui clôt le Ramadan). Ikram, l’aînée, explique à ce sujet que " c’est l’équivalent de ce qu’est Noël dans la religion chrétienne. La différence, c’est qu’en France, l’Eglise et l’Etat ont été séparés, votre fête de Noël a évolué, alors que notre fête de l’Aïd garde ses fondamentaux quasiment inchangés."

Justement, la tradition a été quelque peu battue en brèche depuis qu’il est interdit d’abattre soi-même les fameux ovins. [1] Fluctuant entre 150 et 270 euros, le prix du mouton est parfois devenu un obstacle à ce que recommande la pratique sunnite. Les Kébir en ont bien conscience : "Ceux qui n’ont pas les moyens d’en acheter un sont mécontents. Au niveau du respect de la religion, ça les embête, c’est normal. Mais ils peuvent remplacer cette sunna par une autre, comme l’aumône. Ils font un don à la hauteur de leurs moyens."

L’Aïd sans ovin, c’est un peu comme un Noël sans sapin. Ainsi, la famille El-Kébir a pris soin de réserver son mouton quinze jours avant la date du sacrifice : "il nous a coûté 160 euros. On le prépare le jour de la fête, en même temps que le couscous et les gâteaux. Avant, nous aussi on sacrifiait le mouton nous même, mais on a arrêté. On va à l’abattoir désormais."

En fait, l’Aïd n’échappe pas aux lois du business : avec plus de quatre millions de musulmans en France, elle représente une manne financière conséquente pour les grandes surfaces et les abattoirs.
Si cette fête demeure bel et bien sacrée, la crise économique est passée par là. Cette année, Ikram et ses frères et soeurs ne recevront pas d’argent de leurs parents, comme ils en avaient l’habitude les années précédentes, mais cela leur importe peu :"pour nous, ce qui compte, c’est la famille. On porte des vêtements neufs, on se fait beau. C’est un moment où on peut vraiment se retrouver tous ensemble. L’Aïd, c’est une fête qui ne perd pas de sa valeur, qu’importe le contexte."

Notes

[1(Depuis 2002, un arrêt du Conseil d’Etat encadre les mises à mort. Les abattages clandestins sont passibles de 7.500 euros d’amende et jusqu’à 6 mois de prison).

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