Obama

L’année fut courte, surtout pour lui

mercredi 04/11/2009 - mis à jour le 04/11/2009 à 07h14

Du haut de ses 48 ans, le 44è président des Etats-Unis fête aujourd’hui 4 novembre 2009 le premier anniversaire de son élection triomphale. L’occasion de revenir sur les rouages d’une alternance hors norme.

La scène se déroule il y a tout juste un an, quelque part aux États-Unis. Un vieil Américain soutenu par sa canne marche lentement dans la rue, la casquette vissée sur la tête. Il est noir, comme 14% des habitants de son pays. Il va voter, comme plus de 60% des Américains ce jour du 4 novembre 2008.

Son choix paraît clair : comme 95% des votants afro-américains, il s’apprête à désigner Barack H. Obama pour succéder à Georges W. Bush. Sur son chemin, le vieil homme laisse d’ailleurs tomber le masque avec émotion. Devant les caméras de quelques-uns des milliers de journalistes venus ce jour-là du monde entier pour éterniser l’instant, il déclare : « nous sommes le Peuple, nous y arriverons ! » Puis il lève la main, s’arrête un instant, avant de reprendre : « nous y sommes arrivés… » Une fille hors-cadre lui répond : « Vous l’avez fait ! ». Il reprend par deux fois : « nous y sommes arrivés ». Puis il s’en va en pleurant, incapable de le répéter une troisième fois. Voilà un an que Barack Obama a été élu président des États-Unis ! L’année fut courte.

Surtout pour lui d’ailleurs. On a beaucoup polémiqué sur le bilan de Barack Obama cette année, en bien ou en mal. Mérite-t-il son prix Nobel de la Paix, remporté le 9 octobre dernier ? Ca se discute… Mais l’essentiel aujourd’hui n’est pas là. Aujourd’hui, c’est l’anniversaire d’une époque incertaine longue de deux mois où un homme, Barack H. Obama, a dû se glisser dans les pas d’un autre, Georges W. Bush, et négocier un virage tranquille. Comme il le pouvait.

Obama se remet à fumer

Déjà le lendemain matin de son élection, alors que tout le monde autour de lui fête encore la victoire, le nouveau président-élu se retrouve face à des cadres de la CIA venus discrètement à Chicago pour le “briefer”. Obama sait depuis longtemps combien le dispositif de sécurité qui entoure le président des États-Unis en temps de guerre est pesant. En sa propre qualité de candidat “à haut risque”, il a bénéficié dès le début de sa campagne, comme Bush président, d’une armada impressionnante pour se déplacer : les hommes du Secret service sont à ses pas, il dispose de nombreuses voitures officielles identiques pour ne pas qu’on sache dans laquelle il se trouve, il a un nom de code, comme sa femme et ses deux filles.

Mais dans les jours qui suivent le 4 novembre, il découvre en plus ce que sera désormais son quotidien de bureau dès le matin : débriefing de guerre, sécurité intérieure, diplomatie. Sans compter la crise économique, nouvelle donne depuis le 15 septembre 2008 et la chute de la banque d’affaires Leman Brothers... Le premier président métis américain avouera avoir repris la cigarette à cette période.

Deux guerres et une crise économique comme héritage

Pour comprendre ce à quoi fait face un chef de gouvernement en temps de crise, le meilleur plaidoyer revient, comme toujours, à Nicolas Sarkozy. Plusieurs fois, avec brio, il a rappelé qu’on l’avait réveillé en pleine nuit (le matin du 30 septembre 2008) pour prendre une haute et inédite décision : soutenir financièrement la banque franco-belge Dexia ou la laisser faire faillite. Mais rien à voir avec les États-Unis, où Obama a moins parlé de cette période de fin 2008, mais ne l’a pas moins vécue. Or tout est plus grand là-bas, comme le sait Sarkozy. A titre d’exemple, Georges W. Bush lui-même a expliqué, quelques jours après l’élection, que les réunions matinales de sécurité intérieure aux États-Unis sont un fardeau quotidien pour le locataire de la Maison Blanche. Un moyen pour lui de faire passer un message à son successeur : bon courage, et bienvenue au cœur du monde “post-11 septembre”.

