La face cachée des Pussy Riot

Par le 20 octobre 2012

Crée en 2011, condamné l’année suivante. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le groupe de punk-rock féministe russe Pussy Riot a su faire parler de lui. Et pourtant. Bien que centre du maelström politique contestataire de ces derniers mois, qui connaît réellement les Pussy Riot (littéralement « émeute de chattes », en anglais) ?

Le cas de ces jeunes frondeuses russes arrive à point nommé pour mesurer le degré d’orwellisation de la société mondiale. Dans son célèbre roman 1984, l’auteur britannique dépeignait alors une société où le soft-power totalitaire réduisait toute liberté d’expression alors même que l’émotion prenait le pas sur la raison. Dans cette affaire, devenue internationale par la force médiatique, la presse, les médias et les intellectuels ont fait montre d’une grande connivence pour sortir le fleuret de la liberté d’expression, et toucher en plein cœur l’autocratie poutinienne. Facile, trop même, pour qu’on ne s’intéresse pas d’un peu plus près à quelle « liberté d’expression » les Pussy Riot ont été privées.

« Pour le journaliste, tout ce qui est probable est vrai » alertait déjà Honoré de Balzac. Une chose reste sûre de nos jours, l’information et l’émotion sont les deux mamelles du journalisme contemporain. En chœur, battant la cadence de l’émotion poitrinaire, le main-stream médiatique a tôt fait de montrer ces jeunes femmes en victimes. Il faudrait, il est vrai, être cruel pour ne pas larmoyer sur le sort d’une si belle pièce de théâtre, succédanée de l’Assemblée des femmes d’Aristophane. De jeunes chanteuses, mères parfois, dans un groupe de rock, s’attaquant à « l’autoritarisme russe » de Poutine ; c’est assez pour ne pas verser la première larme à l’énoncé de ces mots, et la deuxième quand on entend la liberté d’expression menacée.

Les Pussy Riot c’est aussi ça

Dans l’histoire des Pussy Riot, il y a la grande et la petite. La grande, tout le monde la connaît : le 21 février, de jeunes femmes encagoulées pénètrent dans la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou nanties de guitares, avant de psalmodier une prière blasphématoire, avec des paroles aussi profondes que « Sainte Marie mère de Dieu, deviens féministe » ou encore « merde, merde, merde du Seigneur« , politiquement dirigée contre le candidat à l’élection présidentielle Vladimir Poutine, mais également contre le patriarche orthodoxe accusé de « croire en Poutine plus qu’en dieu« .

Or, la grande histoire des Pussy Riot cache, malheureusement, la petite, moins glorieuse et dont la prière anti-poutine n’en est que l’acmé médiatique. En effet, le groupe punk-rock n’en est pas à son coup d’essai et a multiplié, conjointement avec un groupe d’activistes nommé Voina [[http://www.youtube.com/watch?v=pORyFlbTvo0]] [[http://en.wikipedia.org/wiki/Voina#Pussy_Riot]] (« guerre » en russe), depuis plusieurs mois déjà, des opérations que la décence s’offusque à mentionner ; mais puisque la liberté d’expression fit défaut aux Pussy Riot, si l’on en croit la sphère intellectuelle, alors rendons leur ce droit en exposant leurs faits d’armes.

Attention, certaines images peuvent heurter la sensibilité de certains.

La liberté d’expression doit-elle convenir d’une orgie avec une femme enceinte dans un musée ?

La liberté d’expression doit-elle convenir de baisers forcés sur des policières russes et d’une mise en scène grotesque sous couvert de liberté sexuelle ?

La liberté d’expression doit-elle convenir de brûler un portrait du président ?

La liberté d’expression doit-elle convenir d’une simulation de pendaisons dans un supermarché ?

Reste encore à l’actif du groupe Voina, l’introduction d’un poulet dans le vagin au sein d’un supermarché en compagnie d’un bébé, l’attaque à l’urine sur des policiers, des dessins de pénis géants sur les routes, la destruction de véhicules de police ou encore l’invasion d’autres églises.

Mais si la liberté d’expression n’a – apparemment – pas de limite, la décence, elle, en a.

Passons donc sur cette petite histoire des Pussy Riot, qui ne doivent être présentées que comme victimes, contestataires, chantres de la liberté d’expression, eu égard à leurs agissements post-prière-anti-poutine…

Ce que l’affaire Pussy Riot révèle

Cette affaire, devenue émoi transnational par l’ardeur d’informer plutôt que d’enquêter, révèle plusieurs choses. La présentation d’un procès dictatorial, ombragé des mains de Poutine sur le seul fait d’une prière à son encontre, par les médias grégaires, est fausse (Cf. la Une de Libération du 19 août 2012 : « Au goulag pour une chanson »). Il s’agit, comme le mentionnent les éléments suscités, du point d’orgue d’un activisme sexo-politico-religieux que la décence commune, parfois, se refuserait d’accréditer. Sauf peut-être au sein des rédactions de Libération [[http://www.liberation.fr/monde/2012/08/03/voina-cinq-ans-d-activisme-iconoclaste_837293]] ou des Inrocks [[http://www.lesinrocks.com/2011/05/03/actualite/voina-une-bande-danarchistes-a-lassaut-du-pouvoir-1116092/2/]] qui pensent encore le sexe transgressif.

Comme un réflexe pavlovien, l’indécence est souvent à géométrie variable : qu’en auraient pensé les thuriféraires de la liberté d’expression, si ces femmes étaient allées dans une mosquée, ou dans une synagogue ? Si une des Femen, pour soutenir ses compatriotes féministes, n’avait pas tronçonné une croix, mais brûlé un Coran, ou une Torah ?

Pensée unique, émotion collective.

Quant aux derniers bataillons de pleurnichards médusés qui proféraient à l’encan que la « Russie retournait au Moyen-âge », il faut quand même leur rappeler que les Pussy Riot sont moins jugées pour des délits d’opinion que pour des accusations d’hooliganisme, puni jusqu’à 7 ans de prison en Russie.

Pour terminer, nous aurions pu relater la longue liste d’artistes, d’organisations, de peoples, ou de politiques (ex : Duflot) qui portent en ce moment aux nues un groupe de rock activiste à la musicalité abrutissante. Un groupe qui n’a jamais sorti d’album avant quelques morceaux au moment de leur procès, qui a reçu des milliers de dollars par diverses personnes « en soutient », et qui est promis au prix Sakharov comme au prix LennonOno.

Oui, nous aurions pu, mais la décence, elle, a une fin.

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à propos de l'auteur

Auteur : Meddy Mensah

Originaire de la région champenoise, mais Normand d’adoption, j’ai fait la majeure partie de ma scolarité au pays du cidre et des vaches, avant de poursuivre mes études universitaires du côté de Rouen. Une année de Droit, trois années d’Histoire – et, une Licence en poche, avant de terminer par un Master de Science Politique, et me voilà débarquant dans ce Master II des métiers du journalisme. Le dessein est tout tracé: devenir journaliste politique de presse écrite, si possible dans un titre national. Un métier qui cristallise à lui seul toutes les passions qui m’étreignirent depuis ma prime jeunesse : le goût de la transmission du savoir, la senteur d’un papier journal, l’exercice de style et la plume comme fidèle alliée. Autant de fantasmes, d’élégantes rêveries, de fragiles aspirations… mais qui n’a pas, en lisant Honoré de Balzac, voulu se faire Rubempré ; pour peu que ces visions ne deviennent pas des illusions perdues…