La cigarette électronique, machine à vapeur du 21ème siècle

vendredi 18/10/2013 - mis à jour le 06/11/2013 à 09h44

Effet de mode ou véritable outil de sevrage, l’e-cigarette s’impose sur le marché du tabac et compte un nombre grandissant d’adeptes. Montpellier n’échappe pas à cette nouvelle tendance. Toutefois, quelques réticences subsistent.

Attelés à la terrasse du O’Carolans Irish Pub, rue du Petit Scel, en plein cœur du centre historique de Montpellier, quatre amis savourent la fin de journée. Parmi eux, deux frères « vapoteurs » (utilisateurs de la cigarette électronique), littéralement conquis par ce nouvel engin. « J’ai commencé à vapoter parce que des amis avaient la clope électronique, j’ai essayé en soirée et j’ai apprécié. Avec la cigarette, le problème c’est que quand tu en allumes une tu dois la finir. Avec la cigarette électronique, tu fumes peut-être autant mais à la fréquence que tu veux  » répond Adrian, 25 ans, « fumeur de soirée » comme il aime se qualifier. Son jumeau Quentin renchérit « Ça ne remplace pas une cigarette mais ça a beaucoup d’avantages : tu choisis la dose de nicotine qui te convient comme le parfum ; tu recraches de la vapeur donc tu n’enfumes ni ton appart’, ni tes vêtements, ta bouche ou tes mains, et tu peux fumer tranquillement en boite, dans les bars, et même au resto. J’ai retrouvé le souffle que j’avais perdu avec la cigarette basique  ».

Leur amie Charlotte, elle, reste sceptique : « J’ai déjà testé la cigarette électronique mais je n’en ai jamais acheté ; je pense que je fumerais beaucoup plus si je l’utilisais ». Cette jeune juriste n’est pas à court d’arguments : « En hiver par exemple, si je veux fumer sans empester mon appartement, je dois aller sur mon balcon ; avec une cigarette électronique, je peux fumer tranquillement, bien au chaud depuis mon canapé. C’est beaucoup moins d’effort ».

En vente depuis 2009, la cigarette électronique connaît un véritable essor. La hausse récurrente des prix des cigarettes classiques ces dernières années en est peut-être la cause. Plus de 23 millions d’européens l’auraient essayée en 2012 et plus d’un million et demi de français l’utiliseraient à ce jour. Montpellier n’échappe pas à cet engouement soudain. Il n’est pas rare de croiser ces fumeurs étranges arpenter les rues de la préfecture de l’Hérault.

Le principe paraît simple : « Une cigarette électronique basique est constituée d’une batterie et d’un récipient contenant le liquide. La résistance de la batterie va chauffer et va transformer le liquide en vapeur. On a vraiment la sensation de fumer  », explique Didier*, buraliste émérite de la Place Carnot. Il poursuit : « Les recharges parfum tabac sont celles qui se vendent le mieux, elles rappellent vraiment le goût de la cigarette usuelle  ».
Outre le côté pratique de l’outil, le prix joue énormément. « Une fiole à 6,50 euros, ça me fait l’équivalent de 5 ou 6 paquets donc une énorme économie. Je n’ai plus besoin d’acheter de briquet et je peux la recharger sur mon ordinateur, dans ma voiture ou directement depuis une prise  », rajoute Adrian.

« Moins stylé qu’une clope »

L’e-cigarette reste un sujet à controverse dans le milieu scientifique. Deux sons de cloche divisent les experts : c’est une solution pour les uns, un problème pour les autres. « La cigarette, qu’elle soit électronique ou industrielle, est dangereuse. C’est peut-être moins toxique que la cigarette normale, et encore, tout le monde n’est pas d’accord sur ce point ; mais je pense qu’il y a d’autres moyens plus efficaces comme les patchs. Il faut avoir la volonté en priorité » confie Patrick*, pharmacien non-fumeur et fier de l’être.

Samia* tient une boutique de cigarettes électroniques boulevard Victor Hugo. Pour elle, ce produit est une révolution. La cigarette high-tech en mains, elle ne tarit pas d’éloges à son sujet : « 40% de ma clientèle ne vient plus car beaucoup ont réussi à arrêter aussi bien la cigarette normale que la cigarette électronique. J’avais un client de 80 ans qui fumait deux paquets par jour. Grâce à la cigarette électronique, il a enfin réussi à arrêter de fumer ».
Tous les âges sont concernés, même si la tranche 18-20 ans semble s’en désintéresser. Pour cette vendeuse chevronnée, l’explication est simple : « C’est assez cher au départ, c’est un investissement, du coup ça n’intéresse pas forcément les plus jeunes ». « Et si les jeunes de 25 ans sont de grands adeptes, ce n’est pas parce qu’ils pensent à leur santé mais plutôt à leur porte-monnaie », confesse-t-elle entre deux bouffées.

JPEG

Certains assurent ne pas tenir compte de l’effet mode : « Moi perso, je trouve ça très moche. C’est vraiment pas pour le style que je vapote. C’est beaucoup plus "stylé" de tirer dans une clope  » affirme Adrian. L’avis des non-fumeurs est tout autre : « Avec un œil extérieur, je vois ça comme un jouet, un bonbon. Ça en devient même un accessoire de style » s’indigne Anaïs. La « pimpisation », ou l’art de personnaliser sa cigarette électronique, nouvelle tendance du moment, semble lui donner raison. Paillettes, diamants ou têtes de mort sont à l’honneur. « Vapoter » devient sexy et ces nouveaux fumeurs n’hésitent pas à partager les photos de leurs œuvres sur le net.

Cet outil, considéré comme un joujou par certains, reste nocif. Sa vente aux mineurs a d’ailleurs été interdite. Quant à sa publicité, elle devrait connaître le même sort d’ici peu. Cette cigarette des temps modernes aurait pu devenir un médicament mais le Parlement européen en a décidé autrement, Mardi 8 octobre, en permettant de continuer sa vente libre. Samia, qui suit de très près l’actualité à ce sujet, n’a pas manqué de le faire remarquer. La nouvelle est appréciée de Patrick : "En tant que pharmacien, on a déjà beaucoup de choses à gérer ; s’il avait fallu gérer les cigarettes électroniques, on ne s’en sortait plus”.

La cigarette électronique est entrée dans les mœurs, en témoigne la flopée de magasins qui ont ouvert leurs portes depuis deux ans. Il est encore tôt pour mesurer l’impact sanitaire de cette nouvelle vague mais une chose est sûre, l’attrait pour la cigarette n’est pas prêt de s’évaporer !

Vous avez aimé cet article ? Partagez-le !

Partager sur Facebook Tweeter Enregistrer sur Google Bookmarks Enregistrer sur Yahoo! Envoyer par e-mail

Envoyez un lien vers cet article à la personne de votre choix.
Vous recevrez une copie du message.

1 réaction

Réagissez

Rejoignez Haut Courant sur Facebook

Haut Courant sur Twitter