Histoire

La révolution sociale et libertaire

samedi 12/12/2009

Une réunion publique sur la révolution, organisée par Alternative Libertaire, a fait salle comble au café le Full G à Montpellier, ce jeudi 3 décembre 2009. Larry Portis, historien et sociologue, propose son analyse sur l’idée révolutionnaire et ses perspectives actuelles.

« La question de la révolution et de la contre-révolution a beaucoup travaillé ma génération ». Larry Portis introduit la réunion publique sur les « Révolutions et contre révolutions hier et aujourd’hui » (http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article3238&date=2009-12-03) en rappelant la dimension fluctuante de l’idée révolutionnaire. Dans les années 1970, le secrétaire des Socialists Workers Party (parti trotskyste aux États-Unis) prétend que les travailleurs se radicalisent et préparent une révolution imminente. Aujourd’hui, la conjoncture a évolué et peu d’individus envisagent une révolution imminente.

L’historien américain tente de définir le mot « révolution » qui « est réifié pour devenir une abstraction ». Il précise la difficulté d’étudier cette idée de manière abstraite : « je n’ai pas participé à une révolution moi-même mais tout ce que j’ai écrit se réfère à cette problématique ». L’histoire favorise le dénigrement de cette expression. Les révolutions n’ont pas abouti aux transformations démocratiques et égalitaires souhaitées par ceux qui y ont participé. Ensuite, la « révolution conservatrice », menée par Margaret Thatcher ou Ronald Reagan, débouche vers une déviation sémantique. Enfin le marketing utilise cette expression qui semble galvaudée avec l’évocation de « la révolution Colgate » pour désigner un tube de dentifrice. Mais ce terme crée également une peur, une résistance au savoir et à la compréhension.

Toutefois, Larry Portis ne renonce pas à l’idée révolutionnaire et tente de la définir. La révolution diffère de la révolte qui s’apparente davantage à un soulèvement contre des institutions. Pour le sociologue, « une révolution est le renversement de l’ordre social, pas seulement du gouvernement, pour éliminer la domination d’une classe sur les autres classes ». La révolution politique, avec le changement de régime, se distingue de la révolution sociale qui débouche vers un changement des rapports sociaux. La révolution sociale comprend la révolution politique mais ne s’y limite pas.

L’historien évoque les premières révolutions sociales. Au XVIIème siècle, entre 1640 et 1660, une révolution éclate en Angleterre. Pour Larry Portis, il s’agit d’une révolution sociale et politique. Les historiens évoquent davantage une guerre civile religieuse avec l’affirmation du protestantisme. Cependant, cette révolution sociale achève la destruction de la société féodale. Les marxistes évoquent une révolution bourgeoise. Larry Portis décrit une « révolution obscure » avec des raisons complexes et une justification des engagements en termes religieux.
La Révolution française correspond davantage à l’idée révolutionnaire. La dimension religieuse y est absente et le processus de destruction du système féodal demeure clairement affirmé. La bourgeoisie accède au pouvoir en balayant la hiérarchie féodale héréditaire.

Au cours du XIXème siècle une effervescence révolutionnaire se diffuse. L’industrialisation se développe et les structures sociales évoluent. Le romantisme s’apparente à un changement de mentalité philosophique dans tous les domaines pour transcender une réalité méprisée. L’historien estime que « notre langage et notre vision du monde découlent de cette période historique  ». La société, comme idée, émerge au XIXème siècle. Selon les idées révolutionnaires du XIXème, la société peut être transformée qualitativement. Le mouvement est considéré comme essentiel alors que l’immobilité était jugée naturelle antérieurement. La société et les concepts contemporains apparaissent au XIXème siècle.

Larry Portis analyse ensuite le contenu et la stratégie des projets révolutionnaires. Le socialisme émerge au XIXème siècle. Ce terme connoté alimente la confusion. Il s’agit d’une vision de la société qui comprend la solidarité, l’égalité et la liberté gérées collectivement. Pour l’historien, « le socialisme s’oppose à l’individualisme. Cette nouvelle société doit permettre aux individus de développer leur créativité alors que la société capitaliste uniformise ». Ce projet est qualifié d’utopique. Or l’utopie renvoie à un projet qui suppose un changement nécessaire.
Karl Marx établit la distinction entre le socialisme utopique dénigré et le socialisme scientifique. Il crée de la confusion et un clivage dans le mouvement révolutionnaire. Larry Portis souligne que « cette distinction est à l’origine du socialisme autoritaire qui repose sur l’avant-garde et le parti  ». En revanche, l’historien considère que « le courant anarchiste se dresse de manière doctrinaire contre les analyses de Marx ». Le communisme des conseils et le communisme libertaire concilient l’analyse marxienne et la critique du communisme autoritaire.

Le sociologue évoque ensuite la contre-révolution. Son propos n’insiste pas sur le fascisme qui s’apparente à « la dernière ligne de défense du système capitaliste ». Selon lui, toutes les institutions de la société conservent une vocation contre révolutionnaire et combattent tout ce qui peut causer l’extinction du système ou empêcher son fonctionnement. La répression de la Commune illustre cette dimension contre révolutionnaire. Pour l’historien, « les médias, les syndicats, les partis politiques sont des institutions ». L’universitaire critique également le système éducatif : l’université diffuse peu d’idées critiques mais « enseigne la hiérarchie, la concurrence et le savoir utilitaire  ». Il estime que « l’éducation est une forme de répression de l’esprit » qui favorise la logique contre révolutionnaire.

Enfin il estime que les révolutions émergent lorsque le système, féodal ou capitaliste, ne peut plus fonctionner. Le système s’autodétruit. L’action collective prépare l’éclosion d’une société nouvelle fondée sur l’égalité et la solidarité.
Le débat avec le public permet d’approfondir cette perspective. Les luttes contemporaines en Amérique latine sont longuement évoquées. La Bolivie illustre l’importance des processus sociaux, avec une agitation politique et sociale pendant dix ans, pour permettre un changement en terme de régime.

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