Car Obama ne se réveille pas président-élu de n’importe quel pays, ce 5 novembre 2008. Il a de nombreuses de choses auxquelles penser, et la journée sera longue. Beaucoup de questions se bousculent : comment s’exprimer en tant que président ? Quel calendrier fixer ? Comment gouverner ? Avec quel gouvernement ? Comment mettre en œuvre un plan de relance économique d’urgence ? A qui emprunter ? Quels messages envoyer au plus vite à la Russie ? A la Chine ? A l’Iran ? Aux pays membres de la coalition en Irak ? Comment gérer l’engouement international autour de son élection ? Obama a ses convictions. Par exemple, sa vision du monde est bien plus portée sur l’océan Pacifique que sur l’océan Atlantique. Il l’explique joliment dans son livre, Les Rêves de mon père. Mais il y a aussi le contexte, qui fait que le président-élu sait, ce jour-là, que ses préférences personnelles ne doivent pas influer sur “l’intérêt national”.

Faire vite et bien son gouvernement

Lors de sa première conférence de presse télévisée, le 7 novembre, le futur patron du monde a déjà les traits tirés. Deux décisions vont d’ailleurs très vite suivre, qui montrent l’ampleur de la tâche à laquelle il fait face. D’abord, Obama décide que c’est Bush qui reste seul à la tête du pays jusqu’au 20 janvier, jour de l’investiture. « Il n’y a qu’un gouvernement et qu’un président à la fois ». Ouf ! Obama peut souffler pendant deux mois et réfléchir à une stratégie d’attaque. Deuxième décision faite rapidement : Robert Gates, ministre de la Défense de G.W.Bush, reste à la tête du Pentagone dans l’administration Obama. Double ouf ! Le président sait que la sécurité est entre des mains habituées. Reste à voir les autres postes à nommer.

Comment traiter le cas Clinton ? Il est clair que depuis la fin des primaires, il y a un deal. L’ex-première dame du pays aura un rôle-clé. Elle sera finalement la voix de l’administration Obama dans le monde, au département d’État. Les autres ministres ? Il faut satisfaire son camps, les aspirations égalitaires noires, mais aussi hispano-américaines, voire sino-Américaines. Tout en restant crédible aux yeux des pontes de Washington, et en rassurant le monde de la finance… Le choix des ministres américains va d’ailleurs faire l’objet d’une première : tous les candidats aux postes devront remplir un formulaire de renseignements ultra-détaillé. Pas de blague, le gouvernement doit être crédible en temps de crise.

Le résultat s’en ressent. Une équipe de rassemblement. Mais les fiches de renseignement n’auront pas suffi à éviter les couacs. Trois nouveaux ministres seront vite inquiétés par des polémiques dans la période de prise de fonction autour du 20 janvier 2009. Ce qui n’empêchera pas le nouveau président de mettre le plus vite possible son projet à exécution. Dès le lendemain de son investiture, le 21 janvier, il prend une première mesure symbolique : la fermeture de la prison de Guantanamo.

Fuite en avant

Il faut restaurer l’image du pays dans le monde, et l’île cubaine est devenue le symbole de toutes les bavures de l’ère Bush. Restera à voir plus tard comment appliquer cette décision sans créer des situations improbables, comme des dissidents musulmans chinois qui se retrouvent en Albanie faute de mieux par exemple. De ce côté-là, ce sera raté. Mais nous sommes début 2009 et l’heure n’est pas encore aux détails. C’est la fuite en avant, pour calmer les ardeurs alors que le monde entier commence à évoquer le début de la fin de l’empire américain. Bientôt, il faudra parler au monde arabo-musulman tout en renforçant la présence en Afghanistan. Il faudra organiser le sauvetage de l’économie tout en donnant un sens au nouveau G20. Parler avec les Russes de la fin de l’ère nucléaire tout en évoquant avec eux la stratégie anti-missiles Américaine en Europe de l’Est. Boire une bière avec un policier accusé de racisme tout en rassurant les minorités.

Et attendre le bon moment pour lancer le grand chantier de la couverture universelle de santé alors que le calendrier du mandat n’a pas de trou. Impossible de faire autrement que de gouverner de façon “pragmatique”. C’est une doctrine pour Obama depuis son passage à l’Université de Chicago. Mais dans ce mic-mac de transition, le président trouvera quand même le temps de nommer… son chien présidentiel, “Bo”. En grande pompe, histoire de ne pas perdre de son aura avant la fin des “100 premiers jours”. Ca aussi, c’est important en politique aujourd’hui. Obama est un rêveur et c’est pour ça qu’il plaît, mais il a quand même bien les pieds sur terre. Pas le choix, « job » oblige...

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