« L’homme qui rit » : Victor Hugo magnifié 

mardi 01/01/2013

Dans l’hiver 1690 une tempête de neige fait rage : Gwynplaine jeune garçonnet d’une dizaine d’années est abandonné à son sort. Luttant contre le froid et la mort, il se met en quête d’un abri pour le reste de la nuit. Sur son chemin, il porte rescousse à un bébé dont la mère vient de mourir de froid. Les deux orphelins sont recueillis par Ursus, vagabond philosophe, qui erre de ville en ville dans une vielle roulotte. Il ne peut rester indifférent face à la balafre qui orne le visage du jeune garçon et la cataracte qui touche Déa dès son plus jeune âge. 
Quelques années plus tard, le trio ainsi formé, sillonne les routes et donne en spectacle « l’homme qui rit » qui conte l’histoire d’amour entre Gwynplaine et Déa. A chacune de leur représentation c’est un franc succès qui les attend, de partout on veut voir la cicatrice de l’homme qui rit. Ce dernier fait rire, effraie et émeut les foules. Plus encore, il les transporte. 
Gwynplaine succombe peu à peu aux sirènes de la gloire et lorsque la troupe se rend dans la banlieue de Londres, leur petit monde bascule tout à coup. 

« C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches » [1]

Victor Hugo est à l’honneur en ce moment. Alors qu’on attend la sortie de l’adaptation américaine des « Misérables », prévue pour février prochain, en France c’est le réalisateur Jean-Pierre Améris qui reprend à merveille le roman philosophique d’Hugo.
La mise en scène spectaculaire souligne tour à tour l’œuvre de l’écrivain ainsi que le talent du casting savamment choisi. Le tout orchestré dans des décors fastes et réalistes qui nous plongent au cœur du Londres du 18ème siècle. 
Véritable plaidoyer politique, le film s’insurge contre l’oisiveté excessive d’une noblesse opulente face à la misère morbide du petit peuple. Des thèmes récurrents qui ont traversé la Révolution jusqu’à nos jours : la mutilation de Gwynplaine n’est autre que celle de la nature humaine, l’intolérance face à la différence de l’autre et le mépris dans le regard d’autrui. Gwynplaine obligé de cacher son vrai visage derrière un foulard dénonce abruptement : « le peuple, c’est moi » . 
La distribution des rôles vient parfaire l’ensemble : Gérard Depardieu grandiose dans la peau du nomade au grand cœur, pseudo-philosophe qui prend sous son aile deux enfants abandonnés. Christa Theret pleine de grâce et figure de l’innocence, éprise d’un Marc-André Grondin dont la mine balafré n’entame en rien la prestation brillante et les émotions vibrantes qu’il s’amuse à jouer. 

Meilleur que ce que l’on attendait, L’homme qui rit ramène le spectateur directement au cœur de l’univers propre à l’écrivain français. Une mise en scène sublimée pour un Victor Hugo engagé, du « Made in France » comme on en fait plus. 

Notes

[1Citation du film et de Victor Hugo

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