L’unité en trompe l’œil de la majorité

jeudi 22/10/2009

En plein « affaire » de l’Epad, à mi-mandat, la popularité de Nicolas Sarkozy s’érode. Le président de la République est sous le feu des critiques. Pourtant au sein de la majorité, on feint d’afficher une unité sans faille.

Sale temps pour le gouvernement et la majorité ! Alors que Nicolas Sarkozy arrive à mi-mandat et que l’état de grâce semble s’en être allé, une pléthore de polémiques vient attiser l’atmosphère politique déjà échaudée en cette rentrée, avec pour principale conséquence d’aggraver un peu plus cette « crise des deux ans et demi » que traverse le président de la République.

Qu’il s’agisse de l’affaire Frédéric Mitterrand, ou, plus encore, celle concernant la possible nomination de son fils cadet, Jean Sarkozy, à la tête de l’Epad, chaque polémique qui surgit crée le malaise autour du président qui n’a d’autres choix que de s’expliquer et se justifier. Sur l’affaire Mitterrand d’abord puisque celui-ci est entré au ministère de la culture par la seule volonté de Nicolas Sarkozy et son insatiable appétit pour les « prises de guerre ». Sur l’affaire de l’Epad ensuite, au regard des forts soupçons de népotisme qui entourent la candidature de son fils cadet.

Pourtant, étrangement, nulle voix ne s’élève, au sein de la majorité, pour émettre des doutes sur cette politique, volonté d’un seul homme. Telle une armée de fidèles, avec en première ligne les deux lieutenants, Xavier Bertrand et Frédéric Lefebvre, chacun semble s’employer à écarter les polémiques et à avaliser la politique du président de la République. Silence dans les rangs ! Pourtant, comme l’affirme le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Jean-François Copé, le débat existe au sein du parti présidentiel : « Il est normal et sain que la majorité s’exprime librement. C’est Nicolas Sarkozy lui-même, par son dynamisme et sa franchise, qui nous y incite » confie-t-il au Monde daté du 18 octobre. Il est permis d’en douter. Depuis son arrivée à l’Elysée, le président de la République n’a eu de cesse de faire taire les plus zélés de ses ministres qui auraient osé émettre un regard critique sur son action.

Déjà, en 2007, lors de la venue de Mouammar Kadhafi en France, Rama Yade, alors secrétaire d’Etat aux droits de l’homme avait dû changer de ton après avoir déclaré que le dirigeant Libyen devait comprendre que la France n’était pas « un paillasson sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s’essuyer les pieds ». Pourtant dans son rôle, Rama Yade s’était vue contrainte de faire machine arrière en déclarant qu’elle ne trouvait plus « indécente » la visite de Mouammar Kadhafi. Désormais rétrogradée aux sports, après avoir refusé d’être candidate aux élections européennes, elle est encore aujourd’hui la seule, au sein de la majorité, à émettre publiquement des critiques sur la possible nomination de Jean Sarkozy. Las ! Une nouvelle fois, la seule voix discordante du gouvernement doit se rétracter et démentir ses propos criant à « l’instrumentalisation »...

Sur le fond, l’exemple de Rama Yade pose la question de la liberté de parole au sein du gouvernement et de la nature de l’unité affichée par l’ensemble des parlementaires UMP. Si ces derniers peuvent ironiser à bon compte sur un Parti socialiste qui continue de donner l’image d’un parti en miettes, incapable de se rassembler autour de sa première secrétaire, il n’est pas sûr que l’unité de façade qu’ils affichent fasse davantage honneur à la démocratie du pays. C’est là un des mérites du Parti Socialiste, celui d’oser le débat et d’afficher publiquement (sans doute trop souvent) les désaccords et les querelles qui existent en son sein, au risque d’apparaître comme un parti en pleine zizanie interne. Ainsi apparaît, jusqu’à la caricature deux modèles bien distincts : un Parti socialiste trop querelleur, se divisant sur à peu près tout, et un parti de la majorité pusillanime, docile, retranché coûte que coûte derrière son « patron ». Il serait bon, pour la vitalité de la démocratie de ce pays, que cessent ces « réflexes de cour » néfastes au débat démocratique.

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4 réactions

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    ca va bientôt leur péter à la gueule, et SARKO même s’il est tout petit, il va en prendre des éclaboussures...

  • L’unité en trompe l’œil de la majorité

    27 octobre 2009 12:11, par Divier

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    Très cher Alexis.. un fort bon article ! Concernant l’affaire Mitterrand, je tiens juste à souligner ma stupéfaction quant aux diatribes aujourd’hui lancées envers le livre écrit par l’actuel Ministre, alors que sa parution n’avait fait jusqu’alors réagir personne et que la critique avait même félicité M. Mitterrand pour la qualité littéraire de cette autobiographie. Bombe à retardement donc, utilisée dans le contexte de l’affaire Polanski, mais qui mérite de s’interroger sur les titres-scandales et les envies, conscientes ou non, de "têtes coupées". Par ailleurs, je ne crois pas que cela va nuire profondément à M. Sarkosy, une fois l’effet d’annonce passé.
    Pour ce fils à papa de Jean Sarkosy, j’étais en effet outrée d’apprendre sa possible nomination. Je tiens juste à préciser que ces arrangements ne se retrouvent pas qu’au plus haut niveau de l’Etat, mais que le piston est une réalité de notre société, utilisée autant par les gens de gauche et de droite, du simple boulot d’été au stage, en passant par une première embauche ou une mutation.
    Tout à fait d’accord avec ta conclusion de fin, dualité quelque peu affligeante de notre vie politique actuelle. Bonne continuation

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    Complètement d’accord avec votre dernière phrase. Mais plus personne n’a d’espoir malheureusement... Que ce soit les ministres, les portes parole, les secrétaires d’Etat, etc...ils sont tous trop accrochés à leurs privilèges ! C’est malheureux de voir que tous ces gens préfèrent renoncer à leur amour propre, plutôt qu’à leur siège...

  • L’unité en trompe l’œil de la majorité

    22 octobre 2009 18:27, par Brisss

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    Excellent article ! Tu m’épates mon petit gars ! Continue comme ça et tu seras président ! Que dis-je, tu seras l’empereur des françaises et des français ! Bref, trêve de plaisanteries, j’aime ton style, je suis déçu de te découvrir ce talent qu’aujourd’hui ! Fécilitation !!!!

    P.S : En revanche, si tu veux des réactions plus constructives de ma part, tu devrais changer de sujet car bien que cela m’intéresses beaucoup ma connaissance sur le sujet est limitée...

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