Enfants autistes

La méthode ABA peine à s’imposer en France

mardi 01/02/2011

La France se distingue des autres pays par son retard sur le traitement des personnes autistes. Dans de nombreux États, une méthode appelée ABA semble obtenir des résultats encourageants chez les enfants dits autistes. Or, cette technique tente tant bien que mal à s’imposer en France.

Bien qu’il n’existe pas de traitement curatif de l’autisme, une méthode largement répandue dans nombres de pays depuis plusieurs décennies semble avoir fait ses preuves : la méthode ABA (Applied Behavior Analyse). Créée en 1960 aux États-unis par Ivar Lovaas, cette technique comporte un programme de modification du comportement. Durant la phase d’apprentissage, chaque action positive de l’enfant est valorisée, alors que les autres sont ignorées ou corrigées de façon neutre. La communication, le jeu, l’autonomie et l’interaction sociale sont privilégiés. Les résultats de l’équipe Lovaas montrent que 47 % des enfants pris en charge ont pu, par la suite, suivre une scolarité normale.

Une technique reconnue presque partout dans le monde

Cette méthode est remboursée par la sécurité sociale dans tous les pays anglo-saxons. Au Canada par exemple, « toutes les prises en charge sont entièrement gratuites » selon Isabelle Grin, maman de deux enfants autistes âgés de 7 et 14 ans. Une fois le diagnostic effectué, « les enfants sont référés au centre de réadaptation de leur région. »

Certes, le délai d’attente reste long -environ deux ans - mais « le service est excellent » et les enfants sont suivis par une éducatrice spécialisée en ABA. De plus, les écoles ABA privées mais surtout publiques sont très répandues dans de nombreux pays occidentaux (États-unis, Suisse, Espagne, Allemagne...) et dans certains pays émergents (Chine, Brésil, Mexique...).

La France à la traîne

Pourtant en France, cette méthode tarde à être reconnue. Les frais ne sont pas couverts par la sécurité sociale. Christelle Lambert-Caubet est en procès avec l’État depuis la prise en charge de son enfant autiste, faute d’obtenir le financement nécessaire pour pouvoir pratiquer la méthode. À cela s’ajoute un manque d’établissements ABA. En effet, aucune structure publique n’utilise cette technique. Seuls les établissements privés la pratiquent, ce qui demande aux familles un gros effort financier.

Comment expliquer ce retard spécifique à la France ? Pour Béatrice, mère d’un adolescent autiste, par l’approche psychanalytique. Elle rejette toute méthode comportementaliste, dont le dispositif ABA, qui longtemps dominé en France. L’explication de l’autisme se fondait sur la culpabilité de la mère, responsable du handicap de son enfant. Il fallait alors couper tout lien entre l’enfant et la mère ainsi qu’avec toute la famille.

Cette théorie a été abandonnée dans les années 80 dans la plupart des pays occidentaux. Une nouvelle conception de l’autisme, dite “neurobiologique”, a conduit au développement de nouvelles méthodes. Elles privilégient une prise en charge précoce de l’enfant, une participation de la famille et surtout une meilleure attention à leur souffrance. La méthode ABA reprend ces principes.

« Ça va changer ! »

Les choses semblent évoluer dans le bon sens. C’est ce que pense en tout cas, le directeur de l’association ABA-Apprendre autrement. Il annonce que la méthode « commence à être reconnue » et que l’accès à certains établissements sont « financés par les autorités ». De son côté, Béatrice affirme que « ça va changer » avec l’arrivée de la nouvelle génération de spécialistes.

En effet, des écoles ABA ouvrent leurs portes progressivement. Des universités comme Lille 3 proposent des formations et des conférences sur l’ABA. De plus, la fondation Autisme, vaincre et agir souhaite créer des écoles pilotes appliquant le programme de manière précoce et intensive.

Mais, il reste encore beaucoup à faire. La déclaration de la solitude comme grande cause nationale pour 2011 au détriment de l’autisme, reflète le peu d’attention accordé à ce handicap qui touche plus de 450 000 personnes en France. Le cas de la méthode ABA n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

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