Le cinéma algérien n’est plus prophète en son pays

samedi 21/10/2017 - mis à jour le 10/11/2017 à 15h13

Cette année, l’Algérie est l’invitée d’honneur du festival du cinéma de Montpellier. Ce choix n’est pas anodin. Christophe Leparc, le directeur du Cinemed, nous introduit la problématique du cinéma algérien. Pays aux réalisateurs reconnus, mais où « 380 des 400 salles de cinéma » étaient fermées en 2015.

  • Pourquoi faire un focus sur l’Algérie pour la 39ème édition du festival du film méditerranéen ?

Depuis trois ans, le Cinemed s’intéresse à la création contemporaine d’un pays méditerranéen en particulier. L’an dernier c’était la Tunisie, cette fois c’est l’Algérie qui est à l’honneur. Les années 2000 ont vu une nouvelle génération de jeunes réalisateurs émerger dans ce pays. Ces jeunes artistes se sont emparés du média cinéma pour s’exprimer. Après les années de plomb et la guerre civile des années 1990, le cinéma algérien est démuni. La nouvelle garde de réalisateurs doit donc faire preuve d’énormément de débrouillardise. On a voulu mettre en exergue cette volonté de faire du cinéma, malgré les obstacles et les difficultés.

  • Justement quelles sont ces difficultés ?

Ce sont des difficultés à se faire financer car il y a très peu d’infrastructures de financement en Algérie. Il faut souvent passer par l’administration étatique, mais l’attribution est difficile et l’organisme qui s’en charge verse les aides avec un ou deux ans de retard.
Les difficultés à se former sont aussi importantes, il n’y a pratiquement pas d’écoles de cinéma. Les réalisateurs se forment sur le tas, avec leurs confrères et consœurs.
Il y a aussi des problèmes de projection, les salles de cinéma se font rares, dans le plus grand pays du continent africain.
D’où la nécessité d’être débrouillard, ce qui passe par l’entraide et des accords de production avec la rive nord de la méditerranée.
Ceci a développé la diffusion des œuvres au niveau international et a attisé la curiosité de plusieurs producteurs, qui financent les films que l’on voit arriver maintenant. C’est un cercle assez vertueux car cela oblige les autorités algériennes à reconnaître le succès international de ses enfants. Et par conséquent, à bouger sur la création cinématographique dans le pays. Le Cinemed est une bonne opportunité pour mettre en avant ces réalisateurs et peut-être faire changer les choses.

  • Pourquoi ça ne bouge pas plus vite ?

En façade, l’administration a une volonté de faire un cinéma national. Mais les difficultés économiques impactent négativement le secteur culturel.
Et le septième art est vu comme quelque chose d’impertinent vis à vis du pouvoir. Il est regardé d’un œil inquiet. Il y a un problème politique, c’est très compliqué, tout est figé dans l’administration. Bouteflika, qui est encore là après toute ces années, que l’on sort sur une chaise roulante, illustre l’immobilité de ces services.
Les algériens ont perdu l’habitude d’aller au cinéma. Les salles de cinéma ont été des lieux de réunions et sont donc vu comme des espaces complotistes. Le poids de la religion a joué aussi, les femmes non accompagnées sont parfois mal considérées.
Un film très intéressant, Bla Cinima, de Lamine Ammar-Khodja, montre bien le rapport particulier qu’entretiennent les algériens avec le cinéma. Il passe le mardi 24 et le samedi 28 octobre au Cinemed d’ailleurs.
L’essor du téléchargement contribue aussi à la désertion des salles. C’est un phénomène qui ne se voit pas trop en France, mais il est prégnant dans beaucoup d’autres pays.
Et puis ces nouveaux réalisateurs parlent de ce qui se passe dans leurs pays. Ils abordent la place de la femme, la religion, les années noires, l’exode... Ce sont des films qui peuvent déranger, et c’est ce qui fait leur force.

  • Comment approfondir ces questions durant le Cinemed ?

Une table ronde avec des réalisateurs algériens, ouverte au public, est organisée mercredi 25 octobre à 17h au Corum, à l’Espace Joffre 1.
Sinon de nombreuses œuvres de cette nouvelle génération sont projetées toute la semaine.
Il est intéressant de mettre en parallèle ces films avec d’anciens longs métrages algériens. Par exemple Leila et les autres, de Sid Ali Mazif, tourné en 1977, et Kindil, de Damien Ounouri.
Dans le premier, on voit des femmes lutter pour leurs droits à l’usine, inspirées par le féminisme de la révolution. Alors que le second montre la régression de la place de la femme dans la société contemporaine.
Et bien sur les nouveautés de cette année : En attendant les Hirondelles de Karim Moussaoui et Les Bienheureux de Sofia Djama, devraient éclairer les spectateurs.

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