Reportage

La Fête des Lumières de Lyon victime de son succès

mercredi 09/12/2009 - mis à jour le 14/12/2009 à 13h42

Le soir du 8 décembre 1852, une fête religieuse totalement improvisée a lieu dans les rues de Lyon. Depuis, elle se perpétue chaque année même chez les laïcs, qui placent des lampions lumineux sur leurs fenêtres. La mairie a repris le flambeau en 2005 et organise désormais la célèbre Fête des Lumières. Aperçu contrasté de l’édition 2009, qui a commencé le 5 décembre et s’est achevée hier.

“Circulation perturbée les 5, 6, 7 et 8 décembre.” À la veille de la 5è Fête des Lumières, sur les panneaux autoroutiers autour de Lyon, les autorités annoncent déjà la couleur. Elles attendent encore cette année des millions de touristes au moment des Illuminations. Voilà quatre ans que ça dure et cette année ne s’annonce pas différente. À Lyon, la Fête des Lumières permet aux commerces de tripler ou quadrupler leur chiffre d’affaires mais le flux de touristes pose clairement un problème.

Dès le lendemain, au soir du 5 décembre, mieux vaut ne pas se risquer en voiture : le centre est partiellement bouclé dès 18h30. Entre les cars de touristes du 3ème âge qui déversent leurs occupants sur les bords du Rhône, les familles toujours aussi nombreuses et les amateurs de photographie, Lyon devient invivable. Même à pied, impossible de traverser la place Bellecour, la plus grande de la ville. À deux pas de la cathédrale de Saint-Jean, une queue interminable attend les courageux qui veulent monter sur la colline de Fourvière par le funiculaire. « On a bien fait de ne pas venir avec les enfants », admet un homme d’une quarantaine d’années. Devant l’Hôtel de Ville, les CRS ont mis au point un dispositif de gestion des foules impressionnant. Indispensable depuis un débordement dangereux il y a quatre ans. Mais derrière les barrières de sécurité, la tension est palpable.

A l’émerveillement suscité par les deux premières Fêtes des Lumières ont succédé trois déceptions successives. 2006 restera l’année de référence : les murs et les ponts du Vieux Lyon colorés, un rideau blanc sur la cathédrale Saint-Jean et des projections de papillons lumineux dans de la vapeur d’eau place des Célestins (voir diaporama). Grandeur et surtout inventivité. Deux qualités qui font cruellement défaut cette année : même les spectacles sons-et-lumières des grandes places déçoivent. Un air de déjà-vu.

Pour la Fête des Lumières 2009, mieux valait se tourner vers les dizaines de petites initiatives indépendantes. Au soir du 5 décembre, rue René Leynaud à la Croix-Rousse, un atelier de mode sort la sono, les lumières et les tapis bleus. Des mannequins posent en vitrines, l’air aguicheur. Ambiance quartier rouge à Amsterdam, version soft.
Dans le Vieux Lyon, place du Change, une fanfare de cuivres joue de vieux refrains connus : Zelda, Fort Boyard, I Will Survive. Jusqu’à ce que le rhum monte à la tête des jeunes musiciens et qu’ils se mettent à s’emmêler les pinceaux. Ahurissant spectacle. Etienne, 22 ans raconte : « Cette fête est l’occasion idéale pour rassembler les amis. Deux des nôtres sont descendus de Paris. On fait un bon repas, une pleine marmite de vin chaud, ensuite, on va se balader dans les rues de la ville. » Une préférence ? « Les fanfares qui se produisent sur les petites places. C’est vraiment kiffant ! »
Plus tard sur les pentes de la Croix-Rousse, il suit une “batucada” (fanfare brésilienne) qui entraîne une grosse cinquantaine de personnes dans son sillage. Le quartier entier se réveille. Une vieille dame sort à la fenêtre pour les saluer : elle aura droit à un spectacle de vingt minutes pour elle toute seule.

Partout, toute la soirée, des petits stands proposent du vin chaud. L’odeur de la canelle. « 1, 50 euro ! », clame Audrey, une lycéenne. « On vend du vin chaud pour notre association qui organise des voyages au Burkina Faso afin de venir en aide aux écoliers là-bas. » Même si le breuvage concocté par ces jeunes filles n’est pas bon, elles ont au moins le mérite de faire la démarche. Elsa, une passante de 22 ans, nous explique ce qu’est l’âme du “8 décembre” : « C’est cool ! Un vrai évènement à Lyon. Tout le monde sort malgré le froid. Et heureusement, le vin chaud est là ! »

Reportage photos par Tiphaine Buccino, http://tiphainebuccino.com

Voir aussi l’interview de Najat Belkacem, adjointe au maire de Lyon en charge de l’organisation de la Fête des Lumières.

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Partager sur Facebook Tweeter Enregistrer sur Google Bookmarks Enregistrer sur Yahoo! Envoyer par e-mail

Envoyez un lien vers cet article à la personne de votre choix.
Vous recevrez une copie du message.

1 réaction

Réagissez

  • La Fête des Lumières de Lyon victime de son succès

    21 décembre 2009 20:52, par C.L.

    repondre message

    La fête des lumières reste une des plus belles fêtes de France. Toutes ces lumières c’est magique. Comme tout ce qui devient un succès, cela devient commercial mais ce n’est pas que cela. Ce qui est beau, c’est de voir le soir du 9, tous les lyonnais mettre des bougies sur leurs fenêtres...

Monde //

Rejoignez Haut Courant sur Facebook

Haut Courant sur Twitter