La face cachée des Pussy Riot

Ce que les médias ne vous disent pas

samedi 20/10/2012 - mis à jour le 08/11/2012 à 15h11

Crée en 2011, condamné l’année suivante. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le groupe de punk-rock féministe russe Pussy Riot a su faire parler de lui. Et pourtant. Bien que centre du maelström politique contestataire de ces derniers mois, qui connaît réellement les Pussy Riot (littéralement « émeute de chattes », en anglais) ?

Le cas de ces jeunes frondeuses russes arrive à point nommé pour mesurer le degré d’orwellisation de la société mondiale. Dans son célèbre roman 1984, l’auteur britannique dépeignait alors une société où le soft-power totalitaire réduisait toute liberté d’expression alors même que l’émotion prenait le pas sur la raison. Dans cette affaire, devenue internationale par la force médiatique, la presse, les médias et les intellectuels ont fait montre d’une grande connivence pour sortir le fleuret de la liberté d’expression, et toucher en plein cœur l’autocratie poutinienne. Facile, trop même, pour qu’on ne s’intéresse pas d’un peu plus près à quelle « liberté d’expression » les Pussy Riot ont été privées.

« Pour le journaliste, tout ce qui est probable est vrai » alertait déjà Honoré de Balzac. Une chose reste sûre de nos jours, l’information et l’émotion sont les deux mamelles du journalisme contemporain. En chœur, battant la cadence de l’émotion poitrinaire, le main-stream médiatique a tôt fait de montrer ces jeunes femmes en victimes. Il faudrait, il est vrai, être cruel pour ne pas larmoyer sur le sort d’une si belle pièce de théâtre, succédanée de l’Assemblée des femmes d’Aristophane. De jeunes chanteuses, mères parfois, dans un groupe de rock, s’attaquant à « l’autoritarisme russe » de Poutine ; c’est assez pour ne pas verser la première larme à l’énoncé de ces mots, et la deuxième quand on entend la liberté d’expression menacée.

Les Pussy Riot c’est aussi ça

Dans l’histoire des Pussy Riot, il y a la grande et la petite. La grande, tout le monde la connaît : le 21 février, de jeunes femmes encagoulées pénètrent dans la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou nanties de guitares, avant de psalmodier une prière blasphématoire, avec des paroles aussi profondes que "Sainte Marie mère de Dieu, deviens féministe" ou encore "merde, merde, merde du Seigneur", politiquement dirigée contre le candidat à l’élection présidentielle Vladimir Poutine, mais également contre le patriarche orthodoxe accusé de "croire en Poutine plus qu’en dieu".

Or, la grande histoire des Pussy Riot cache, malheureusement, la petite, moins glorieuse et dont la prière anti-poutine n’en est que l’acmé médiatique. En effet, le groupe punk-rock n’en est pas à son coup d’essai et a multiplié, conjointement avec un groupe d’activistes nommé Voina [1] [2] (« guerre » en russe), depuis plusieurs mois déjà, des opérations que la décence s’offusque à mentionner ; mais puisque la liberté d’expression fit défaut aux Pussy Riot, si l’on en croit la sphère intellectuelle, alors rendons leur ce droit en exposant leurs faits d’armes.

Attention, certaines images peuvent heurter la sensibilité de certains.

La liberté d’expression doit-elle convenir d’une orgie avec une femme enceinte dans un musée ?

La liberté d’expression doit-elle convenir de baisers forcés sur des policières russes et d’une mise en scène grotesque sous couvert de liberté sexuelle ?

La liberté d’expression doit-elle convenir de brûler un portrait du président ?

La liberté d’expression doit-elle convenir d’une simulation de pendaisons dans un supermarché ?

Reste encore à l’actif du groupe Voina, l’introduction d’un poulet dans le vagin au sein d’un supermarché en compagnie d’un bébé, l’attaque à l’urine sur des policiers, des dessins de pénis géants sur les routes, la destruction de véhicules de police ou encore l’invasion d’autres églises.

Mais si la liberté d’expression n’a – apparemment – pas de limite, la décence, elle, en a.

Passons donc sur cette petite histoire des Pussy Riot, qui ne doivent être présentées que comme victimes, contestataires, chantres de la liberté d’expression, eu égard à leurs agissements post-prière-anti-poutine…

Ce que l’affaire Pussy Riot révèle

Cette affaire, devenue émoi transnational par l’ardeur d’informer plutôt que d’enquêter, révèle plusieurs choses. La présentation d’un procès dictatorial, ombragé des mains de Poutine sur le seul fait d’une prière à son encontre, par les médias grégaires, est fausse (Cf. la Une de Libération du 19 août 2012 : « Au goulag pour une chanson »). Il s’agit, comme le mentionnent les éléments suscités, du point d’orgue d’un activisme sexo-politico-religieux que la décence commune, parfois, se refuserait d’accréditer. Sauf peut-être au sein des rédactions de Libération [3] ou des Inrocks [4] qui pensent encore le sexe transgressif.

Comme un réflexe pavlovien, l’indécence est souvent à géométrie variable : qu’en auraient pensé les thuriféraires de la liberté d’expression, si ces femmes étaient allées dans une mosquée, ou dans une synagogue ? Si une des Femen, pour soutenir ses compatriotes féministes, n’avait pas tronçonné une croix, mais brûlé un Coran, ou une Torah ?

