L’initiative qui fait trembler les banques

dimanche 05/12/2010 - mis à jour le 09/12/2010 à 13h05

Début octobre, Éric Cantona a réagi dans une interview vidéo aux manifestations des syndicats. L’ancienne gloire de Manchester United les juge inefficaces et propose à la place une révolution pacifique : retirer son argent des banques le 7 décembre.

Ce qui semblait au départ une simple provocation d’Éric Cantona prend une ampleur inattendue. Depuis les propos de la star, sa vidéo fait un véritable buzz, un groupe sur Facebook est créé ainsi qu’un site internet appelant à suivre l’initiative. Ce qui commence à inquiéter au plus haut point.

Une révolution sans armes ni sang

« Le système est bâti sur le pouvoir des banques, donc il peut être détruit par les banques. C’est-à-dire au lieu qu’il y ait 3 millions de gens qui aillent dans la rue avec leurs machins, ces 3 millions de gens ils vont à la banque, ils retirent leur argent et les banques s’écroulent. Et là y a une vraie révolution. Pas d’armes, pas de sang, à la Spaggiari ».

Telle est la proposition d’Éric Cantona au détour d’une interview accordée à Presse Océan. Les réseaux sociaux se mettent en marche et l’appel est relayé sur Youtube, Twitter et Facebook. Sur ce dernier, un groupe est même crée : Révolution ! Le 7 décembre on va tous retirer notre argent des banques, sur lequel on peut lire que 29551 personnes participeront, que 23 774 personnes y participeront peut-être et que 373 804 sont en attente de réponse. Les instigateurs de ce groupe, Géraldine Feuillien, scénariste belge, Yann Sarfati, comédien et réalisateur français, et Arnaud Varnier, jeune étudiant français, ont même lancé un site internet, bankrun2010.com, traduit en sept langues afin de donner à l’initiative une dimension internationale. Le site aurait été visité à ce jour plus de 320 000 fois.

Au vu de la dimension prise par son appel, Cantona en rajoute et affirme au quotidien Libération qu’il se rendra bien lui même à la banque le 7 décembre prochain.

Une initiative qui inquiète au plus haut point

Certains banquiers ont commencé à exprimer leur inquiétude. C’est le cas notamment de la fédération belge du secteur financier, dont un des responsables a indiqué que « cette action peut fragiliser notre système financier. Certaines institutions bancaires en Belgique ont dû être sauvées par le gouvernement en raison des conséquences de la crise du crédit. Un tel sauvetage ne doit pas être réitéré car il est très coûteux ». D’autres craignent que, si l’initiative est suivie massivement le jour J, elle entraîne un effet boule de neige et que les files d’attente aux guichets des banques ne cessent de s’allonger.

En France aussi, les banques ont réagi par l’intermédiaire de leurs dirigeants. Ainsi, pour le directeur général de BNP Paribas, « cette recommandation est totalement insécuritaire ». Il rappelle que les banques ne sont pas à l’origine de la crise. Même la ministre française de l’Économie Christine Lagarde a tenu à protester. Elle estime que ce domaine échappe à Eric Cantona et qu’il est apparemment bien meilleur en foot qu’en économie. Quant à François Baroin, ministre du budget, il juge l’appel peu sérieux et préfère ironiser.

D’autres saluent l’initiative. Ainsi, Olivier Besancenot, leader du NPA, se dit séduit par l’idée. Mais, selon lui, peu de gens seront en mesure d’y répondre : « Beaucoup de ceux qui rêveraient de le faire n’ont plus forcément de l’argent sur leur compte en banque . » Pour Cécile Duflot, cette intiative montre qu’il y a une véritable inquiétude et une exaspération auprès de la population.

Une crainte justifiée ?

Y a t-il un véritable risque de voir le système s’écrouler le 7 décembre prochain ? Selon Juan Torres Lopez, professeur d’économie espagnol et membre d’Attac, si l’initiative est massivement suivie, les banques ne pourraient tout simplement pas restituer l’argent en liquide à tous leurs clients. « La banque en Occident travaille avec un système appelé “réserves fractionnées”. Ce qui signifie que de tout l’argent versé par un client, elle ne conserve qu’une partie. Le reste est utilisé pour donner des crédits. C’est pourquoi, l’argent de ceux qui le déposent “n’est pas” à la banque sinon seulement sous formes d’écritures, si bien qu’il ne pourrait pas être retiré dans sa totalité. »

Mais c’est bien ce qui risque de poser problème. En effet, selon Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives économiques, « les flux entrants des gens qui déposent de l’argent s’équilibrent à peu près avec ceux des gens qui veulent effectuer des retraits. Mais si un nombre significatif de personnes veulent effectuer des retraits en même temps, la banque n’est très rapidement plus en état de répondre à leurs demandes. Du coup, le phénomène s’auto-accélère car les autres craignent alors que la banque ne tombe en faillite et tentent de récupérer leur mise tant qu’il est temps… Ce phénomène a été à l’origine de la plupart des graves crises bancaires qui ont affecté tous les pays industrialisés aux 19ème et 20ème siècles. »

Toutefois, comme Juan Torres Lopez, il reste assez sceptique sur le véritable succès d’une telle entreprise car « même s’il rencontrait un certain succès, l’appel Bankrun2010 n’aurait sans doute pas toute l’efficacité que lui souhaitent ses initiateurs ». D’une part, parce qu’il faudrait vraiment qu’un grand nombre suive l’initiative, d’autre part parce qu’il estime que les premières victimes d’une dérégulation de l’économie ne seraient pas les banquiers mais les clients eux-mêmes, bien qu’il reconnaisse qu’il y a « de bonnes raisons d’en vouloir aux banques ». Les initiateurs se disent toutefois conscients des conséquences qu’entraineraient le succès de leur action sur ce système financier « mondialisé, dérégulé et incontrôlable ».

Alors quelle sera l’ampleur réelle de l’initiative lancée par Eric Cantona et quel sera son impact sur l’économie ? Réponse le 7 décembre prochain.

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