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L’entrée en primaire

lundi 14/11/2016 - mis à jour le 01/12/2016 à 15h31

Les élections primaires ont traversé l’Atlantique pour s’installer en France. Pour la présidentielle de 2017, trois grands partis - Europe Écologie Les Verts, Les Républicains et le Parti socialiste - ont décidé d’investir leur champion grâce à ce mode de désignation. Effet de mode ou vrai renouveau démocratique ?

Les primaires sont partout : des débats retransmis à la télévision de manière plus ou moins confidentielle aux interrogations sur la pertinence même de cet exercice. Car cette fois, trois formations politiques et non des moindres (EELV, LR et le PS) ont choisi de se plier à ce vote controversé pour choisir leur candidat à l’Élysée. Bel et bien entré de plain-pied dans l’agenda politique, ce type de scrutin suscite pourtant des interrogations et des polémiques. Il est pour certains un vrai renouveau démocratique et pour d’autres un déni de démocratie.

Selon l’Institut Montaigne, un think-tank qui a lancé une réflexion sur les primaires, pilotée par le politologue Olivier Duhamel, « elles sont une avancée démocratique » majeure. À condition de répondre à quatre critères : honnêteté, pluralité, équité et délibération. Pour les chercheurs de l’Institut Montaigne, les primaires sont « un grand forum » et un lieu de débats, où les candidats peuvent proposer leur programme en « s’éloignant du socle commun des partis ». Autre avantage selon eux, elles permettent aux citoyens de s’exprimer davantage en désignant en amont leur champion à la présidentielle. Un candidat, qui, au final, porterait donc mieux leurs idées et leurs valeurs.

À l’inverse de ce « renouveau démocratique » supposé, Claude Patriat, professeur de science politique à l’université de Dijon, pourfend cet outil. À l’entendre, il permet en substance à la classe politique de jouer le statu quo. Il va jusqu’à évoquer un déni de démocratie. La raison ? Ce système provient des États-Unis (un régime présidentiel, où le président est aussi chef de gouvernement) et serait inadapté aux institutions françaises. Il estime par ailleurs qu’en raison du poids politique actuel du Front National, les autres partis sont en réalité simplement réduits à choisir celui ou celle qui lui résistera mieux au second tour.

Les primaires, une réponse à la vie politique actuelle

L’histoire des primaires en France est encore très récente. En 1995, le Parti socialiste est le premier à se lancer dans l’aventure. Alors en crise de leadership, les dirigeants du parti font un choix innovant : confier à leurs adhérents la désignation de leur candidat à la présidentielle. Ils renouvellent l’expérience en 2007 avec la désignation de Ségolène Royal. En 2011, c’est au tour d’EELV d’adhérer à ce mode de désignation. À la même époque, le PS décide d’ouvrir sa primaire à une plus large base d’électeurs : tous les citoyens inscrits sur les listes électorales se reconnaissant dans les valeurs de la gauche et de la République peuvent y participer. Bienvenue dans l’ère des primaires ouvertes… Même si la droite républicaine n’y succombe pas encore.

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Le vote des écologistes s’est déroulé par correspondance

Crédit : CC BY-SA 4.0, Wikipédia Commons

Outre la désignation du candidat, la primaire est aussi une réponse au phénomène toujours plus fort de la défiance politique. Selon le CEVIPOF (Centre d’études et de recherches de la vie politique française), 88% des français ne font pas confiance aux partis politiques. En tentant de les mobiliser à l’avance, les formations souhaitent redonner un pouvoir de décision aux citoyens. Il s’agit aussi pour elles de faire émerger un champion capable de mieux résister à l’éparpillement des voix au premier tour de la présidentielle. En raison de la montée du Front National, annoncé systématiquement au second tour par les sondages, gauche et droite espèrent garantir leur présence face à la formation lepéniste.