Pensée unique, émotion collective.

Quant aux derniers bataillons de pleurnichards médusés qui proféraient à l’encan que la « Russie retournait au Moyen-âge », il faut quand même leur rappeler que les Pussy Riot sont moins jugées pour des délits d’opinion que pour des accusations d’hooliganisme, puni jusqu’à 7 ans de prison en Russie.

Pour terminer, nous aurions pu relater la longue liste d’artistes, d’organisations, de peoples, ou de politiques (ex : Duflot) qui portent en ce moment aux nues un groupe de rock activiste à la musicalité abrutissante. Un groupe qui n’a jamais sorti d’album avant quelques morceaux au moment de leur procès, qui a reçu des milliers de dollars par diverses personnes « en soutient », et qui est promis au prix Sakharov comme au prix LennonOno.

Oui, nous aurions pu, mais la décence, elle, a une fin.

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6 réactions

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  • Ta conclusion ? Tu cautionne la peine infligée ?

    24 octobre 2012 01:33, par Igor Gauquelin

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    Salut,

    Merci pour la petite histoire et le cours sur de sociologie critique. Pour la grande histoire, je rappellerais que deux de ces artistes, que tu es en droit de juger juvéniles ou de mauvais goût (c’est aussi mon cas, je ne suis pas trop fan de l’esprit FIAC, c’est un euphémisme) ont été condamnées à deux ans FERME de goulag, pour des faits qui ne comprennent ni dégradation, ni violence, ni coup, ni blessure. L’une d’elle va en Mordovie, l’autre dans la région de Perm, dans l’Oural. La précision, absente de ton article, n’est pas inutile, n’est-ce pas ?

  • La face cachée des Pussy Riot

    22 octobre 2012 20:17, par Raphus Cucullatus

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    En France, elles se seraient pris minimum six mois fermes pour leurs exploits qui violent aussi nos lois.

    Franchement, pourquoi les défendre ? la question de liberté d’expression n’est pas forcément pertinente dans des lieux privés.

    • La face cachée des Pussy Riot 31 octobre 2012 21:52, par Cyril

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      " la question de liberté d’expression n’est pas forcément pertinente dans des lieux privés"

      — > Vaut mieux lire ça qu’être aveugle.

  • La face cachée des Pussy Riot

    21 octobre 2012 07:16, par Pauline

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    Mon prof d’anthropologie avait pour habitude de dire que l’art n’était pas dans le résultat mais dans la manière. On aime ou on n’aime pas cette musique "abrutissante", toujours est il que la démarche fait parler parce que le transgressif est conceptuel. Manzoni, Duchamps, Malevitch n’étaient pas de meilleurs exécutants que les autres mais ils étaient des artistes parce qu’ils se sont posés en tant que tels, bousculant la morale des bien pensants.
    Je ne sais pas si les pussy riots sont des artistes. Toujours est-il que leur démarche fait parler, en bien ou en mal mais elle fait parler. Quoi qu’on en dise, ces jeunes femmes ont gagné une partie de leur pari.

    • La face cachée des Pussy Riot 21 octobre 2012 14:06, par Meddy Mensah

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      Je te concède ma ringardise ; en aimant les belles choses plutôt que les moins belles et par-dessus tout en ayant l’effronterie d’apprécier la droiture à l’obscénité, je me marque au fer rouge des pires réactionnaires.

      Que la décence commune soit transgressée, ma foi, c’est devenue le lot de nos sociétés. Mais que la loi le soit, je pense ne pas trop être ( encore ) ringard en le dénonçant ?

      Grâce à ton professeur d’anthropologie, je ne verrai plus les meurtres de la même façon, de même que les concours de voitures brûlées chaque année. Toi-même, j’espère, as-tu pu apprécier à travers les décombres de ta voiture, une portée artistique de son auteur ?

      Tous les goûts sont dans la nature, les moyens de les réaliser sont circonscrits par la Loi. C’était sans doute inévitable de devenir médiocre et faussement transgressif quand on veut être connues ( Pussy Riot ) au lieu de gagner à être reconnus ( Duchamps, Manzoni, etc.)

      • La face cachée des Pussy Riot 22 octobre 2012 00:39, par Pauline

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        Rien à voir avec ma voiture, il n’y avait aucun message derrière tout ça. Mais bon c’est pas comme si cet argument était uniquement là pour apporter une valeur affective à cette discussion.

        Je pourrais te répondre par l’adage "les lois sont faites pour être contournées" ou te rappeler que les institutions sont en constantes évolutions, qu’il n’y a pas si longtemps la loi était pour qu’on vende des êtres humains et autres joyeusetés, et qu’elle a changé parce qu’elle a été transgressée. Mais en vérité, ça ne m’intéresse pas tant que ça de me faire rabâcher les mêmes ritournelles à longueur de temps. Du coup on en reparlera autour d’un mot fléché.

        Par contre si tu pouvais éviter de prendre de haut les gens qui font l’effort de te lire et qui prennent le temps de te commenter ça serait vraiment très appréciable.

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