Villeneuve-lès-Maguelone

Langue d’oc : mon panneau, ma bataille

samedi 29/01/2011 - mis à jour le 16/10/2013 à 12h28

Coup de projecteur sur Villeneuve-lès-Maguelone ! Depuis le 12 octobre 2010, des panneaux bilingues sont au centre d’une controverse. S’appuyant sur la décision du tribunal administratif de Montpellier, le Mouvement Républicain de Salut Public exige le retrait de la signalisation en langue d’oc. Il n’en fallait pas moins pour indigner toute la communauté occitane.

Petite ville de 8 650 habitants, Villeneuve-lès-Maguelone ne s’attendait pas à un tel engouement. Si au départ l’histoire impliquait uniquement la mairie, l’affaire s’est vite étendue aux aficionados de la langue occitane : Villeneuvois, linguistes, associations, politiques… et bien au-delà ! « J’ai été contacté par Radio Corse, Radio Leng d’Òc, El Pais, l’AFP, France 3 Toulouse, France 2, TV Barcelone, Le Parisien et d’autres, annonce fièrement Noël Ségura (DVG). Ça fait du bien de voir un tel intérêt ! »

Touche pas à mon patois !

Le maire de Villeneuve a installé les panneaux occitans après sa victoire aux élections municipales de 2008. Aujourd’hui, il clame dans tous les médias qu’il refuse catégoriquement le retrait des panneaux à l’entrée de la ville. Son argument principal : les origines occitanes de la ville, qui remonteraient avant le IXe siècle. Un point de vue soutenu par Albert Arnaud, président de la section régionale de l’Institut d’Études Occitanes : « En plus des récits qui prouvent son utilisation dans la région, l’occitan a été employé comme langue administrative jusqu’au XVIe siècle. » Le travail de Jacques Boisgontier, linguiste aujourd’hui décédé, complète cette thèse. Sa nomenclature certifie que dans l’Histoire, les 343 communes de l’Hérault ont toutes eu un nom occitan.

Pourtant, le tribunal administratif de Montpellier en a décidé autrement. En plus d’un défaut de sécurité routière, le juge constate l’absence de fondement historique occitan. Le terme de “Villanòva-de-Magalona” serait une traduction a posteriori. De son côté, Albert Arnaud persiste et signe : « Les juges ne sont ni linguistes, ni historiens de la langue. C’est absurde de comparer l’occitan et le français puisque ce sont deux langues différentes. » Et Noël Ségura d’ajouter : « À une semaine près, la mairie de Bouzigues a installé des panneaux en occitan sans être inquiétée. »

Les défenseurs de la langue d’oc ne se réduisent pas aux seuls passionnés. Des politiques de tous bord et de toutes fonctions se sont pressés au portillon. En témoignent les personnalités présentes à la manifestation de soutien du 12 décembre 2010 à Villeneuve-lès-Maguelone : Catherine Grèze et François Alfonsi, députés européens Europe Écologie, Marcel Mateu, conseiller régional, Jacques Domergue, député UMP montpelliérain… « Défendre la culture régionale, c’est être européen et préserver la biodiversité, a déclaré l’eurodéputé Grèze. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui, c’est le repli d’un État jacobin. »

Un Etat jacobin qui ne prend pas soin de ses langues régionales. Une charte a bien été rédigée en 1992 par le Conseil de l’Europe mais la France l’a signée sans la ratifiée. « Ce manque prouve qu’il y a une faille française à boucher », renchérit Noël Ségura.


JACQUES DOMERGUE, Manifestation Villeneuve-lès-Maguelone
envoyé par masterjournalisme08. - L’actualité du moment en vidéo.

À leur côté, des citoyens concernés gonflaient les rangs. Christophe, 21 ans, s’est occupé de l’ambiance armé de son galoubet. « Je suis membre de la Garriga Lenguedociana, une association qui promeut la culture occitane. Je suis venu comme beaucoup apporter mon soutien à la commune. » Marine, étudiante en occitan à l’université Paul Valéry, ne comprend toujours pas : « On est en Occitanie, ça devrait être obligatoire de mettre le nom de la ville en occitan partout. J’ai peur que la décision de justice nous oblige à enlever les panneaux dans toute la France. » Marie-Jeanne, retraitée, ajoute que « c’est seulement un symbole, une question de respect au patrimoine. On ne menace pas l’unité française avec un panneau ! »


Réaction à la manifestation à Villeneuve-lès-Maguelone
envoyé par masterjournalisme08. - L’actualité du moment en vidéo.

Un combat de perdu… mais pas la guerre

« Plegarem pas » [1] , la foule semble unanime. Il existe un seul ennemi : le Mouvement Républicain de Salut Public, à l’origine de la discorde. Chaque orateur s’est évertué à diaboliser l’association, la rendant responsable de toutes les attaques portées aux langues régionales. Un point de vue qui manque de nuances. Sauf en ce qui concerne l’inactivité des élus, seul sujet de discorde parmi la communauté occitane. Et même parmi les défenseurs, des voix discordantes se font entendre. « Sur le principe, tout le monde est d’accord, mais les actes des politiques ne suivent pas leurs paroles, déplore Jacky Grau, membre de l’association País Nòstre. Il faudrait que le conseil régional ajoute l’occitan aux langues officielles. »

Un enthousiasme d’autant plus amoindri que les panneaux… ont disparu ! « Deux ont été volés, un malmené, raconte Noël Ségura. J’ai déposé plainte, une enquête est en cours… » En plus d’avoir recommandé des panneaux « avec une jolie croix occitane », le maire a fait appel du jugement. Claude Moulinier, vice-président de la section Hérault de l’IEO, a quant à lui un espoir : « que la nouvelle décision soit moins lourde et nous permette de laisser les panneaux. » En attendant, les Villeneuvois n’ont pas l’intention de déposer les armes.

Chronologie

  • 5 novembre 1992 : Charte européenne des langues régionales et minoritaires
  • 1992 : Installation du premier panneau occitan à Béziers
  • 1999-2003 : 7 villages sont dotés de panneaux bilingues
  • 2008 : Inscription des panneaux occitans à Villeneuve-lès-Maguelone dans les promesses électorales de Noël Ségura (actuel maire)
  • 23 juillet 2008 : Les langues régionales sont reconnues par la Constitution française comme patrimoine national
  • 5 août 2009 : Robert Hadjadj demande le retrait des panneaux occitans à la mairie de Villeneuve-lès-Maguelone
  • 26 août 2009 : Refus de la mairie d’enlever les panneaux occitans
  • 28 septembre 2010 : Audience
  • 12 octobre 2010 : Jugement du tribunal administratif de Montpellier : la mairie doit enlever les panneaux occitans
  • 12 décembre 2010 : Manifestation de soutien pour les panneaux occitans à Villeneuve-lès-Maguelone
  • 14 décembre 2010 : Date limite pour le retrait des panneaux occitans : la mairie n’en a pas tenu compte
  • 20 décembre 2010 : Proposition de loi pour la défense et la promotion des langues régionales
  • Janvier 2011 : Vol et dégradation des panneaux occitans à Villeneuve-lès-Maguelone
  • Janvier 2011 : Construction de nouveaux panneaux occitans pour Villeneuve-lès-Maguelone

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Notes

[1« Nous ne plierons pas »

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