Afrique

La crise libyenne renforce l’instabilité au Niger

mercredi 18/01/2012 - mis à jour le 06/02/2012 à 16h55

Bien que possédant des ressources minières d’une rare richesse, le Niger demeure l’un des pays les plus pauvres de la planète. Déjà à l’origine de rébellions touaregs, cette situation pourrait être aggravée par la crise libyenne.

«  Jamais nos ressources n’ont été autant exploitées, pourtant les gens vivent encore dans la misère ». Amar Boka, touareg originaire de la région d’Agadez, crie à l’injustice. Alors que le Niger est sur le point de devenir le deuxième producteur mondial d’uranium et possède d’importantes réserves pétrolières, l’Etat africain pointe toujours à l’avant-dernière place du classement des pays selon l’IDH (Indice de développement humain). Un paradoxe qui explique, en partie, l’instabilité d’un territoire marqué par des rébellions touaregs.

Depuis 40 ans, la firme nucléaire française Areva exploite deux mines d’uranium au niveau de la ville d’Arlit, au nord-ouest du pays. Une troisième exploitation est sur le point d’ouvrir. Pourtant, « les populations locales n’ont jamais bénéficié de la moindre retombée », explique A. Boka.

Un pays meurtri par les rébellions touaregs

En 2007, le Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ) a été fondé par des rebelles touaregs de la région de l’Aïr, au nord du pays. Ce soulèvement, mené par Aghali Alambo, déjà membre du Front de Libération de l’Aïr et de l’Azawad pendant les rébellions de 1990, réclamait, entre autre, une meilleure répartition des revenus provenant des richesses naturelles et la fin de la surexploitation des ressources.

De son coté, le gouvernement de Niamey accusait implicitement Areva et Mouammar Kadhafi - alors ami de la France - de soutenir le soulèvement afin de conserver le monopole sur l’uranium [1]. Ainsi, des documents bancaires publiés dans La Hache Nouvelle démontreraient que l’entreprise française aurait viré l’équivalent de 80 000 euros sur le compte d’un commandant des forces nigériennes qui allait rejoindre le MNJ quelques semaines plus tard.

Après plusieurs mois d’affrontements entre militaires loyalistes et militants armés, le MNJ a signé un accord de paix avec le gouvernement, sous l’égide du colonel Kadhafi, le 7 octobre 2009. Toutefois, les récents bouleversements géopolitiques liés à la crise libyenne risquent de remettre en cause un équilibre déjà fragile.

Les répercussions de la crise libyenne

Suite aux persécutions des combattants du CNT (Conseil National de Transition), le Niger a dû accueillir plus de 700 000 réfugiés dont 250 000 nationaux, principalement des touaregs accusés d’être des mercenaires à la solde du colonel Kadhafi. « Actuellement, aucun emploi ne peut absorber ces retours. D’autant que le tourisme, activité principale de la région, est pour l’heure étouffée par la menace Aqmi (Al Qaida au Maghreb Islamique) » explique Amar Boka. Une tendance aujourd’hui aggravée par la prolifération d’armes lourdes résultant de la guerre en Libye.

De plus, ce retour massif coïncide avec une année qui s’annonce difficile pour le pays : une crise alimentaire se profile. En 2011, les récoltes ont été mauvaises, conséquence de précipitations insuffisantes. « Nourrir une population qui a considérablement augmenté va être compliqué cette année » anticipe Serge Boutin, président de l’association Nord Niger Santé. En octobre dernier, près d’un million de personnes avaient déjà un besoin urgent de nourriture selon le Programme Alimentaire Mondiale (PAM), et ce n’est qu’un début. « D’ici la période de soudure qui dure d’avril à septembre, le chiffre pourrait s’amplifier » précise S. Boutin.

Par ailleurs, de nombreux projets soutenus par le colonel Kadhafi, comme la construction d’infrastructures routières, ont été tués dans l’œuf suite à sa chute. Ainsi, les touaregs pourraient très vite regretter sa disparition.

Notes

[1Un tiers de l’uranium français vient du Niger

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2 réactions

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  • La crise libyenne renforce les injustices au Niger

    19 janvier 2012 13:08, par Fils du Tenere

    repondre message

    Comment voulez vous que le Niger soit riche alors que ses richesses sont pilles par l’occident.
    Notre uranium ne nous profite presque à rien que la pollution.

    • Æatome. 3 février 2012 23:00, par Pierrooooooo

      repondre message

      Un article intéressant et plutôt bien ficelé, néanmoins l’utilisation de l’IDH est àmon sens réductrice, un revenu par tête lui aurait été complémentaire.
      Il faut aussi ajouter que ce qui est àla base de ces problèmes liés au pillage des ressources au Niger reste incontestablement l’énergie nucléaire elle-même. Elément qui àmon sens, n’est pas assez explicité ici. En effet, la description de la réalité locale, certes intéressante -et sur laquelle il ne faut bien sà»r pas fermer les yeux- n’est que la résultante d’enjeux plus globaux. Le changement d’échelle est primordial pour comprendre la multiplicité des limites liés àl’énergie atomique.

      En France les autorités nous affirment que le nucléaire nous permet d’être "indépendant" d’un point de vue énergétique -et géopolitique-. Or, l’uranium, ressource indispensable au fonctionnement de nos centrales, est continuellement importé. Il provient en effet du Niger -entres autres, 3ème producteur au monde, mais également du Canada et d’Australie. Nous sommes donc totalement dépendants de ces pays quant ànotre production énergétique particulièrement gourmande (58 réacteurs nucléaires répartis sur l’hexagone).

      Pour résumer :
      - Une entreprise néocoloniale qui épuise les ressources naturelles du Niger et qui exposent ses propres salariés (cf. prises d’otages.
      - Des Nigériens qui ne bénéficient aucunement des retombées liées àces extractions.
      - De lourdes menaces écologiques (importance des coà»ts environnementaux liés àl’extraction, dégradation paysagère, impossibilité de recycler à100% des déchetx radioactifs et le comble : on ne sait pas démanteler nos propres centrales).
      - Un manque de sécurité évident (cartographies sismiques négligées, système de protection contre les intrusions bien trop légers.)
      - Il n’y a qu’un pas entre nucléaire civil et militaire.
      - Les crédits de recherche sont engloutis par le nucléaire et trop peu dirigés vers les énergies renouvelables (ENR.
      - La France reste le 17ème pays au monde àinvestir dans les ENR.
      - La demesure financière de tels projets.

      Eolien (sur terre et offshore), hydro-électricité, géothermie, énergies solaires, énergie marémotrice, biomasse... Des alternatives pourtant nombreuses.

L'auteur

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