L’hôpital public de Montpellier : une machine grippée ?

jeudi 16/12/2010 - mis à jour le 16/12/2010 à 14h15

L’intersyndicale du Centre Hospitalier Régional Universitaire (CHRU) montpelliérain a lancé le 14 décembre un appel à la grève. En cause : un manque de moyens qui empêche l’accueil dans de bonnes conditions des usagers. Reportage au cœur de Lapeyronie, un des hôpitaux du complexe, où le personnel soignant tente de maintenir son rôle de service public.

« Alors qu’est-ce qui vous arrive ? » Voici comment Henri Batifort, responsable adjoint des admissions de Lapeyronie, accueille les usagers comme ses employés. Du lundi au vendredi, quarante personnes s’occupent de constituer les dossiers des patients. « Hormis les urgences, tout passe par notre service, des consultations à la chirurgie, précise-t-il. Notre travail est de prendre en charge les gens administrativement, de leur entrée à leur paiement. »

Sont à fournir une carte d’identité, une carte Vitale, une preuve de l’affiliation à un organisme d’assurance maladie et de possession d’une mutuelle. « Bien souvent, on a des erreurs dans la paperasse, des oublis… donc on gère cela aussi. Mais on est là pour ça ! » Sa collègue, les yeux plissés devant son écran, esquisse un sourire. « Quand je serai en retraite, j’intégrerai l’équipe des Clowns à l’Hôpital, pour amuser les enfants malades. » Être au service du public n’est pas un travail comme les autres. C’est une vocation.

Un dernier recours

Au sous-sol, dans un bureau encombré de cartons et d’ustensiles médicaux, Hervé Barrau jongle entre son téléphone et son bipper. « Ils ne s’arrêtent jamais ! » plaisante ce cadre de santé chargé de la “réa”. Dans ce service, peu de choses prêtent à sourire. Le risque de mort y est constant. « C’est un service anxiogène, les patients et leurs proches ont besoin d’un accueil bienveillant, confie Hervé Barrau. Dieu ne s’est pas présenté ici depuis longtemps. Accompagner des personnes mourantes fait partie du métier. » Dans cet univers confiné, pas de place pour montrer ses faiblesses. Le cadre est là pour que « les infirmières ne pètent pas un câble ».

D.R. {JPEG}Le privé et l’orthopédie n’auront pas réussi à éloigner bien longtemps Hervé Barrau de ses premières amours. En tant que dernier bastion du service public, l’hôpital est pour lui « un dernier recours. Oui on a nos a priori mais on prend en charge tout le monde, malgré le coût ou les contraintes, on soigne de la même manière le désocialisé sans identité et le chef de PME. » Ne voulant pas « abandonner les patients à leur triste sort », il ne participe pas aux grèves. « Et puis, on mobilise beaucoup moins que les instits, donc on fait souvent le dos rond. »

D’autres en revanche n’en peuvent plus. « Je fais un boulot génial dans des conditions merdiques. Voilà avec quoi je dois finir le mois pour tout le service ! » s’exclame le cadre de santé Francis Laroche en montrant une vingtaine de feuilles blanches. Travailler dans la branche nutrition et dérèglements hormonaux implique une éducation thérapeutique du patient. « On fait pas de la médecine vétérinaire ! Il faut gérer les périodes de révoltes, savoir si le traitement est économiquement et humainement acceptable. »

Pour dépasser le dialogue de sourds et donner une information claire, loyale et accessible, le personnel soignant doit connaître le vécu, les habitudes sociaux-culturelles ainsi que les préoccupations des patients. « Mais ça, ce sont de belles paroles ! Je n’ai pas assez d’infirmières pour prendre le temps d’approfondir l’interrogatoire. » Francis Laroche est conscient que des économies sont à faire dans le service public. Le problème n’est pas là pour lui : « On ne nous dit pas "Faites ce que vous pouvez avec ce que vous avez" mais "On vous donne moins de moyens, à vous de faire plus de qualité". C’est ce genre d’injonction paradoxale qui donne les suicides à France Télécom. »

« Faire preuve de Gros Bon Sens ! »

Cette remarque prend tout son sens aux urgences Lapeyronie-Chauliac. « Au lieu de recevoir les 30 000 patients prévus dans le plan prévisionnel de fonctionnement, on en a accueilli 94 000 en 2010 et l’année n’est pas terminée déclare Danny Bert, infirmière de bloc devenue cadre supérieure de santé. Sans parler des pics en été où les touristes nous obligent à devenir polyglotte ! » En cause, une démission des généralistes en ville et une conception du "tout est gratuit à l’hôpital". « C’est impossible de trouver un pédiatre après 18h ! Donc bébé avec ses 40° de fièvre vient chez nous alors qu’il y a, par exemple près d’Aiguelongue, une maison médicale ouverte plus tard et prévue pour ça. »

D.R. {JPEG}La surpopulation des urgences empêche le personnel soignant de se charger des patients selon l’heure d’arrivée. La gravité du cas prime et certains peuvent se sentir délaissés. « Le problème c’est que les gens ne respectent plus rien. Ils arrivent en disant "Moi j’ai droit à" et si certains sont raisonnables, d’autres s’énervent, raconte Danny Bert. Avec les alcooliques, les psychotiques en crise ou la violence des cités qui se retrouvent ici, on a au moins une agression par semaine. »

Pour gérer tout type de situation, Marie-Laure Vabre, cadre de santé aux urgences, a un secret : « le GBS, autrement dit le Gros-Bons-Sens ! Notre position nous permet de prendre du recul et toujours avoir un plan B en se servant des ressources disponibles. » Le projet est ambitieux. Il faut être toujours à 110 % afin d’honorer la promesse du service public : accueillir une population de proximité et lui apporter des soins techniques et sophistiqués. « J’y crois encore, affirme Francis Laroche. Mais au quotidien, c’est dur de faire tourner la boutique. »

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