ANALYSE

Le boom du vin bio fait tourner la tête de l’interprofession

mercredi 14/01/2015 - mis à jour le 25/01/2015 à 19h56

Forte d’une nouvelle organisation et d’un puissant réseau d’associations régionales, la filière française du vin bio a soif de conquêtes. Au delà de la promotion des produits et du lobbying auprès des pouvoirs publics, elle vise le doublement du vignoble bio d’ici à 2020.

Les Français ont pris goût aux produits bio. Et parmi eux, le vin connaît une croissance sans modération ! Ce dynamisme du secteur se traduit par ces chiffres révélateurs : en 2013, 8,2% du vignoble français était bio selon les données recueillies par l’Agence Bio. Mais, entre 2012 et 2013 les surfaces certifiées bio ont progressé de 22%.

Les organisations interprofessionnelles

L’interprofessionnalité est un dispositif particulier et notamment répandu dans les secteurs de l’agroalimentaire. Composées de différents acteurs d’une même filière, les organisations interprofessionnelles agissent et se coordonnent de manière concertée dans l’intérêt de leurs membres. Organisme de gouvernance indispensable à la structuration de la filière, leur synergie permet de s’unir et de remédier aux éventuelles faiblesses du marché.
Cependant, les organisations interprofessionnelles estiment être confrontées à une législation stricte pouvant parfois limiter leur objectif de sécuriser la filière.

Le poids grandissant pris par la filière oblige les acteurs à s’unir et se structurer davantage. Avec toujours ce même objectif de participer à la promotion et au développement de la viticulture biologique.

Depuis 2012, la Fédération nationale des vins de l’agriculture biologique (FNIVAB) a été remplacée par France Vin Bio, réunissant producteurs et négociants. Appuyée par un important réseau d’associations professionnelles d’Aquitaine, du Languedoc-Roussillon, du Val de Loire et de la Champagne-Ardenne, la nouvelle fédération nationale, présidée par Richard Doughty, agit au nom de l’ensemble des acteurs de la profession.
France Vin Bio vise à « représenter les acteurs de la filière du vin bio autour d’une coordination nationale  », selon son président. «  Aujourd’hui, le vin biologique correspond à environ 10% du vignoble français. Il nous faut réussir le pari de la promotion du vin biologique dans les années qui viennent, tout en assurant la structuration de la filière  » prévient-il.

L’ardeur de la viticulture bio soulève de nouveaux enjeux pour la profession. Avec en premier lieu l’arrivée des caves coopératives sur ce marché : elle a eu comme conséquence de générer des échanges plus importants avec le risque pour le producteur de voir les prix de vente chuter. Autre mission pour la fédération : mieux accompagner les vignerons en processus de conversion. Enfin, elle doit aussi veiller sur la distribution pour agir comme un organe de régulation et de médiation entre producteurs et négociants.

Une interprofession solidement ancrée sur le plan régional

Pour poursuivre son développement, le secteur viticole bio se repose sur un large réseau d’associations interprofessionnelles régionales. Pour Sud Vin Bio, qui regroupe les professionnels du premier vignoble biologique français installés dans le Languedoc-Roussillon, «  la volonté était d’unifier les groupes régionaux pour faire porter nos revendications à l’échelle nationale. Plus nous serons représentatifs, plus nous pourrons promouvoir et faire porter notre message  ». L’influence sur la structuration nationale s’explique par la vitalité de la production viticole sur ces territoires.

Le dynamisme du secteur viticole dans l’agriculture biologique française depuis quelques années est à mettre en corrélation avec l’essor du nombre de surface en conversion depuis 2006. Il a été multiplié par plus de trois en huit ans selon les données du groupement d’intérêt public, Agence Bio. Bien que le long processus – au moins 3 ans – de conversion au bio soit coûteux, il continue de faire des émules chez les viticulteurs.
Si Richard Doughty déplore le manque d’aide en faveur de la promotion du vin bio pour la fédération qu’il préside, il explique que «  des subventions intéressantes pour les processus de conversion existent  » à destination des viticulteurs souhaitant franchir le cap. Tout un dispositif d’aide au passage à la viticulture biologique a été créé notamment sur l’investissement, la certification et l’accompagnement post-conversion.
Malgré tout, France Vin Bio s’expose à une réalité bien plus délicate. Elle se place comme une organisation aux moyens très réduits limitant les objectifs coûteux de promotion. «  Notre budget est très limité. En 2013, il s’élevait à environ 10 000 euros. La filière fait des bénéfices mais nous n’avons pas d’argent pour la promotion  », prévient son président.

Un marché colossal pourvoyeur d’emploi

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Évolution de la valeur des ventes de vin biologique depuis 2005

Crédit : Pierre Lelièvre

L’effet de mode du bio révolu, la consommation de ces produits respectueux de l’environnement et de la santé a pris un poids sans précédent dans les habitudes des Français. Aujourd’hui, près d’un sur deux prétend consommer régulièrement des produits issus de l’agriculture biologique (baromètre CSA / Agence Bio - 2013).
En 2013, la valeur des ventes en France de vins biologiques a représenté environ 503 millions d’euros, soit une augmentation de 22% par rapport à l’année précédente. Face à ce marché colossal, l’interprofession ambitionne de s’installer comme un agent de promotion auprès du grand public. «  Le bio est un gage de qualité auprès du consommateur  » selon le président de France Vin Bio, qui rappelle la nécessité d’informer et expliquer les bienfaits de la viticulture biologique. «  La progression de la viticulture biologique en France est liée à la demande des consommateurs  » rappelle-t-il.

Outre les points positifs sur la protection de l’environnement et de la santé, le secteur du vin bio est bénéfique pour l’économie en terme d’emploi. Selon les données du recensement agricole datant de 2010, ce mode de viticulture est le secteur le plus pourvoyeur d’emplois. Il nécessite presque deux fois plus de main-d’œuvre que la viticulture conventionnelle.

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Répartition de la valeur des ventes de vin bio par secteur de vente en 2013

Crédit : Pierre Lelièvre

L’essor de la viticulture biologique connaît cependant quelques freins. Comme avec la grande distribution encore trop réticente face au vin bio. Un phénomène que regrette Richard Doughty : «  Le monde de la grande distribution est ringard. Ils n’ont pas compris la demande du consommateur, l’offre en vin biologique est trop limitée.  » Une situation que la nouvelle organisation interprofessionnelle souhaite changer. « C’est à nous de sensibiliser la grande distribution sur ces questions  » dit-il. À ce jour, l’Agence Bio relève que seuls 18,5% des vins biologiques vendus le sont en grandes surfaces alimentaires, contre 38,4% en vente directe et 43,1% de commerçants spécialisés ou non.

Forte de perspectives encourageantes, l’interprofession affirme haut et fort ses ambitions via le président de France Vin Bio : «  D’ici 20 ans, nous visons à ce que 50% de la surface viticole soit certifiée bio.  »

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