Le parti avant la primaire

Pour autant les vieux réflexes ont la vie dure. En janvier 2016 un appel est lancé dans Libération pour l’organisation d’une primaire des gauches et des écologistes appelée « Notre Primaire ». À travers un « manifeste » et une pétition, les initiateurs du projet (dont Daniel Cohn-Bendit, ancien eurodéputé écologiste, Yannick Jadot, vainqueur de la primaire de l’écologie et Thomas Piketty, économiste) veulent ouvrir le débat aux citoyens mais surtout éviter la dispersion de la gauche qui a conduit à l’élimination de Lionel Jospin du second tour de la présidentielle, le 21 avril 2002. Mais en dépit d’une forte mobilisation et adhésion « du peuple de gauche », atteignant plus de 100 000 signataires, « Notre Primaire » ne sera pas. Dans un entretien au Monde, Daniel Cohn-Bendit prédit dès avril 2016 l’échec de cette démarche. D’abord parce que Jean-Luc Mélenchon a décidé de ne pas y participer. Ensuite, en raison du cas Hollande. Le président de la République sortant a discrètement demandé au Parti socialiste de torpiller cette initiative afin de lui ménager le scénario le plus favorable pour une éventuelle candidature. Le 26 mai, les initiateurs de « Notre Primaire » actent dans un communiqué la fin du projet. Quelques comités locaux survivent au coup d’arrêt même s’ils restent minoritaires.

Les logiques internes des partis et la défense de leurs intérêts ont rendu l’exercice impossible. Le Parti socialiste et les écologistes, chacun de leur côté, décident d’organiser leur propre primaire. Mais pour la première fois de leur histoire, les principaux partis d’obédience centriste, libérale et gaulliste avalisent ce mode de désignation. Une vraie révolution culturelle pour eux. Et peut-être aussi le moyen de surmonter des divisions et une crise de légitimité nées de l’échec de Nicolas Sarkozy en 2012.

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Les sept candidats de la primaire de la droite et du centre se sont affrontés sur leur programme dans un grand oral télévisé

Crédit : Morgane Bouëry

L’éventail des primaires

Même si chacune des primaires visent le même objectif – désigner son candidat – elles obéissent à des règles spécifiques. Haut Courant vous offre le mode d’emploi et le jeu des différences entre les scrutins du Parti socialiste, d’Europe Écologie Les Verts, et de Les Républicains.

La Belle Alliance populaire

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Crédit : Infographie : Morgane Bouëry

Pour élargir leur base électorale, les socialistes ont créé une sorte de conglomérat intitulée « La Belle Alliance populaire ». Elle propose aux socialistes, aux radicaux de gauche et plus largement à tous ceux qui se reconnaissent dans les valeurs de la gauche, de participer au vote. Mais en réalité, c’est l’éventuelle candidature de Français Hollande qui maintient cette primaire dans le brouillard. « Il passera par la primaire s’il le souhaite  » a expliqué Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS sur France Info. A ce jour, cinq candidats, dont Arnaud Montebourg, se sont déclarés. Tous sont suspendus à la décision du chef de l’État qui interviendra en décembre. Les socialistes auront à cette date l’avantage de connaître leur adversaire désigné par les électeurs de droite.

La primaire de l’écologie

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Crédit : Infographie : Morgane Bouëry

Le vainqueur de la primaire de l’écologie a été désigné. Yannick Jadot sera le candidat écologiste à la présidentielle de 2017. Le député européen remporte le suffrage avec 54.25% des voix, contre 40.75% pour Michèle Rivasi, sa concurrente.
Présente au siège d’EELV lors des résultats, Cécile Duflot ne s’est pas exprimée. Donnée favorite, l’ancienne ministre de l’écologie n’est arrivée qu’en troisième position lors du premier scrutin, créant la surprise.
Pragmatique, Yannick Jadot ne croit pourtant pas à l’investiture d’un écologiste à l’Élysée en 2017. Il l’avait déclaré sur BFMTV lors du deuxième débat des écologistes. L’enjeu principal pour Europe Écologie Les Verts est alors de peser sur les législatives qui suivront les présidentielles. L’objectif est d’obtenir des représentants au Parlement.

La primaire de la droite et du centre

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Crédit : Infographie : Morgane Bouëry

Entre temps, le parti a changé de nom et Nicolas Sarkozy a fait son retour à sa présidence. Il en a démissionné pour se lancer dans la bataille « primaire », mais peine à dépasser (dans les sondages) son principal challenger Alain Juppé. Pour le parti de droite, ce scrutin est fondamental puisque le vainqueur a de fortes chances d’être le prochain Président de la République.
Les sept candidats s’affrontent sur leur programme lors de trois « grands oraux » télévisés, réglés au millimètre par leurs conseillers. Des moments cruciaux pour les candidats de la droite. Le premier débat, diffusé sur TF1 le 13 octobre, est suivi d’un deuxième le 3 novembre sur BFMTV et I-Télé, et d’un dernier sur France Télévisions le 17 novembre.

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