Dossier l’après-Frêche

Une aubaine pour l’extrême droite ?

vendredi 04/03/2011 - mis à jour le 04/03/2011 à 23h37

Il y a un aspect crucial concernant les conséquences politiques du décès du président de la Région Languedoc-Roussillon : le profit que pourrait en tirer le Front National. Car la captation d’une partie de cet électorat par Georges Frêche n’était plus un secret. Pour Jacques Molénat, « aucune voix ne lui était indifférente, de l’extrême gauche à l’extrême droite. »

Philippe Secondy, politologue à l’Université Montpellier III et spécialiste de l’extrême droite en Languedoc-Roussillon, estime que « de manière stratégique, depuis très longtemps, Georges Frêche a cherché à capter les voix des rapatriés. On est dans une région où le vote Tixier-Vignancour dans les années 60 a été assez important. [1] » Si l’électorat “Pieds-noirs” n’est pas entièrement rallié au FN, l’auteur de La persistance du Midi Blanc rappelle que l’épisode de « la déchirure fait qu’il y a toujours eu une grande défiance face au pouvoir gaulliste. L’extrême droite a su capter ce mécontentement. »

Ainsi, de nombreux observateurs estiment que le Front National reprendra ce réservoir de voix. Dont Jacques Molénat qui pense que « Frêche disparu, le FN va récupérer cette frange lepéno-frêchiste. » Et Philippe Secondy d’ajouter, tout en insistant sur l’aspect prospectif de la question, que « le FN va bénéficier de la situation nationale et internationale et de l’échec du modèle prôné par Sarkozy - qui avait réussi à siphonner l’électorat d’extrême droite en reprenant le slogan traditionnel “la France aux Français” dans les premiers temps de la campagne. »
Une vision corroborée par le sondage TNS Sofres réalisé pour Le Monde et publié le 12 janvier 2011, qui révèle que 22% des Français adhèrent aux idées de l’extrême droite. Ainsi, une possible dynamique régionale du FN en Languedoc-Roussillon, suite au décès de Georges Frêche, pourrait être soutenue par une dynamique forte au niveau national. Si l’on ajoute à cela l’absence d’un véritable leader à droite au niveau local, le tableau se noircit encore un peu plus.

Une évolution démographique favorable

Élément supplémentaire, l’évolution du profil sociologique de la région pourrait affaiblir la gauche et favoriser la droite, voire la droite extrême, comme l’explique Philippe Secondy : « Sur le plan sociologique, il y a beaucoup de changements qui se produisent avec l’explosion démographique. Le Midi Rouge tel qu’on le connaissait il y a encore plusieurs années va également s’éroder. Le profil social des gens qui s’installent dans la région correspond à des retraités, à des gens aisés, qui n’ont pas nécessairement toujours voté pour les socialistes. »

Enfin, si pour le politologue, « il y a toujours eu une cordiale entente » entre Frêche et le FN au Conseil Régional, ce n’est apparemment plus le cas avec l’avènement de Christian Bourquin à la présidence. Ainsi, France Jamet, présidente du groupe Front National au Conseil régional du Languedoc-Roussillon, déclare : « Je pense qu’il souhaite une rupture avec Frêche qui va mener au “no man’s land”. Les conseils régionaux sont devenus avec lui vraiment minables et barbants. [2] »

Notes

[1Jean-Louis Tixier-Vignancour fut le candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle de 1965. Son directeur de campagne était alors un certain Jean-Marie Le Pen.

[2Voir sur HautCourant, l’interview de France Jamet par Farid Omeir.

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