Le Parti socialiste face aux désordres de la majorité

lundi 09/11/2009 - mis à jour le 10/11/2009 à 14h16

A mi-mandat, rien ne va plus pour Nicolas Sarkozy et sa majorité. Le président de la République, pourtant peu enclin à l’autocritique, a même dû reconnaître, devant quelques journalistes, des « erreurs » depuis son arrivée à l’Elysée. Face aux désordres qui secouent la majorité présidentielle, le Parti socialiste tente, par contraste de faire bonne figure, et donner l’image d’un parti rassemblé. La zizanie à droite offre au principal parti d’opposition parlementaire l’occasion de se remettre en ordre de marche. Avant les régionales de 2010.

Le moment est suffisamment rare pour être remarqué. Depuis la rentrée parlementaire, les scènes de cacophonies et de désordres internes ne se jouent pas au sein du Parti socialiste, mais bien au cœur de la majorité présidentielle. Abonnés, depuis 2002, aux divisons internes et aux rendez-vous manqués, les socialistes peuvent se réjouir de cette véritable “jacquerie” qui frappe la majorité. Car c’est bien de cela dont il s’agit. Les rappels à l’ordre et recadrages du président de la République, Nicolas Sarkozy, et de son Premier ministre, François Fillon, témoignent avec force de l’ampleur des désordres qui ébranlent la majorité présidentielle.

Entre M. Sarkozy qui, à propos de la suppression de la taxe professionnelle, juge la démarche de Jean-Pierre Raffarin « pas formidable » et M. Fillon qui estime, face aux incartades de Rama Yade, qu’«  il faudra en tirer les conséquences le moment venu », nombreux sont les exemples qui viennent assombrir un peu plus le ciel, jadis, bleu et uni du gouvernement.

Cette cacophonie naissante offre l’opportunité au Parti socialiste de refaire entendre sa voix et retrouver son rôle de premier parti d’opposition. L’exemple de la taxe professionnelle et l’initiative de Jean-Pierre Raffarin et de 24 sénateurs UMP qui appellent à ne pas voter la réforme est à cet égard significatif. Car, non content de semer la zizanie au sein de la majorité, une telle initiative de la part de l’ancien Premier ministre vient appuyer et rendre davantage audible l’opposition du Parti socialiste sur cette suppression de la taxe professionnelle.

Plus profondément, il existe donc une certaine “ambiance” de mi-mandat, un climat menaçant, qui semble servir le Parti socialiste. Des “affaires” Jean Sarkozy et Frédéric Mitterrand à la mise en place d’un débat controversé et inopportun sur « l’identité nationale », en passant par les démêlés judiciaires d’un ancien président de la République, Jacques Chirac, d’un ancien Premier ministre, Dominique de Villepin et d’un ancien ministre de lIintérieur, Charles Pasqua, tout se passe comme si les vents de la politique ne voulaient plus porter Nicolas Sarkozy et sa majorité. Rien ne va plus !

Cette présidence en peau de chagrin, en proie aux désordres et aux contestations doit amener le Parti socialiste à se remettre sur les rails de l’opposition et retrouver une parole audible. Pourtant, rien ne semble indiquer que l’heure soit à l’optimisme et au sursaut au sein du PS. En témoigne d’abord les propos pour le moins surprenant de Malek Boutih, qui déclarait au micro de RTL qu’une victoire de la gauche à l’élection présidentielle n’était ni souhaitable ni bienvenue. « L’élection présidentielle, affirme l’ancien président de SOS Racisme, est l’élection à partir de laquelle tout se détruit en politique. »

Tout aussi optimistes, les propos de François Hollande, sur France Inter, le 4 novembre. L’ancien premier secrétaire du Parti socialiste déclarait ainsi qu’il pouvait y avoir du « scepticisme » sur les chances d’une alternance en 2012 en raison de la « dispersion » de l’opposition. Il est sûr qu’aujourd’hui, en dépit du malaise palpable à droite et au sein de la majorité, le Parti socialiste ne semble pas (encore) être en mesure d’offrir une alternative crédible pour le pays. Le “scepticisme” de François Hollande est donc à bien des égards légitime.

Pour autant, ce constat ne saurait entamer ce regain de confiance d’un Parti socialiste surfant sur les erreurs du sarkozysme. La décision du Bureau national du parti de ne pas participer au débat sur l’identité nationale lancé par le ministre de l’immigration, Eric Besson, constitue à cet égard un heureux signal.

En jugeant « irrecevable » cette « injonction » de M. Besson à participer à « une mise en scène racoleuse », le Parti socialiste a évité le piège qui lui était tendu par la majorité. Outre cette bonne tenue des socialistes, c’est un sondage CSA, publié le 6 novembre qui semble en mesure de ragaillardir l’opposition socialiste. D’après ce sondage en effet, dans l’hypothèse d’un second tour à l’élection présidentielle, Dominique Strauss-Kahn, actuel directeur du FMI (Fond monétaire international) serait le seul candidat de l’opposition à être en mesure de battre M. Sarkozy, avec 51% des voix. Martine Aubry ne recueillerait que 47% des suffrages et Ségolène Royal serait à nouveau défait avec 45% des voix.

En dépit du peu de crédit qu’il convient d’accorder à un tel sondage, plus de deux ans avant la prochaine élection présidentielle, il reste que celui-ci peut provoquer un sursaut et un regain d’espoir pour les socialistes qui ne croyaient plus en une alternance en 2012.

En attendant, les régionales de mars 2010 vont constituer un test important pour mesurer cette capacité du Parti socialiste à retrouver son statut de parti dominant à gauche – par rapport aux écologistes notamment – et engager ensuite cette course à la conquête de l’alternance. Il reste que si le Parti socialiste ne met pas dès aujourd’hui à profit les désordres de la majorité frondeuse pour se remettre en ordre de marche, il y aura plus qu’un rendez-vous manqué.

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